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Pollution de l’air à l’intérieur des habitations et la santé

Aide-mémoire N°292
Février 2016


Principaux faits

  • Environ 3 milliards de personnes font la cuisine et chauffent leur logement à l’aide de foyers ouverts ou de simples poêles dans lesquels ils brûlent de la biomasse (bois, déjections animales, résidus agricoles) et du charbon.
  • Plus de 4 millions de personnes meurent prématurément de maladies imputables à la pollution de l’air domestique due à la cuisine à base de combustibles solides
  • Plus de la moitié des décès par pneumonie chez l’enfant de moins de 5 ans sont dus à l’inhalation de matières particulaires provenant de la pollution de l’air intérieur.
  • On impute 3,8 millions de décès prématurés par maladies non transmissibles, comprenant des accidents vasculaires cérébraux, des cardiopathies ischémiques, des bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et des cancers du poumon, à l’exposition à des polluants de l’air à l’intérieur des habitations.

Pollution de l’air à l’intérieur des habitations et énergies domestiques

Environ 3 milliards de personnes continuent de faire cuire leurs aliments et de chauffer leur logement au moyen de combustibles solides (à savoir le bois, les résidus agricoles, les déjections animales, le charbon et le charbon de bois) dans des foyers ouverts ou des poêles qui fuient. Il s’agit pour la plupart de personnes pauvres, vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Ces combustibles et méthodes de cuisson produisent de forts niveaux de pollution de l’air dans les logements, qui mettent en jeu une multitude de polluants nocifs pour la santé, notamment de fines particules de suie qui pénètrent dans les poumons en profondeur. Dans les habitations insuffisamment ventilées, la teneur en particules fines dans la fumée domestique peut atteindre une concentration 100 fois supérieure aux niveaux acceptables. Les femmes et les jeunes enfants, passant le plus de temps près de l’âtre, sont particulièrement exposés.

Effets sur la santé

Chaque année, 4,3 millions de personnes meurent prématurément de maladies imputables à la pollution de l’air à l’intérieur des habitations, qui résulte d’une utilisation inefficace de combustibles solides (selon les données de 2012) pour cuisiner. La répartition de ces décès par cause est la suivante:

  • 34% accidents vasculaires cérébraux;
  • 26% cardiopathies ischémiques;
  • 22% bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO),
  • 12% pneumonie; et
  • 6% cancer du poumon.
Accidents vasculaires cérébraux

Près d’un quart de tous les décès prématurés dus aux accidents vasculaires cérébraux (soit environ 1,4 million, la moitié étant des femmes) peut être attribué à une exposition chronique aux polluants rejetés dans l’air intérieur lors de la cuisson d’aliments à l’aide de combustibles solides.

Cardiopathies ischémiques

On estime qu’environ 15% de l’ensemble des décès dus à des cardiopathies ischémiques, soit plus d’un million de décès prématurés par an, résultent de l’exposition à de l’air pollué à l’intérieur des habitations.

Bronchopneumopathies chroniques obstructives

Plus d’un tiers des décès prématurés par bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) chez l’adulte découle, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, d’une exposition à la pollution de l’air intérieur. Les femmes exposées à de fortes concentrations de fumée domestique ont 2 fois plus de chances de souffrir de BPCO que celles qui utilisent des combustibles plus propres. L’exposition à la fumée domestique double presque ce risque (facteur 1,9) chez les hommes, déjà soumis à un risque accru de BPCO du fait de leur taux de tabagisme plus élevé.

Pneumonie

L’exposition à la pollution de l’air à l’intérieur des habitations multiplie presque par deux le risque de pneumonie chez l’enfant. Plus de la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans survenant à la suite d’infections aiguës des voies respiratoires inférieures est due à l’inhalation de matières particulaires provenant de combustibles domestiques solides (OMS, 2014).

Cancer du poumon

Environ 17% des décès prématurés causés par un cancer du poumon résultent, chez l’adulte, de l’exposition à des carcinogènes présents dans l’air domestique du fait de sa pollution par la cuisson d’aliments au moyen de combustibles solides comme le bois, le charbon et le charbon de bois. Les femmes courent un risque accru du fait de leur rôle dans la préparation des aliments.

Autres effets sur la santé

De façon plus générale, les matières particulaires fines et autres polluants présents dans les fumées domestiques provoquent l’inflammation des voies respiratoires et des poumons, ce qui détériore la réponse immunitaire et réduit le pouvoir oxyphorique du sang.

Certaines données prouvent les liens entre la pollution de l’air à l’intérieur des logements et le faible poids de naissance, la tuberculose, la cataracte et les cancers nasopharyngé et laryngé.

Effets sur l’équité en santé, le développement et le changement climatique

À défaut d’une réorientation significative des politiques, le nombre total de personnes utilisant des combustibles solides restera globalement inchangé d’ici 2030 (Banque mondiale, 2010). L’emploi de combustibles polluants impose également un lourd tribut au développement durable:

  • L’approvisionnement en combustible occupe beaucoup de temps pour les femmes et les enfants, ce qui limite d’autant leur participation à d’autres activités productives (notamment rémunératrices) ainsi que la scolarisation des enfants. Dans les environnements les moins sûrs, l’approvisionnement s’accompagne de risques de traumatismes et de violence.
  • Le noir de carbone (particules de suie) et le méthane émis par les foyers de cuisson inefficaces sont de puissants polluants qui favorisent les changements climatiques.
  • Le manque d’accès à l’électricité dont souffrent au moins 1,2 milliard de personnes (qui conduit un grand nombre d’entre elles à utiliser des lampes au kérosène pour s’éclairer) engendre d’autres risques sanitaires, notamment de brûlures, de traumatismes ou d’empoisonnement par ingestion de combustible, et constitue un frein à d’autres possibilités en matière de santé et de développement, notamment l’étude ou l’artisanat, qui nécessitent un éclairage suffisant.
  • Au moins 1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité et nombre d’entre elles se servent donc de lampes à kérosène pour s’éclairer. Cela expose les ménages à des niveaux très élevés de particules fines, crée d’autres risques pour la santé (par exemple brûlures, traumatismes et intoxication par ingestion de combustibles) et, sur le plan de la santé et du développement, empêche les gens de saisir certaines possibilités comme la poursuite d’études et la pratique de certains petits métiers et formes d’artisanat nécessitant un éclairage adapté.

L’action de l’OMS

L’OMS fournit une assistance technique aux pays pour la conduite de leurs évaluations et pour développer l’usage domestique des combustibles et technologies favorables à la santé. L’OMS renforce les capacités nationales et régionales de lutte contre la pollution à l’intérieur des habitations au moyen d’ateliers et en élaborant des outils pour concevoir, mettre en œuvre et contrôler les sources d’énergie domestique.

L’OMS mène d’autres activités, notamment:

Nouvelles lignes directrices concernant l’utilisation de combustibles et la qualité de l'air à l’intérieur des habitations

Pour favoriser la qualité de l’air à l’intérieur et alentours des foyers, les nouvelles lignes directrices de l’OMS sur l’utilisation de combustibles et la qualité de l’air à l’intérieur des habitations présentent des recommandations sanitaires concernant les différents combustibles et ainsi que des technologies énergétiques propres à protéger la santé et des stratégies pour généraliser ces technologies dans les foyers. Elles se fondent sur des lignes directrices concernant la qualité de l’air et sur un guide sur les niveaux des polluants intérieurs spécifiques qui ont déjà été publiés par l’OMS.

Base de données sur les énergies domestiques

La base de données de l’OMS sur les énergies domestiques permet de suivre les progrès réalisés dans le monde dans la transition vers des combustibles plus propres et des foyers améliorés, et contribue à évaluer la charge de morbidité imputable aux énergies domestiques ainsi que la situation des pays en développement concernant l’accès à l’énergie. Cette base de données a été récemment étoffée: en plus de données complètes sur la cuisson des aliments, elle comporte des informations sur les combustibles et technologies domestiques utilisés pour le chauffage et l’éclairage, et tient compte d’autres incidences comme le temps passé à ramasser le combustible.

Recherche et évaluation des programmes

L’OMS collabore avec les pays, les chercheurs et d’autres partenaires en vue d’harmoniser les méthodes d’évaluation entre les différents milieux, et ainsi de jauger les effets sur la santé avec cohérence et rigueur, et d’y incorporer l’évaluation économique des bénéfices pour la santé.

Rôle directeur et plaidoyer dans le milieu de la santé

Secteur de la santé

L’OMS s’emploie à intégrer les lignes directrices et ressources en faveur d’énergies domestiques propres dans les initiatives mondiales de promotion de la santé de l’enfant et dans les outils d’aide à la décision, tels que le Plan d’action mondial intégré pour prévenir et combattre la pneumonie et la diarrhée ou la Stratégie mondiale pour la santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent, de même que dans d’autres volets des orientations politiques de l’OMS en matière de santé.

L’OMS se fait la voix des arguments sanitaires probants en faveur d’une énergie domestique moins polluante dans le cadre de plusieurs forums mondiaux portant sur la santé de la mère et de l’enfant en lien avec la pneumonie, ou encore sur les maladies non transmissibles chez l’adulte. De tels efforts peuvent contribuer à sensibiliser à l’importance de fournir des énergies domestiques propres et d’étendre leur utilisation, en tant que mesure essentielle de santé publique préventive.

Santé et changement climatique

L’OMS est partenaire de la Coalition pour le climat et l’air pur visant à réduire les polluants de courte durée de vie ayant un effet sur le climat (CCAC). En tant que membre du groupe spécial du CCAC, l’OMS apporte un soutien technique en vue de récolter les bienfaits sanitaires d’actions visant à réduire les polluants de courte durée de vie ayant un effet sur le climat, et s’emploie à intensifier l’engagement du secteur de la santé en faveur de la lutte contre de tels polluants et de l’amélioration de la qualité de l’air.

Santé, énergie et développement durable

La baisse de la charge de morbidité liée à la pollution de l’air (intérieur et extérieur) servira d’indicateur pour suivre les progrès accomplis vers l’objectif de développement durable relatif à la santé (ODD 3).

L’accès universel aux technologies et combustibles propres est l’une des cibles de l’objectif de développement durable relatif à l’énergie (ODD 7). L’atteindre permettrait d’éviter des millions de décès et d’améliorer la santé et le bien-être de milliards de personnes qui utilisent aujourd’hui des combustibles et des technologies polluants pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage.

L’OMS conduit une initiative visant à améliorer, à harmoniser et à mettre à l’essai de nouvelles questions pour les recensements nationaux, le but étant de mieux évaluer les risques pour la santé, et de différencier selon le sexe les répercussions des différentes sources d’énergie domestique.

Elle mène ces travaux avec le concours des pays et des organismes d’enquête (par exemple l’USAID, qui conduit les enquêtes démographiques et sanitaires, l’UNICEF, chargée des enquêtes par grappes à indicateurs multiples, et la Banque mondiale, qui effectue des études sur la mesure des niveaux de vie). Cet effort permettra également de collecter plus efficacement des données sur tous les combustibles et technologies utilisés au domicile pour la cuisine, le chauffage et l’éclairage, et sur d’autres dimensions comme le temps passé à ramasser le combustible.

L’OMS contribue également à l’élaboration et à l’actualisation du cadre de suivi mondial utilisé pour évaluer les progrès accomplis vers la cible d’accès universel à l’énergie propre d’ici 2030 de l’initiative Énergie durable pour tous du Secrétaire général de l’ONU.

L’OMS soutient également des initiatives internationales visant à réduire la pollution de l’air et les conséquences connexes pour la santé, comme l’Alliance mondiale pour des cuisinières propres et la Coalition pour le climat et la qualité de l’air.

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