Rapport sur la santé dans le monde

Chapter 5

Partager la recherche & les connaissances

Tirer parti des ressources de la recherche pour atteindre les objectifs thérapeutiques et mettre en place des systèmes de santé capables de faire face à la complexité et à la diversité des problèmes sanitaires nécessite une méthodologie novatrice de collecte et de partage de l’information. Les méthodes classiques dont on dispose aujourd’hui pour rechercher et diffuser les nouvelles connaissances sont toujours nécessaires, mais elles ne seront pas suffisantes pour atteindre ces objectifs. A court terme, il est essentiel de disposer de nouvelles méthodes pour s’assurer du bon fonctionnement des programmes de traitement. Ce sera également le cas si l’on veut procéder à un échange rapide d’informations afin que les pays puissent profiter des réalisations les plus récentes et les plus intéressantes d’autres pays et soient en mesure de les adapter aux conditions locales.

L’initiative pour le traitement du VIH/SIDA pose des problèmes de recherche nombreux et nouveaux auxquels des réponses doivent être rapidement trouvées et communiquées sans délai. Les technologies de l’information et de la documentation qui, dans le même temps, progressent à pas de géant seront d’un grand secours. Ces voies novatrices commencent d’ores et déjà à dépasser et à mettre hors jeu les systèmes classiques de publication des résultats de recherche et d’autres formes habituelles de diffusion des connaissances.

Les concepts traditionnels en matière de recherche et de publication ne permettent plus désormais de combler le fossé béant qui existe entre les connaissances actuelles et leur application dans de bonnes conditions d’efficacité. Il faut trouver une nouvelle formule qui prenne en compte le fait que des connaissances intéressantes sont générées en dehors des protocoles de recherche traditionnels et qu’elles peuvent être rapidement diffusées et appliquées par le truchement de réseaux sociaux et d’autres circuits plutôt que par les publications classiques. Ces applications de la gestion des connaissances sont relativement nouvelles dans le secteur de la santé publique, mais les premières tentatives semblent prometteuses (1).

L’une des méthodes modernes de gestion des connaissances consiste à renforcer les réseaux d’information et de recherche par le canal d’Internet et d’autres moyens de communication et à mettre en place de nouveaux réseaux dynamiques permettant la diffusion rapide des connaissances et de l’expérience pratique acquise en première ligne aux cliniciens, chercheurs, agents de santé et autres personnels concernés. Les personnes les plus étroitement associées au processus d’extension de l’accès aux antirétroviraux peuvent ainsi tirer les leçons des succès des uns et des autres ainsi d’ailleurs que de leurs échecs, notamment si cela se fait dans la transparence.

Au cours de leur histoire, toutes les formes de recherche sur le VIH/SIDA ont connu des hauts et des bas. Depuis qu’en 1983 les chercheurs ont découvert que le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) était la cause du SIDA, la recherche a obtenu, dans la compréhension, le traitement et la prévention de la maladie, beaucoup de résultats remarquables qui ont profité à des millions de gens. Il y a 20 ans, il n’existait aucun traitement efficace ; aujourd’hui on dispose de toute une série d’antirétroviraux qui permettent d’améliorer de manière spectaculaire la vie et la survie des malades, bien que l’accès à ces thérapeutiques ne soit encore réservé qu’à une infime fraction de ceux qui en ont besoin. Cela dit, malgré le grand espoir qu’on pouvait avoir il y a une vingtaine d’années de parvenir à élaborer un vaccin contre le VIH, le monde est toujours dans l’attente. Des progrès importants ont été accomplis mais il faudra au moins plusieurs années avant qu’un vaccin efficace et sans danger puisse être largement disponible.

C’est sur la mise au point, l’homologation et la distribution d’un tel vaccin que repose notre plus grand espoir de parvenir à vaincre le VIH/SIDA, et sa réalisation dépend de la recherche scientifique. Tout en se penchant sur les efforts qui se poursuivent en vue de mettre au point un vaccin, le présent chapitre examine aussi les travaux de recherche effectués dans d’autres secteurs importants touchant la prévention et le traitement du VIH/SIDA ainsi que les soins aux malades. Même dans l’attente d’un vaccin efficace, il y a une obligation qui ne fait aucun doute : celle d’étendre l’accès au traitement et aux soins à toutes les personnes qui vivent avec le VIH/SIDA – quelles qu’elles soient et où qu’elles vivent – et de faire obstacle à la propagation de la maladie. Cette action conforme à l’éthique a besoin d’outils nouveaux que seule une recherche de la plus haute qualité est en mesure de lui fournir, recherche qui va bien au-delà du travail de laboratoire pour s’étendre à la recherche opérationnelle pluridisciplinaire et à la recherche sur les politiques de santé.

Les chercheurs qui travaillent sur le VIH/SIDA sont confrontés à quatre grandes catégories de problèmes qui sont tous d’une importance capitale pour la réussite de l’action présente et future :

  • la recherche sur les moyens de prévention – ralentir la progression et l’extension géographique de l’épidémie : le problème est d’ordre épidémiologique et concerne également les aspects socio-comportementaux de la prévention ;
  • la recherche vaccinologique – concevoir un vaccin préventif effi cace et sans danger : c’est notre meilleur espoir pour la prévention et la maîtrise à long terme du VIH/SIDA ;
  • la recherche thérapeutique – mettre au point, dans le cadre de stratégies thérapeutiques nouvelles, de nouveaux antirétroviraux actifs contre les souches « sauvages » et résistantes de virus, faciles à prendre et mieux tolérés que les produits actuels : c’est le problème que doivent résoudre la recherche fondamentale et la recherche clinique ;
  • la recherche sur les systèmes de distribution (recherche opérationnelle) – mettre les soins et le traitement antirétroviral à la disposition de tous ceux qui en ont besoin dans le monde : c’est une entreprise pluridisciplinaire. Elle représente le problème le plus ardu que la recherche ait à résoudre, car il faut obtenir des résultats sur le terrain, et c’est beaucoup plus compliqué que la recherche scientifi que classique dont le processus est relativement simple. En outre, il s’agit d’un aspect de la recherche qui a été jusqu’ici largement négligé, tant par les chercheurs que par les organismes de fi nancement. Là encore, il serait utile de disposer d’un système de gestion des connaissances.

Documents connexes

Partager