Tuberculose

ENGAGE-TB: intégrer les activités communautaires de lutte contre la tuberculose dans le travail des ONG et des organisations de la société civile

Questions-réponses

Qu’est-ce que l’approche ENGAGE-TB?

ENGAGE-TB est une approche recommandée par l’OMS pour intégrer les activités communautaires de lutte contre la tuberculose dans le travail des ONG et des autres organisations de la société civile.

Pourquoi une telle approche?

La mise en œuvre et l’élargissement des activités communautaires de lutte contre la tuberculose restent insuffisants malgré le besoin manifeste, le rapport coût/efficacité avéré de ces activités et les efforts considérables déployés ces dernières années.

Le manque de collaboration efficace entre les programmes nationaux de lutte antituberculeuse, les ONG et les autres organisations de la société civile, ainsi que l’absence de planification stratégique commune, de suivi et d’évaluation constituent davantage la règle que l’exception.

On a également noté les difficultés à mesurer l’impact des activités communautaires de lutte contre la tuberculose et le manque d’indicateurs normalisés. Par ailleurs, l’absence d’orientations opérationnelles sur la participation des ONG et des autres organisations de la société civile à la prévention, au diagnostic, au traitement et à la prise en charge de la tuberculose, y compris les activités communautaires de lutte contre la tuberculose, a également été signalée comme étant un obstacle. Les administrateurs des PLT et les représentants des ONG et des autres organisations de la société civile ont demandé à l’OMS d’élaborer des orientations opérationnelles fondées sur les normes et les lignes directrices existantes de l’Organisation.

Quel est le public ciblé?

Les orientations opérationnelles pour l’approche ENGAGE-TB s’adressent aux ONG et aux autres organisations de la société civile dont les activités couvrent les initiatives en faveur de la santé et d’autres aspects du développement (par exemple l’éducation, l’agriculture et les programmes générateurs de revenus) destinées à intégrer les services de prévention et de prise en charge de la tuberculose dans leurs activités de terrain.

Au sein des pouvoirs publics, ces directives s’adressent aux programmes de lutte contre la tuberculose ou à leurs équivalents dans les ministères de la santé et autres ministères de tutelle (par exemple les ministères de la justice pour les services de santé dispensés en prison et les ministères des mines ou du travail pour les services de santé sur les lieux de travail) fournissant des services de prise en charge de la tuberculose.

Les patients et les communautés touchés par la tuberculose et les comorbidités associées (par exemple l’infection à VIH, les maladies non transmissibles) pourraient utiliser les orientations afin de susciter une demande de services de prise en charge de la tuberculose. Les organismes de financement et les chercheurs (en particulier ceux impliqués dans la recherche opérationnelle et la recherche sur la mise en œuvre) pourraient également bénéficier de ces orientations pour appuyer les activités communautaires de lutte contre la tuberculose.

Que sont les ONG et les autres organisations de la société civile?

Les ONG et les autres organisations de la société civile sont des organisations à but non lucratif qui agissent indépendamment des États et du secteur privé à but lucratif. Ces termes englobent un large éventail d’entités telles que les ONG locales, nationales et internationales, les organisations communautaires, les organisations confessionnelles, les organisations de patients et les associations professionnelles.

Les organisations communautaires sont des organisations à but non lucratif dans lesquelles on entre par adhésion, généralement autonomes et qui agissent au niveau local (par exemple dans un village) en vue de renforcer la solidarité et le soutien mutuel pour faire face à des problèmes particuliers. Il s’agit par exemple de groupes de soutien en matière de VIH, de groupes de femmes, d’associations parents-professeurs et d’associations villageoises pour les activités de microcrédit.

Parce que les membres des organisations communautaires sont eux-mêmes des membres de la communauté, on peut considérer que ces organisations représentent le plus directement les communautés. Les ONG et les autres organisations de la société civile participent à diverses activités, dont la mobilisation communautaire, la prestation de services et l’assistance technique, la recherche et la sensibilisation.

Que sont les activités communautaires de lutte contre la tuberculose?

Cette notion couvre un large éventail d’activités qui contribuent à la prévention, au diagnostic, à une meilleure observance du traitement et à de meilleurs soins ayant un effet positif sur les résultats du traitement de la tuberculose pharmacosensible, pharmacorésistante et associée au VIH, ainsi que la mobilisation communautaire visant à promouvoir la communication et la participation efficaces entre les membres de la communauté afin de susciter une demande de services de prévention, de diagnostic, de traitement et de prise en charge de la tuberculose.

Bien que les tests de diagnostic de la tuberculose continuent d’être effectués en milieu médical, faute de méthodes de diagnostic plus simples, les activités communautaires de lutte contre la tuberculose sont menées à l’extérieur des établissements de santé proprement dits (par exemple dans les hôpitaux, les centres de santé et les dispensaires), dans les structures communautaires (par exemple les écoles, les lieux de culte, les lieux de rassemblement) et les propriétés agricoles.

De telles activités pourraient et devraient être intégrées aux autres activités communautaires en appui aux services de soins de santé primaires, notamment celles consacrées à l’infection à VIH, à la santé de la mère et de l’enfant et aux maladies non transmissibles dans le but de renforcer les synergies et d’améliorer l’impact. Ces activités utilisent des structures et des mécanismes communautaires par lesquels les membres de la communauté, les organisations communautaires et les groupes interagissent, coordonnent leurs activités et apportent une réponse aux difficultés et aux besoins de leurs communautés.

Quels sont les exemples d’activités communautaires intégrées de lutte contre la tuberculose?

Les ONG et les autres organisations de la société civile pourraient intégrer la tuberculose dans leur travail communautaire de plusieurs façons, sans pour autant disposer de personnel médical qualifié. Cela est particulièrement important pour ces organisations lorsqu’elles travaillent auprès de populations à haut risque (comme les personnes vivant avec le VIH et les personnes très pauvres), de personnes vivant dans des conditions de surpeuplement (les bidonvilles et les prisons), de consommateurs de drogue, de prostitué(e)s et de travailleurs migrants.
Exemples d’activités de lutte contre la tuberculose pouvant être intégrées:

  • Aide à la détection précoce des cas: encourager les personnes présentant des symptômes de la tuberculose tels qu’une toux chronique, une perte de poids, des sueurs nocturnes et de la fièvre à contacter un agent de santé ou à se rendre dans un établissement de santé. Dans de nombreux endroits, le dépistage de la tuberculose repose essentiellement sur l’examen des expectorations. On pourrait expliquer les principaux symptômes de la tuberculose dans les réunions des organisations communautaires (par exemple les groupes de femmes, les clubs de santé, et les associations d’agriculteurs). On pourrait aider les personnes présentant des symptômes à faire examiner leurs expectorations, soit en les conduisant à l’établissement de santé le plus proche, soit en y acheminant l’échantillon.
  • Fournir un appui au traitement: les patients recevant un traitement contre la tuberculose peuvent avoir besoin d’une assistance pour prendre leurs médicaments et terminer leur traitement. Les ONG et les autres organisations de la société civile peuvent former les membres de la famille, les volontaires et les agents communautaires à l’appui au traitement. Les patients peuvent également recevoir, au besoin, un soutien nutritionnel et psychosocial.
  • Prévenir la transmission de la tuberculose: se couvrir la bouche et le nez lorsque l’on tousse ou éternue est un changement de comportement simple qui permet de limiter la propagation des particules d’expectorations infectées et ainsi de réduire le risque de transmission de l’infection. Les ONG et les autres organisations de la société civile pourraient diffuser ce message au moyen de leurs divers médias de communication sociale.
  • Les programmes et les projets de lutte contre le VIH: encourager les personnes vivant avec le VIH à bénéficier d’un dépistage de la tuberculose et, en fonction des résultats, les aider à recevoir un traitement préventif (à l’isoniazide) ou effectuer d’autres examens pour détecter la tuberculose.
  • Les programmes et les projets consacrés à la santé de la mère et de l’enfant: encourager toutes les femmes enceintes à se rendre au centre de santé le plus proche pour un test de dépistage du VIH et une recherche des symptômes de la tuberculose. Les enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables à l’infection tuberculeuse si un adulte de leur entourage proche est atteint de la maladie. Les agents de santé devraient être informés de ce fait et surveiller tout symptôme ou signe de tuberculose dans les foyers où vivent des jeunes enfants.
  • Programmes et projets d’éducation: inclure des messages au sujet de la prévention et de la prise en charge de la tuberculose dans les programmes d’études et l’apprentissage en classe. Les écoliers devraient être en mesure de reconnaître les symptômes de la tuberculose et l’importance des examens des expectorations afin d’encourager les personnes avec qui ils vivent, qui pourraient être atteints de la tuberculose, à passer un test de dépistage de la maladie.
  • Agriculture et programmes et projets générateurs de revenus: sensibilisation aux symptômes et aux signes de la tuberculose dans les groupes organisés (associations d’agriculteurs, groupes d’épargne et de crédit). On pourrait encourager les membres de ces groupes présentant des symptômes de la tuberculose à faire examiner leurs expectorations. On pourrait également aider les personnes en cours de traitement contre la tuberculose à terminer leur traitement. Un soutien nutritionnel et psychosocial permettra d’améliorer l’issue du traitement de la tuberculose.

Quels sont les principes essentiels de l’approche ENGAGE-TB?

L’approche ENGAGE-TB met l’accent sur 3 principes essentiels pour améliorer la collaboration et encourager un partenariat efficace entre les ONG, les autres organisations de la société civile et les PLT ou leurs équivalents. Le respect de ces principes permettra de lever les obstacles à la mise en œuvre des activités communautaires de lutte contre la tuberculose. Il faut reconnaître leur importance et déployer des efforts pour garantir leur intégration dans les six composantes de l’approche ENGAGE-TB qui seront décrites prochainement. Les principes sont les suivants:

  • Compréhension mutuelle et respect en reconnaissant les différences et les similarités en termes d’origine, de fonctions et de culture de travail.
  • Respecter les différents contextes locaux et valeurs et en tenir dûment compte lors de la mise au point des mécanismes de collaboration et de l’élargissement des activités communautaires de lutte contre la tuberculose.
  • Un système national unique de suivi de la mise en œuvre des activités par l’ensemble des parties prenantes avec des indicateurs normalisés.

Les efforts doivent être participatifs plutôt que restreints pour que de plus en plus d’ONG et autres organisations de la société civile deviennent des parties prenantes engagées dans la lutte contre la tuberculose, par le biais d’une collaboration plus étroite et d’un partenariat avec les PLT et leurs équivalents sur la base de ces principes.

Existe-t-il des indicateurs normalisés pour l’approche ENGAGE-TB?
L’un des principaux problèmes en matière de suivi et de mise en œuvre des activités communautaires de lutte contre la tuberculose a été le manque d’indicateurs normalisés. Les indicateurs ci-après sont les indicateurs de base proposés pour évaluer la mise en œuvre des activités communautaires qui doivent être incluses dans le système de surveillance de la tuberculose de l’ensemble des parties prenantes et reliées au système national de suivi et d’évaluation des PLT ou de leurs équivalents.

  • Indicateur 1: Définition de l’orientation des patients et de la notification des nouveaux cas: nombre de nouveaux patients atteints de tuberculose (quelle que soit la forme de la maladie) qui ont été orientés par des agents de santé communautaires et des volontaires communautaires, exprimé en pourcentage de l’ensemble des nouveaux patients atteints de tuberculose notifiés à l’unité de gestion de base (UGB) au cours d’une période donnée.
  • Indicateur 2: Définition du succès thérapeutique: nouveaux patients atteints de tuberculose (quelle que soit la forme de la maladie) traités avec succès (patients guéris qui ont terminé leur traitement) et qui ont bénéficié d’un soutien à l’observance du traitement fourni par des agents de santé ou des volontaires communautaires, parmi tous les nouveaux patients atteints de tuberculose (quelle que soit la forme de la maladie) qui ont bénéficié d’un soutien à l’observance du traitement, fourni par des agents de santé communautaires (nombre et pourcentage).

Voir aussi