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Sécurité des injections

Aide mémoire N°231
Octobre 2006

Usage abusif et exagéré des injections dans le monde entier

L’injection est l’un des gestes médicaux les plus courants. Chaque année, quelque 16 milliards d'injections sont pratiquées dans les pays en développement ou en transition. Il s’agit de soins curatifs pour l’immense majorité d’entre elles, environ 95 % ; la vaccination représente aux alentours de 3 % des injections, le reste servant pour d’autres indications - administration de sang, de produits dérivés, de contraceptifs par exemple.

Dans certaines régions du monde, le recours aux injections dépasse largement les besoins réels et atteint des proportions qui n’ont plus rien à voir avec une pratique médicale rationnelle. Dans certaines situations, neuf patients sur dix venant consulter un agent de soins de santé primaires reçoivent une injection alors que, dans 70 % des cas, elles ne sont pas nécessaires et que le médicament aurait pu être prescrit par voie orale.

Les patients ont tendance à préférer les injections car ils pensent que les médicaments agissent mieux et plus vite ainsi. Ils croient également que les médecins les considèrent comme la meilleure forme de traitement. De leur côté, ceux ci ont tendance à les prescrire plus souvent que nécessaire croyant ainsi mieux satisfaire les patients qui, pourtant, sont souvent ouverts à d’autres possibilités. De plus, la prescription d’une injection permet parfois de demander des honoraires plus élevés. L’amélioration de la communication entre les patients et le personnel soignant permettrait d’éclaircir ce type de malentendus et de diminuer le recours abusif aux injections.

Les injections à risque : un fléau dans de nombreux systèmes de santé

Pratiquée dans de bonnes conditions, l’injection n’est pas nocive. Mais le non-respect des règles d’hygiène pour lutter contre les contaminations peut provoquer de graves infections qui mettent la vie des patients en danger.

La réutilisation des aiguilles et des seringues sans stérilisation préalable fait courir un risque d’infection à des millions de personnes. Des évaluations effectuées dans de nombreux pays ont révélé qu’on se contente souvent de les rincer dans un bac d’eau tiède entre deux injections. La proportion d’aiguilles et de seringues réutilisées sans être stérilisées peut atteindre 40 % au niveau mondial et jusqu’à 70 % dans certains pays.

D’autres pratiques dangereuses, notamment au niveau de la collecte et de l’élimination du matériel injectable usagé, exposent le personnel de santé et la communauté à des risques de piqûres. Dans certains pays, les carences concernant l'élimination aboutissent parfois à des cas de revente de matériel usagé sur le marché noir. En 2004, 50 % des pays non industrialisés signalaient encore qu’ils brûlaient les seringues usagées à ciel ouvert, une méthode inacceptable pour l’OMS.

Charge de morbidité due aux injections à risque

Selon l’étude la plus récente1, on estime que les injections à risque provoquent chaque année 1,3 million de décès prématurés, représentant 26 millions d’années de vie perdues et une charge annuelle de US $535 millions en frais médicaux directs.

Les injections à risque constituent un puissant facteur de transmission de certains agents pathogènes véhiculés par le sang, comme les virus de l’hépatite B et de l’hépatite C ou le VIH. Comme la contamination par ces virus ne donne à l’origine aucun symptôme, l’épidémie passe inaperçue. Pourtant les conséquences sont de plus en plus visibles.

  • Virus de l’hépatite B : Très contagieux, il est responsable du plus grand nombre de contaminations ; dans les pays en développement et en transition, on compte 21,7 millions de personnes contaminées chaque année, ce qui représente 33 % des nouvelles infections par le virus dans le monde.
  • Virus de l’hépatite C : Les injections à risque sont la cause la plus fréquente d’infection par ce virus dans les pays en développement et en transition, avec deux millions de nouveaux cas chaque année, soit 42 % du total.
  • Virus de l’immunodéficience humaine : Au niveau mondial, 2 % des nouvelles infections par le VIH ont pour origine des injections à risque, et en Asie du Sud cette proportion pourrait s’élever à 9 %. Le phénomène ne peut donc être ignoré plus longtemps.

Ces trois virus provoquent des infections chroniques aboutissant à un état pathologique, à des incapacités puis à la mort un certain nombre d’années après l’injection. Ceux qui ont été infectés par le virus de l’hépatite B dans l’enfance présentent classiquement une affection hépatique chronique dans la trentaine, au meilleur âge de la vie. Cela a des conséquences dramatiques pour les économies nationales.

1The cost of unsafe injections par M. A. Miller et E. Pisani : Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé, Vol. 77, N° 10, 808-811.

L’utilisation sûre et rationnelle des injections est à notre portée

On considère souvent les injections à risque comme un problème chronique difficile à résoudre, alors qu'en réalité l’adoption d’une stratégie en trois volets permet d’arriver à une utilisation sûre et rationnelle des injections :

1) Modifier les comportements du personnel de santé et des patients

Vingt ans de pandémie du VIH, ainsi que la connaissance de ce fléau par le personnel de santé et les patients dans certains pays, ont poussé les consommateurs à demander un matériel d’injection sûr et à améliorer de manière irréversible les pratiques. Avec une sensibilisation croissante aux problèmes de l’hépatite B et C, le processus devrait se reproduire. On peut développer les programmes de prévention du VIH pour y inclure des éléments relatifs à la sécurité des injections.

2) Veiller à la disponibilité du matériel et des fournitures

Le simple fait de renforcer la disponibilité du matériel d’injection peut stimuler la demande de sécurité et améliorer les pratiques. Comme le coût des seringues jetables est très faible (moins de 5 cents des Etats-Unis l’unité) par rapport à celui des honoraires versés pour une injection (50 cents des Etats-Unis en moyenne), les patients consentent en général à payer un petit supplément pour leur sécurité après avoir pris conscience des risques qu’ils courent.

3) Eliminer correctement les déchets

Souvent, l’élimination des déchets ne fait pas partie intégrante de la planification sanitaire et laisse à désirer. Pourtant, une bonne planification donne des résultats. Les stratégies nationales de gestion des déchets des soins de santé requièrent des directives nationales dans ce domaine, un système global d’application, une meilleure sensibilisation et formation du personnel de santé à tous les niveaux, ainsi que le choix de solutions appropriées sur le plan local.

Que fait l’OMS pour améliorer la sécurité des injections ?

L’OMS accueille et coordonne le réseau mondial pour la sécurité des injections (SIGN) qui regroupe toutes les principales parties prenantes afin de promouvoir durablement la sécurité des injections dans le monde. Le réseau permet à l’OMS de fournir des conseils ainsi qu'une série d’outils politiques, gestionnaires et de sensibilisation pour aider les pays à avoir accès à du matériel sûr et peu coûteux et promouvoir la formation du personnel de santé et l’usage rationnel des injections.

Conseils, moyens politiques et sensibilisation

L’OMS met au point et à jour une série de matériels fondés sur des bases factuelles concernant les meilleures pratiques de sécurité des injections, l’élimination des déchets, la protection du personnel de santé et la lutte contre l’infection. Ces matériels sont publiés en ligne et distribués aux pays. Le secrétariat de SIGN fournit aussi régulièrement des informations pour aider les pays à prendre les décisions qui s'imposent, et notamment des outils permettant de faire le point de la sécurité des injections dans les établissements de soins, des analyses de la charge de morbidité mondiale imputable aux injections à risque et des analyses de coût/efficacité concernant le matériel d’injection.

Appui pour assurer la qualité et la sécurité du matériel d’injection

En collaboration avec l’Organisation internationale de Normalisation et l’International Association of Safe Injection Technologies (l’organisation qui regroupe les fabricants de matériels d’injection), l’OMS a mis au point une norme pour les seringues autobloquantes destinées à la vaccination ou à des fins curatives. La norme peut être utilisée par les autorités de réglementation nationales pour l’examen des produits ou par les autorités nationales pour les achats.

Pour éviter l’abus des injections à des fins curatives, l’OMS demande instamment aux pays de promouvoir l’usage rationnel des injections à des fins thérapeutiques dans leur politique pharmaceutique nationale, par exemple en supprimant des médicaments injectables inutiles qui figurent sur la liste nationale des médicaments essentiels.

Appui à un meilleur accès

En 2004, l’OMS a mis au point les "Principes directeurs applicables à la sécurité du matériel d'injection" en réaffirmant la nécessité d’assurer la fourniture groupée des médicaments injectables, des diluants appropriés, des seringues non réutilisables et des conteneurs de sécurité en quantité suffisante dans chaque établissement de soins. Cela suppose de prévoir le financement, les achats et la gestion des approvisionnements nécessaires.

Pour mieux aider les pays, l’OMS a mis au point un guide pour les achats de seringues non réutilisables et de conteneurs de sécurité. L’OMS demande instamment aux donateurs et aux créanciers qui financent les produits injectables de financer aussi des quantités appropriées de seringues et le coût de l’élimination des déchets perforants.

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