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Botulisme

Aide-mémoire N°270
Août 2013


Principaux faits

  • Clostridium botulinum est une bactérie qui produit des toxines dangereuses (toxines botuliques) dans des conditions de faible concentration d’oxygène.
  • Les toxines botuliques font partie des substances les plus létales connues.
  • Les toxines botuliques bloquent les fonctions nerveuses et peuvent entraîner une paralysie respiratoire et musculaire.
  • Le botulisme humain, causé par l’ingestion d’aliments contaminés, est une maladie rare, mais potentiellement fatale, si elle n’est pas diagnostiquée et traitée rapidement avec une antitoxine.
  • Le botulisme alimentaire est souvent causé par l’ingestion d’aliments transformés de manière inappropriée. Les conserves préparées à la maison, les denrées alimentaires conservées ou fermentées nécessitent des précautions spéciales.

Présentation générale

Le botulisme humain est une maladie grave et potentiellement fatale, mais néanmoins, rare. C’est une intoxication provoquée par l’ingestion de neurotoxines puissantes présentes dans les aliments contaminés. Le botulisme ne se transmet pas d’un individu à un autre.

Clostridium botulinum produit des spores résistantes à la chaleur et largement présentes dans l’environnement. En l’absence d’oxygène, ces spores germent, se développent et excrètent des toxines. Il existe sept formes de toxines botuliques distinctes, les types A à G. Quatre de ces formes (les types A, B, E et rarement F) peuvent provoquer le botulisme humain. Les types C, D et E sont à l’origine de maladies chez d’autres mammifères les oiseaux et les poissons.

Les toxines botuliques sont ingérées avec des aliments qui n’ont pas été transformées de manière appropriée et dans lesquels les bactéries ou leurs spores survivent et produisent des toxines. S’il se présente principalement sous forme d’intoxication alimentaire, le botulisme peut aussi être contracté par contamination intestinale chez le nourrisson, par l’intermédiaire d’une blessure ou par inhalation.

Symptômes

Les premiers symptômes ressentis sont une fatigue marquée, une faiblesse et des vertiges. Ils sont habituellement suivis de troubles de la vision, d’une sensation de bouche sèche et de difficultés de déglutition et d’élocution. Des vomissements, de la diarrhée, de la constipation et un gonflement abdominal peuvent aussi se manifester. La maladie peut évoluer en donnant une sensation de faiblesse dans la nuque et les bras, après quoi les muscles respiratoires et les muscles de la partie inférieure du corps sont touchés. La paralysie peut rendre la respiration difficile. Il n’y a ni fièvre, ni perte de conscience.

Les symptômes ne sont pas provoqués par la bactérie elle-même, mais par la toxine qu’elle produit. Ils apparaissent habituellement en l’espace de 12 à 36 heures (et durent de quatre heures à huit jours) après l’exposition. L’incidence du botulisme est faible, mais le taux de mortalité associé est élevé en l’absence d’un diagnostic rapide et correct et d’un traitement immédiat (administration précoce d’une antitoxine et de soins respiratoires intensifs). La maladie peut être fatale dans 5 à 10% des cas.

Exposition et transmission

Botulisme alimentaire

Clostridium botulinum est une bactérie anaérobie, ce qui signifie qu’elle ne peut se développer qu’en l’absence d’oxygène. Le botulisme alimentaire intervient lorsqu’elle se multiplie et produit des toxines dans des aliments avant leur consommation. Clostridium botulinum génère aussi des spores, qui se propagent largement dans l’environnement, y compris les sols, les cours d’eau et les mers.

La croissance de la bactérie et la formation de la toxine s’opèrent dans des produits ayant une faible teneur en oxygène, et pour certaines combinaisons des paramètres que sont la température de stockage et les conditions de conservation. Dans la plupart des cas, il s’agit d’aliments semi-préservés ou transformés de manière inadéquate ou encore de conserves familiales. Clostridium botulinum ne se développera pas en conditions acides (pH inférieur à 4,6) et ne produira donc pas de toxine dans des aliments acides (cependant, un pH faible ne dégradera pas une toxine préexistante). On joue aussi sur des combinaisons faible température de stockage/forte teneur en sel et/ou faible pH pour prévenir la croissance de la bactérie ou la formation de la toxine.

La toxine botulique a été trouvée dans divers aliments, et notamment dans des légumes conservés légèrement acides comme des haricots verts, des épinards, des champignons et des betteraves; dans du poisson, et notamment du thon en boîte, du poisson fermenté, salé ou fumé; et dans des produits carnés tels que le jambon et la saucisse. Les aliments mis en cause diffèrent selon les pays et reflètent les habitudes de consommation et les procédures de conservation locales. Occasionnellement, des aliments préparés industriellement sont aussi impliqués.

Bien que les spores de Clostridium botulinum soient résistantes à la chaleur, la toxine générée avec le développement des spores en conditions anaérobies est détruite par l’ébullition (par exemple, lorsque la température interne est >85 °C pendant 5 minutes ou plus). C’est pourquoi des aliments prêts à consommer, présentés dans des conditionnements à faible teneur en oxygène, sont plus souvent en cause dans les affaires de botulisme.

Il faut se procurer immédiatement des échantillons des aliments associés aux cas suspects, les conserver dans des récipients convenablement scellés et les faire parvenir à des laboratoires pour identifier la cause et prévenir l’apparition d’autres cas.

Botulisme infantile

Cette forme de botulisme se manifeste principalement chez des nourrissons de moins de six mois. À la différence du botulisme alimentaire provoqué par l’ingestion de toxines préalablement formées, il touche des nourrissons qui avalent des spores de Clostridium botulinum, lesquelles germent pour donner des bactéries qui colonisent l’intestin de l’enfant et libèrent des toxines. Chez la plupart des adultes et des enfants de plus de six mois, ce phénomène ne se produit pas en raison des défenses naturelles qui se mettent en place avec le temps et préviennent la germination des spores comme la croissance des bactéries.

Parmi les symptômes cliniques pouvant apparaître chez les nourrissons figurent la constipation, la perte d’appétit, un état de faiblesse, une altération des pleurs et une perte frappante de contrôle de la tête. Même s’il existe plusieurs sources possibles d’infection pour le botulisme infantile, le miel contaminé par des spores a été associé à un certain nombre de cas. On avertit donc les parents et les personnes qui s’occupent des enfants qu’ils ne doivent pas donner de miel à leur jeune enfant avant l’âge d’un an.1

Botulisme contracté par le biais d’une blessure

Le botulisme par blessure est rare et apparaît lorsque des spores pénètrent dans une plaie ouverte et sont en mesure de se reproduire dans un environnement anaérobie. Les symptômes sont similaires à ceux du botulisme alimentaire, mais peuvent prendre jusqu’à deux semaines pour apparaître. Cette forme de la maladie a été associée à l’abus de substances psychoactives, et en particulier à l’injection d’héroïne «black tar».

Botulisme contracté par inhalation

Le botulisme par inhalation est rare et n’apparaît pas naturellement, c’est-à-dire qu’il est associé à des événements accidentels ou intentionnels (bioterrorisme, par exemple), qui entraînent la libération de toxines dans des aérosols. La présentation clinique de cette forme de botulisme est similaire à celle du botulisme alimentaire. La dose létale moyenne pour l’homme est estimée à deux nanogrammes de toxine botulique par kilogramme de poids corporel, ce qui représente environ trois fois plus que pour les cas alimentaires.

Les symptômes deviennent visibles entre un et trois jours après l’inhalation, les délais d’apparition étant plus longs pour les niveaux plus faibles d’intoxication. La présentation des symptômes est similaire à celle observée en cas d’ingestion de toxine botulique et culmine avec la paralysie musculaire et l’insuffisance respiratoire.

Si l’on suspecte une exposition à la toxine par inhalation d’aérosols, il faut prévenir une exposition supplémentaire du patient et l’exposition d’autres personnes. Il faut retirer ses vêtements au patient et les placer dans un sac en matière plastique jusqu’à ce qu’ils puissent être lavés soigneusement à l’eau et au savon. Le patient devra être douché et décontaminé immédiatement.

Autres types d’intoxication

Un botulisme d’origine hydrique pourrait théoriquement résulter de l’ingestion de la toxine préalablement formée. Néanmoins, comme les traitements de l’eau courants (ébullition, désinfection avec une solution d’eau de javel à 0,1%, par exemple) détruisent la toxine, le risque est considéré comme faible.

Les cas de botulisme d’origine indéterminée concernent habituellement des adultes pour lesquels aucun aliment ou aucune plaie source de l’infection n’ont pu être identifiés. Ces cas sont comparables au botulisme infantile et peuvent survenir lorsque la flore intestinale a été altérée suite à un acte chirurgical ou à une antibiothérapie.

Des effets indésirables de la toxine pure ont été signalés suite à son usage médical et/ou cosmétique, se référer au point « Botox » ci-après pour plus de détails.

Diagnostic et traitement

Le diagnostic repose habituellement sur le recueil des antécédents et l’examen cliniques suivis de la confirmation en laboratoire qui comprend la mise en évidence de la toxine botulique dans le sérum, les selles ou les aliments, ou la mise en culture de Clostridium botulinum à partir des selles, des tissus d’une plaie ou des aliments. Des erreurs de diagnostic sont parfois commises à propos du botulisme qui est souvent confondu avec un AVC, un syndrome de Guillain-Barré ou une myasthénie grave.

L’antitoxine devra être administrée aussitôt que possible après le diagnostic clinique. Une administration précoce permet de réduire efficacement les taux de mortalité. Les cas de botulisme sévère nécessitent un traitement de soutien, et en particulier une ventilation mécanique, qu’il peut falloir maintenir pendant des semaines ou même des mois. Les antibiotiques ne sont pas nécessaires (excepté dans le cas du botulisme par blessure). Il existe un vaccin contre le botulisme, mais il est rarement utilisé car son efficacité n’a pas été pleinement évaluée et il présente des effets indésirables prouvés.

Prévention

La prévention du botulisme alimentaire repose sur l’application de bonnes pratiques dans la préparation des aliments, notamment pour ce qui concerne la conservation et l’hygiène. Le botulisme peut être prévenu par l’inactivation des spores bactériennes dans les produits ou les conserves stérilisés à la chaleur (par autoclavage, par exemple) ou encore par inhibition de la croissance bactérienne dans d’autres produits. La pasteurisation à chaud industrielle (produits pasteurisés conditionnés sous vide, produits fumés à chaud) peut ne pas suffire pour détruire toutes les spores et la sécurité de ces produits doit donc reposer sur la prévention de la croissance bactérienne et de la production de toxines. L’effet combiné de la température de réfrigération, de la teneur en sel et/ou des conditions acides empêchera le développement des bactéries et la formation de toxines.

L’initiative Cinq clés pour des aliments plus sûrs de l’OMS sert de base à des programmes destinés à former et éduquer les consommateurs. Ces cinq principes sont particulièrement importants pour prévenir les intoxications alimentaires. En voici la liste:

  • Prenez l’habitude de la propreté.
  • Séparez les aliments crus des aliments cuits.
  • Faites bien cuire les aliments.
  • Conservez les aliments à la bonne température.
  • Utilisez de l’eau et des produits sûrs.

Botox

La même bactérie Clostridium botulinum est utilisée pour préparer le Botox, un produit pharmaceutique pour injection à usage principalement clinique et cosmétique. Les traitements au botox utilisent la neurotoxine botulique type A purifiée et fortement diluée. Ils sont administrés en milieu médical, adaptés aux besoins du patient et habituellement bien tolérés, même si des effets secondaires sont occasionnellement observés.

Réponse de l’OMS

Les flambées de botulisme sont rares, mais représentent des urgences de santé publique, qui doivent être reconnues rapidement pour identifier la source de la maladie, distinguer le type de flambée (naturelle, accidentelle ou potentiellement intentionnelle), prévenir la survenue de cas supplémentaires et administrer efficacement un traitement aux individus touchés.2.

Le succès de ce traitement dépend de manière importante de la précocité du diagnostic et de la rapidité d’administration de l’antitoxine de botulinum.

Le rôle de l’OMS dans la réponse aux flambées de botulisme pouvant susciter des préoccupations de portée internationale comprend les composantes suivantes:

  • Surveillance et détection: l’OMS appuie le renforcement de la surveillance nationale et des systèmes d’alerte internationaux pour garantir une détection locale rapide des flambées et une réponse internationale efficace. Le principal outil de l’OMS pour les activités de surveillance, de coordination et de réponse est le Réseau international des autorités de sécurité sanitaire des aliments (INFOSAN), qui relie les autorités nationales des États Membres chargées de gérer les événements relevant de la sécurité sanitaire des aliments. Ce réseau est dirigé conjointement par la FAO et l’OMS.
  • Évaluation des risques: la réponse de l’OMS repose sur une évaluation des risques prenant notamment en considération le type de flambée en cause: naturelle, accidentelle ou éventuellement intentionnelle.
  • Confinement de la source de la maladie: l’OMS coordonne l’action des autorités nationales et locales pour confiner les flambées au niveau de leur source.
  • Apport d’une assistance: l’OMS joue un rôle de coordonnateur entre les organismes internationaux, les experts, les laboratoires nationaux et les organisations aériennes et commerciales pour mobiliser les équipements, le matériel et les fournitures nécessaires à la réponse, et notamment à la fourniture et à l’administration de l’antitoxine de botulinum.

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