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Surveillance mondiale des maladies infectieuses

Aide-mémoire N°200

L'augmentation des mouvements de population, l'expansion du commerce international des denrées alimentaires et des produits biologiques à usage médical, les changements sociaux et environnementaux liés à l'urbanisation et le déboisement sont autant de manifestations des transformations rapides du monde dans lequel nous vivons. Si l'on ajoute à cela l'adaptation rapide des microorganismes, qui a facilité le retour d'anciennes maladies transmissibles et l'émergence de maladies nouvelles, et l'évolution de la résistance aux antimicrobiens, qui fait que les traitements disponibles contre un large éventail d'infections parasitaires, bactériennes et virales sont devenus moins efficaces, aujourd'hui, l'apparition d'une maladie transmissible dans un pays nous concerne tous.

En 1996, des cas mortels de fièvre jaune ont été importés aux Etats-Unis d'Amérique et en Suisse par des touristes qui avaient voyagé dans des régions où la fièvre jaune est endémique sans avoir été vaccinés. La même année, environ 10 000 cas de paludisme ont été importés dans la Communauté européenne, dont un quart ont été déclarés au Royaume-Uni. Quand le choléra est réapparu au Pérou en 1991 après une longue absence, il a pu se propager par les systèmes existants d'assainissement et de distribution d'eau, faisant plus de 3000 victimes. Les exportations de fruits de mer du Pérou ont été frappées d'embargo et le tourisme a baissé, ce qui s'est traduit pour l'économie péruvienne par une perte de, au moins, US$770 millions sur une seule année.

Dans les pays industrialisés, où la mortalité due aux maladies transmissibles a fortement baissé depuis un siècle, le problème est d'empêcher l'introduction de maladies susceptibles de provoquer une épidémie ou une réémergence. Dans les pays en développement, il s'agit de détecter suffisamment tôt les flambées de maladies transmissibles pour en enrayer les effets mortels, la propagation et l'impact sur le commerce et le tourisme.

L'un des principaux moyens de faire face aux dangers des maladies transmissibles dans les pays industrialisés et les pays en développement est de mettre en place de solides systèmes de surveillance. Toutefois, étant donné les écarts entre les systèmes nationaux de surveillance, la création de partenariats pour une surveillance mondiale s'impose comme le point de départ logique d'une action commune dans ce domaine.

Le rôle de l'OMS dans la surveillance

Depuis 1992, les craintes suscitées par les maladies émergentes et réémergentes ont donné lieu à plusieurs initiatives nationales et internationales visant à rétablir et à améliorer les dispositifs de surveillance et de lutte contre les maladies transmissibles. Les Etats Membres de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont exprimé en 1995 leur préoccupation dans une résolution de l'Assemblée mondiale de la Santé demandant instamment à tous les Etats Membres de renforcer la surveillance des maladies infectieuses afin de détecter rapidement les maladies réémergentes et d'identifier les maladies infectieuses nouvelles. L'Assemblée mondiale de la Santé a reconnu que le succès de cette entreprise dépendrait de la capacité d'obtenir des informations sur les maladies infectieuses et de la volonté de diffuser ces informations à l'échelon national et international. De plus, améliorer la détection et la surveillance des maladies infectieuses aiderait à mieux cerner les priorités de santé publique.

L'un des principaux moyens mis en oeuvre par OMS pour créer un système mondial de surveillance a été la mise en place d'un "réseau des réseaux" qui regroupe les réseaux de laboratoires et de centres médicaux existant au niveau local, régional, national et international en un super réseau de surveillance. Ce réseau est en train d'être construit avec les 191 Etats Membres de l'OMS et d'autres partenaires, dont le groupe spécial Union européenne - Etats-Unis sur les maladies transmissibles émergentes et le programme d'action commun Etats-Unis - Japon. Le Réseau a également été cité comme un domaine de collaboration par les pays membres du G-7/G-8 lors des Sommets de Lyon (1996) et de Denver (1997). Les mesures à prendre pour la surveillance de l'utilisation intentionnelle de microorganismes pathogènes ont également été étudiées par le Réseau, plus spécialement à l'occasion de la révision du Règlement sanitaire international (RSI), en collaboration avec le Groupe spécial d'Etats parties à la Convention sur les Armes biologiques.

Sources officielles d'information

Les Etats et des centres universitaires d'excellence spécialisés dans les maladies transmissibles, par exemple les US Centers for Disease Control, le UK Public Health Laboratory Service, les Instituts Pasteur français, le réseau mondial des écoles de santé publique et le réseau de formation en épidémiologie et d'intervention en santé publique (TEPHINET) fournissent des rapports sur les cas confirmés de maladies transmissibles. La plupart de ces sites font ou feront partie du réseau des Centres collaborateurs de l'OMS. Avec les Bureaux régionaux de l'OMS, les représentants de l'OMS dans les pays et d'autres sites de notification de l'OMS et de l'ONUSIDA, ce réseau contribue aux activités de surveillance mondiale parallèlement aux réseaux de notification d'autres organismes des Nations Unies comme le HCR et l'UNICEF. Enfin, des réseaux militaires internationaux comme le US Department of Defense Global Emerging Infections System (DoD-GEIS), des dispensaires privés, des scientifiques et des praticiens de santé publique complètent le réseau des sources officielles d'information.

Ces réseaux comportent des lacunes géographiques et de population, et des carences techniques qui demandent à être corrigées. Comme la plupart d'entre eux relèvent du secteur public, il faudrait qu'ils se dotent des moyens de s'associer au secteur privé ainsi qu'à d'autres sources d'information valables, tels les laboratoires militaires et les laboratoires de recherche. Il faudrait qu'ils s'occupent aussi bien des infections humaines que des infections animales et qu'ils communiquent des informations sur la résistance aux antimicrobiens et sur l'environnement, y compris l'eau, les insectes vecteurs et les réservoirs animaux.

Sources informelles d'information

Le développement fulgurant de la portée des télécommunications, des médias et de l'accès à Internet a favorisé l'avènement d'une société de l'information au sein de laquelle les professionnels de la santé publique communiquent plus efficacement. De nombreux groupes comprenant des professionnels de la santé, des organisations non gouvernementales et le grand public ont maintenant accès aux rapports sur les flambées de maladies et sont à même de concurrencer les autorités nationales de la surveillance des maladies, autrefois seules détentrices de ces informations. Des sites publics sur Internet sont consacrés à l'information sur les maladies; parmi eux figurent des sites liés à la médecine et à la biologie ainsi que ceux des principales agences de la presse écrite et parlée. Un exemple en est ProMed, site Internet de discussion sur l'apparition de cas de maladies transmissibles.

Ces sites de discussions électroniques, accessibles gratuitement et sans restriction, constituent de précieuses sources d'information. Ils peuvent être de portée mondiale (ProMed, TravelMed), régionale (PACNET dans la région Pacifique) ou nationale (SentiWeb en France). Ils témoignent des possibilités sans précédent qui s'offrent de sensibiliser le public aux questions de santé publique.

Le réseau mondial d'information en santé publique (GPHIN) est un système de surveillance électronique de deuxième génération mis au point et géré par Santé Canada. Il dispose de puissants moteurs de recherche qui balayent le Web à la recherche de notifications de cas et de syndromes de maladies transmissibles dans des groupes de discussions électroniques, des flashes d'information et ailleurs sur le Web. Le GPHIN, qui a commencé à chercher en anglais et en français, s'étendra à toutes les langues officielles de l'Organisation mondiale de la Santé avec laquelle il a noué des liens étroits pour la vérification de ses informations.

Parmi les autres réseaux qui sont également des sources de déclaration de maladies transmissibles, figurent des organisations non gouvernementales comme les Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, Médecins sans Frontières, Medical Emergency Relief International (Merlin) et des organisations chrétiennes comme les missions catholiques et protestantes.

Sources d'information sous mandat légal

Le Règlement sanitaire international (RSI) est un instrument juridique qui fait obligation aux Etats Membres de l'OMS de déclarer les maladies revêtant une importance internationale, soit actuellement la peste, le choléra et la fièvre jaune. Les pays ne se soumettent pas uniformément à cette obligation de déclaration, redoutant souvent des réactions injustifiées susceptibles de nuire aux voyages et au commerce. Par ailleurs, le mécanisme international officiel de déclaration n'a pas suivi l'évolution des nouvelles techniques de communication et n'englobe pas de nombreuses maladies transmissibles importantes pour la santé publique internationale. Une révision du RSI a donc été engagée pour donner à ce dernier un rôle accru dans la surveillance et la lutte mondiales contre les maladies transmissibles. Le RSI révisé (actuellement en cours d'évaluation dans le cadre d'une étude pilote réalisée dans 21 pays) met l'accent sur la déclaration immédiate de toutes les flambées de maladies réclamant d'urgence une attention au niveau international. La notification électronique de syndromes cliniques déterminés définis en fonction des maladies importantes pour la santé publique aidera les pays à soumettre des déclarations immédiates. Ce dispositif facilitera une mise en alerte rapide et une réponse internationale appropriée en attendant les vérifications en laboratoire. Une fois connu le diagnosic confirmé, il sera enregistré dans le système, ce qui permettra d'apporter à la réponse internationale tous les ajustements qui seraient nécéssaires. Lorsque cette révision sera achevée, le RSI constituera un instrument important de l'action de santé publique.

Un exemple concret: la surveillance mondiale de la grippe

La surveillance de la grippe fait l'objet de l'un des systèmes de surveillance et de contrôle les plus élaborés de l'OMS. Mis en place en 1948, il est devenu au fil des années un partenariat mondial des plus performants. Ce réseau comprend maintenant 110 laboratoires collaborateurs dans 82 pays occupés à surveiller continuellement les virus grippaux isolés localement et à communiquer des informations sur l'émergence et la propagation des différentes souches.

Les systèmes et laboratoires nationaux de dépistage ont été renforcés par l'OMS et ses partenaires sur la base de normes internationalement acceptées, et les isolements de virus provenant de laboratoires nationaux sont analysés plus en détail dans l'un des quatre centres collaborateurs de l'OMS pour la grippe. Grâce aux informations ainsi recueillies, les experts associés au système de surveillance peuvent formuler des recommandations sur les trois souches virales à inclure dans le vaccin antigrippal de la saison suivante. Ainsi, les données issues de la surveillance mondiale débouchent chaque année sur une action importante et uniforme de santé publique. La mise au point annuelle du vaccin est également le fruit d'une collaboration extrêmement réussie entre les secteurs public et privé.

Parallèlement au programme de surveillance, des plans nationaux et mondiaux de lutte systématique sont établis pour faire face à la pandémie suivante de grippe. Le système de surveillance et les éléments du plan mondial de lutte contre la pandémie ont été mis à l'épreuve lors de la poussée du virus de la grippe aviaire A (H5N1) survenue chez des sujets humains à Hong Kong à la fin de 1997. L'identification rapide de la souche virale dans l'un des laboratoires collaborateurs aux Pays Bas suivie par la mobilisation et la coordination d'une équipe d'investigation des centres collaborateurs de l'OMS aux Etats-Unis, des études épidémiologiques et de laboratoire approfondies, la diffusion immédiate d'informations au public, la mise au point de nécessaires d'épreuves diagnostiques destinés à être distribués à l'échelle internationale et l'identification d'une lignée virale appropriée pour la mise au point d'un vaccin, autant d'éléments qui ont contribué à la mise en place d'une action opportune, ordonnée et efficace contre cette poussée.

Capacités de préparation et de réponse de l'OMS en cas d'épidémie

Dès qu'une flambée de cas de maladie transmissible a été confirmée, des informations pertinentes sont diffusées sur le Web et peuvent être consultées par le grand public (http:http://www.who.int/csr/don/en/). En même temps, une action internationale est mise en place si nécessaire avec l'aide de partenaires techniques et humanitaires. Une équipe de l'OMS arrive sur les lieux dans les 24 heures qui suivent la confirmation de la flambée pour procéder à une première évaluation, prendre des mesures de lutte immédiates et préparer au besoin une intervention internationale plus vaste. Associant la réponse internationale à la surveillance systématique mondiale, le "réseau des réseaux" ainsi constitué à l'échelle mondiale peut être sollicilté de sorte qu'aucun pays ou organisme technique ou humanitaire ne doit à lui seul supporter tout le poids de l'action à engager.


Pour de plus amples renseignements, les journalistes peuvent s'adresser à l'OMS à Genève, à la Division des Maladies émergentes et autres maladies transmissibles - Surveillance et Lutte (EMC), Téléphone: (41 22) 791 2661; Télécopie : (41 22) 791 4198; E-Mail: heymannd@who.int; ou à Communication pour la Santé et Relations Publiques, Téléphone: (41 22) 791 2584; Télécopie : (41 22) 791 4858; E-Mail: info@who.int.

Tous les communiqués de presse, aide-mémoire et OMS information peuvent être obtenus sur Internet à la page d'accueil http://www.who.int/

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