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Hépatite E

Aide-mémoire N°280
Juillet 2016


Principaux faits

  • L’hépatite E est une maladie du foie provoquée par l’infection par un virus, le virus de l’hépatite E (VHE).
  • On estime chaque année à 20 millions le nombre d’infections par le virus de l’hépatite E, à plus de 3,3 millions de cas aigus d’hépatite E et à 56 600 le nombre de décès liés à la maladie.
  • L’hépatite E régresse généralement spontanément mais peut évoluer en hépatite fulminante (insuffisance hépatique aiguë).
  • Le virus de l’hépatite E se transmet par voie fécale-orale, principalement à travers de l’eau contaminée.
  • L’hépatite E sévit partout dans le monde, mais sa prévalence est la plus élevée en Asie de l’Est et du Sud.
  • Un vaccin préventif de l’hépatite E a été mis au point et est homologué en Chine, mais il n’est pas encore disponible ailleurs.

L’hépatite E est une maladie du foie due au virus de l’hépatite E (VHE), un petit virus à acide ribonucléique (ARN) monocaténaire de polarité positive.

Il en existe au moins 4 types différents: les génotypes 1, 2, 3 et 4. On n’a retrouvé les génotypes 1 et 2 que chez l’être humain. Les génotypes 3 et 4 circulent chez plusieurs espèces animales (porcs, sangliers et daims) sans provoquer de maladie et ils infectent occasionnellement l’être humain.

Le virus est excrété dans les selles des sujets infectés et pénètre dans l’organisme humain par les intestins. Il se transmet principalement en buvant de l’eau contaminée. En général, l’infection guérit spontanément en 2 à 6 semaines. Parfois elle s’aggrave et évolue en hépatite fulminate (insuffisante hépatique aiguë) entraînant alors le décès d’une certaine proportion des patients.

Répartition géographique

On observe l’hépatite E dans le monde entier, avec deux schémas différents:

  • dans les zones aux ressources limitées où l’eau est fréquemment contaminée; et
  • dans les zones approvisionnées en eau potable.

La maladie est courante dans les pays aux ressources limitées ayant un faible accès aux services essentiels d’alimentation en eau, d’assainissement, d’hygiène et de santé. Dans ces régions, la maladie survient à la fois sous forme de flambées épidémiques et de cas sporadiques. Les flambées font en général suite à des périodes de contamination fécale des eaux destinées à la consommation et peuvent toucher plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes.

Certaines d’entre elles se sont produites dans des zones de conflits ou d’urgences humanitaires, ainsi que dans des camps de réfugiés ou de personnes déplacées, dans des situations ou l’assainissement et l’approvisionnement en eau sont particulièrement difficiles. On pense aussi que les cas sporadiques sont liés à la contamination de l’eau ou des aliments, mais à une moindre échelle.

On estime que, dans ces zones, 20 millions d’infection et 3,3 millions de cas aigus se produisent chaque année, avec 56 600 décès.1,2 Dans ces régions les cas sont principalement dus à une infection par le génotype 1 du virus et moins fréquemment par le génotype 2.

Dans les zones où les services d’assainissement et d’approvisionnement en eau sont meilleurs, l’hépatite E est rare et on n’observe que quelques cas sporadiques. La plupart sont dus au génotype 3, un virus d’origine animale, en général par ingestion de viande mal cuite (y compris le foie) et ils ne sont pas liés à la contamination de l’eau ou d’autres aliments.

Les preuves sérologiques d’antécédents d’exposition au virus ont été mises en évidence dans la plupart des régions, avec des taux de séroprévalence (proportion de personnes donnant un test positif à la recherche des anticorps IdG dirigés contre le VHE) plus élevés dans les régions où les normes d’assainissements sont faibles et où par conséquent le risque de transmission est plus fort.

Toutefois, la présence de ces anticorps n’implique pas la présence de la maladie ou un risque accru. L’utilité de ces données en épidémiologie est également limitée par les résultats variables, voire sous-optimaux, des tests sérologiques disponibles et par la disparition possible des anticorps avec le temps chez ceux qui ont été exposés au virus.

Transmission

Le virus de l’hépatite E se transmet principalement par voie féco orale du fait de la contamination fécale des eaux de boisson. On doit à ce mode de transmission une très grande proportion des cas cliniques de cette maladie. Les facteurs de risque pour l’hépatite E sont liés aux mauvaises conditions d’assainissement, permettant aux virus excrétés dans les selles des sujets infectés de parvenir dans les eaux destinées à la consommation humaine.

D’autres voies de transmission ont été recensées mais semblent être responsables d’un nombre beaucoup plus réduit de cas cliniques:

  • ingestion de viande mal cuite ou de produits dérivés provenant d’animaux infectés;
  • la transfusion de produits sanguins infectés;
  • la transmission verticale d’une femme enceinte au fœtus.

Symptômes

La période d’incubation après l’exposition au virus va de 2 à 10 semaines (5-6 semaines en moyenne). On pense que les sujets infectés commencent à excréter le virus quelques jours avant l’apparition de la maladie et continuent ensuite pendant 3 à 4 semaines.

Dans les zones de forte endémicité, l’infection symptomatique est la plus courante chez les jeunes adultes de 15 à 40 ans. Dans ces régions, bien que l’infection se produise aussi chez les enfants, ceux-ci ne présentent pas de symptômes ou qu’une forme atténuée de la maladie sans ictère qui n’est pas diagnostiquée.

Les signes caractéristiques de l’hépatite sont les suivants:

  • une phase initiale de fièvre modérée, de perte d’appétit (anorexie), de nausées et de vomissements pendant quelques jours; certains peuvent présenter également des douleurs abdominales, des démangeaisons (sans lésions cutanées), une éruption cutanée ou des douleurs articulaires.
  • un ictère (jaunisse: coloration jaune de la peau et de la sclérotique des yeux), avec des urines foncées et des selles décolorées; et
  • une légère hépatomégalie (hypertrophie du foie sensible à la palpation).

Ces symptômes sont souvent impossibles à distinguer de ceux apparaissant au cours d’autres maladies du foie et ils durent en général de 1 à 6 semaines.

Dans de rares cas, l’hépatite E aiguë peut être grave et évoluer en hépatite fulminante (insuffisance hépatique aiguë); ces patients risquent de mourir. L’hépatite fulminante est plus fréquente lorsque l’hépatite E survient pendant la grossesse.

Les femmes enceintes, notamment au deuxième et au troisième trimestre, sont exposées à un risque accru d’insuffisance hépatique aiguë, de perte du fœtus et de mortalité. On a signalé des taux de létalité pouvant atteindre 20%-25% chez les femmes au dernier trimestre de leur grossesse.

Des cas d’infection chronique par le virus de l’hépatite E (génotype 3 ou 4) ont été signalés chez les sujets immunodéprimés, notamment les receveurs de transplantations d’organes sous immunosuppresseurs.

Diagnostic

Il est impossible de distinguer sur le plan clinique les cas d’hépatite E des autres types d’hépatite virale aiguë. Le diagnostic peut cependant être fortement envisagé en présence des conditions épidémiologiques requises, par exemple si plusieurs cas se sont produits dans des localités d’une zone connue d’endémie, dans des situations avec des risques de contamination de l’eau, si la maladie est plus grave chez la femme enceinte ou si on a exclu l’hépatite A.

Le diagnostic définitif de l’hépatite E se fonde en général sur la détection des anticorps IgM spécifiques dans le sang d’une personne; cela suffit en général dans les zones où cette maladie est courante.

Il existe d’autres tests diagnostiques, tels que la RT-PCR (PCR après transcription inverse) pour détecter l’ARN du virus de l’hépatite E dans le sang ou dans les selles, mais il faut alors disposer des moyens d’un laboratoire spécialisé. Ce test est particulièrement important dans les zones où l’hépatite E est rare et dans les cas d’infection chronique par le VHE.

On a mis au point un test pour la détection antigénique du virus dans le sérum; sa place pour le diagnostic de l’hépatite E est à l’étude.

Traitement

Il n’existe pas de traitement spécifique susceptible d’infléchir l’évolution de l’hépatite E aiguë. Comme la maladie régresse spontanément en général, l’hospitalisation n’est pas indispensable le plus souvent. Elle s’impose cependant dans les cas d’hépatite fulminante et doit être envisagée pour les femmes enceintes présentant des symptômes.

Un traitement spécifique à la ribavirine, un médicament antiviral, est utile pour les sujets immunodéprimés atteints d’hépatite E chronique. On a également employé avec succès l’interféron dans certaines situations spécifiques.

Prévention

C’est l’approche la plus efficace contre cette maladie. Au niveau de la population, on peut réduire la transmission du VHE et le nombre des cas d’hépatite E en:

  • en maintenant des normes de qualité pour les approvisionnements publics en eau;
  • mettant en place les systèmes d’élimination adéquats pour les selles.

Au niveau individuel, le risque infectieux peut être réduit en:

  • en respectant des pratiques d’hygiène telles que le lavage des mains avec de l’eau propre, en particulier avant de manipuler des aliments;
  • en évitant de consommer de l’eau et/ou des glaçons et de la glace de qualité inconnue;
  • respectant les pratiques d’hygiène de l’OMS pour la sécurité sanitaire des aliments.

En 2011 un vaccin recombinant sous-unité pour la prévention de l’infection par le virus de l’hépatite E a été homologué en Chine. Il ne l’a pas encore été dans d’autres pays.

En 2015, le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) de l’OMS sur la vaccination a examiné les données existantes sur la charge de morbidité imputable à l’hépatite E ainsi que celles sur l’innocuité, l’immunogénicité, l’efficacité et le rapport coût/efficacité du vaccin anti-hépatite E qui a été homologué.

L’OMS a également rédigé une note de synthèse en se basant sur l’examen du SAGE:.

Les recommandations de cette note de synthèse sont récapitulées dans la section ci-après intitulée «Action de l’OMS».

Lignes directrices pour la lutte contre les épidémies

L’OMS a publié un manuel sur les flambées d’hépatite E transmises par l’eau (reconnaissance, investigation et lutte). En cas de suspicion de flambée d’hépatite E, elle recommande les mesures suivantes:

  • vérification du diagnostic et confirmation de l’existence d’une flambée épidémique;
  • détermination du mode de transmission et identification de la population exposée à un risque accru d’infection;
  • amélioration des pratiques sanitaires et de l’hygiène pour éliminer la contamination fécale des aliments et de l’eau; et
  • élimination de la source de l’infection.

Action de l’OMS

L’OMS a publié un rapport technique Waterborne Outbreaks of Hepatitis E: recognition, investigation and control [Flambées d’hépatite E transmises par l’eau: reconnaissance, investigation et lutte]. Ce manuel fournit des informations sur l’épidémiologie, les manifestations cliniques et le diagnostic de l’hépatite E. Il donne également des orientations pour aider les autorités sanitaires à riposter à des flambées d’hépatite E.

Le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) sur la vaccination a publié en 2015 une note de synthèse sur l’hépatite E, dans laquelle il passe en revue les données existantes sur la charge de morbidité imputable à cette maladie, ainsi que celles sur l’innocuité, l’immunogénicité, l’efficacité et le rapport coût/efficacité du vaccin homologué. Concernant l’utilisation du vaccin contre l’hépatite E:

  • L’OMS reconnaît l’importance de l’hépatite E en tant que problème de santé publique dans de nombreux pays en développement, en particulier dans certains groupes spécifiques de la population comme les femmes enceintes et les personnes vivant dans des camps de réfugiés ou dans des situations de flambée.
  • L’OMS ne fait pas de recommandation sur l’introduction du vaccin dans le cadre des programmes nationaux de vaccination systématique de la population dans les pays où les épidémies ou les cas sporadiques d’hépatite E sont courants. En revanche, les autorités nationales peuvent décider d’utiliser le vaccin en fonction de l’épidémiologie locale.
  • En raison du manque d’information sur l’innocuité, l’immunogénicité et l’efficacité du vaccin dans les sous-groupes indiqués ci-après, l’OMS ne recommande pas son utilisation systématique chez les enfants âgés de moins de 16 ans, les femmes enceintes, les personnes atteintes d’une affection chronique du foie, les patients en attente d’une transplantation et les voyageurs.
  • Dans certaines situations, notamment en cas de flambée, les risques de morbidité et de mortalité liées à l’hépatite E ou à ses complications sont particulièrement élevés. La position actuelle de l’OMS quant à l’inclusion du vaccin dans les programmes de vaccination systématique ne doit pas exclure son utilisation dans ces situations spécifiques. En particulier, son utilisation devrait être envisagée pour atténuer ou prévenir une flambée d’hépatite E, ainsi que pour en diminuer les effets chez les personnes à haut risque, telles que les femmes enceintes.
  • À mesures que des données supplémentaires deviendront disponibles, l’OMS réexaminera sa position sur le vaccin contre l’hépatite E et l’adaptera en fonction des nouvelles informations.

En mai 2016, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté la première Stratégie mondiale du secteur de la santé contre l’hépatite virale, 2016 2021. Celle-ci insiste sur le rôle crucial de la couverture sanitaire universelle et les cibles de la stratégie sont alignées sur celles des objectifs de développement durable.

Cette stratégie vise à éliminer l’hépatite virale des problèmes de santé publique, ce qui est résumé dans les cibles mondiales demandant de réduire de 90% le nombre des nouveaux cas et de 65% le nombre des décès dus à l’hépatite virale d’ici 2030. Les mesures à prendre par les pays et le Secrétariat de l’OMS pour atteindre ces cibles sont décrites dans la stratégie.

Pour aider les pays à progresser et à atteindre les cibles mondiales concernant l’hépatite au titre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, l’OMS travaille dans les domaines suivants:

  • sensibiliser, promouvoir les partenariats et mobiliser les ressources;
  • élaborer des politiques fondées sur des bases factuelles et apporter les données nécessaires à l'action;
  • prévenir la transmission; et
  • développer le dépistage, les soins et les traitements.

L’OMS organise par ailleurs chaque année le 28 juillet la Journée mondiale de l’hépatite, qui vise à sensibiliser le public et à mieux faire comprendre ce qu’est l’hépatite virale.


1 Rein DB, Stevens GA, Theaker J, Wittenborn JS, Wiersma ST. The Global Burden of Hepatitis E Virus Genotypes 1 and 2 in 2005. Hepatology, Vol. 55, No. 4, 2012: 988-997

2 Lozano R, Naghavi M, Foreman K, Lim S, Shibuya K, Aboyans V, Abraham J, et al. Global and regional mortality from 235 causes of death for 20 age groups in 1990 and 2010: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2010. Lancet 2012;380:2095-2128.

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