Paludisme
Principaux faits
- Le paludisme est une maladie qui peut être mortelle. Il est dû à des parasites transmis à l’homme par des piqûres de moustiques infectés.
- En 2010, le paludisme a été à l’origine de 655 000 décès, pour la plupart parmi les enfants africains.
- Le paludisme est une maladie évitable dont on guérit.
- Le renforcement des mesures de lutte et de prévention permet de réduire de façon spectaculaire la charge palustre dans certains endroits.
- Le paludisme peut entraîner une baisse du produit intérieur brut pouvant aller jusqu’à 1,3% dans les pays fortement affectés.
- Les voyageurs non immunisés venant de régions exemptes de paludisme sont très vulnérables à la maladie lorsqu’ils sont infectés.
Selon le Rapport sur le paludisme dans le monde 2011, on a enregistré, en 2010, 216 millions de cas de paludisme qui ont causé 655 000 décès, soit une diminution de la mortalité de 25% au niveau mondial par rapport 2000 et de 33% dans la Région africaine de l’OMS. La plupart des décès surviennent chez des enfants vivant en Afrique, où chaque minute un enfant meurt du paludisme et où cette maladie est à l’origine de près de 22% de l’ensemble des décès d’enfants.
Le paludisme est dû à des parasites du genre Plasmodium transmis d’une personne à l’autre par des piqûres de moustiques Anopheles infectés, appelés «vecteurs du paludisme», qui piquent principalement entre le crépuscule et le petit matin.
Il existe quatre types de paludisme humain:
- Plasmodium falciparum;
- Plasmodium vivax;
- Plasmodium malariae;
- Plasmodium ovale.
Les Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax sont les plus répandus. Le Plasmodium falciparum est le plus mortel.
Ces dernières années, on a enregistré aussi certains cas humains de paludisme à Plasmodium knowlesi – un paludisme du singe rencontré dans certaines zones de forêts d’Asie du Sud-Est.
Transmission
Le paludisme est transmis exclusivement par les piqûres de moustiques Anopheles. L’intensité de la transmission dépend de facteurs liés au parasite, au vecteur, à l’hôte humain et à l’environnement.
Une vingtaine d’espèces anophèles différentes sont présentes localement en quantités importantes à travers le monde. Toutes les espèces importantes de vecteurs piquent la nuit. Les Anopheles se reproduisent dans l’eau et chaque espèce a ses préférences; certaines par exemple préfèrent l’eau douce de faible profondeur comme les flaques, les rizières et les empreintes laissées par les sabots d’animaux.
La transmission est plus intense aux endroits où les espèces de vecteurs ont une durée de vie relativement longue (ce qui permet au parasite de compléter son cycle de développement à l’intérieur du moustique) et piquent plutôt les êtres humains que les animaux. Par exemple, la longue durée de vie et la forte préférence pour l’homme des espèces africaines de vecteurs expliquent que plus de 85% des décès par paludisme enregistrés dans le monde surviennent en Afrique.
La transmission dépend aussi des conditions climatiques qui peuvent influer sur l’abondance et la survie des moustiques, telles que le régime des précipitations, la température et l’humidité. À beaucoup d’endroits, la transmission est saisonnière avec un pic pendant ou juste après la saison des pluies. Des épidémies de paludisme peuvent survenir lorsque le climat et d’autres conditions favorisent soudainement la transmission dans des régions où les populations sont peu ou ne sont pas immunisées. Elles peuvent aussi survenir lorsque des personnes faiblement immunisées se déplacent vers des régions de transmission intense, par exemple pour trouver du travail ou en tant que réfugiés.
L’immunité humaine est un autre facteur important, en particulier chez les adultes dans les zones de transmission modérée à intense. L’immunité se développe après des années d’exposition et, bien qu’elle ne confère jamais une protection totale, elle réduit le risque que l’infection palustre cause des troubles sévères. C’est la raison pour laquelle la plupart des décès par paludisme en Afrique surviennent chez de jeunes enfants, tandis que, dans les zones de faible transmission et où la population est peu immunisée, tous les groupes d’âge sont exposés.
Symptômes
Le paludisme est une maladie caractérisée par des épisodes fébriles aigus. Les symptômes apparaissent au bout de sept jours ou plus (généralement 10 à 15 jours) après la piqûre de moustique infectante. Les premiers symptômes – fièvre, maux de tête, frissons et vomissements – peuvent être modérés et difficiles à attribuer au paludisme. S’il n’est pas traité dans les 24 heures, le paludisme à P. falciparum peut évoluer vers une affection sévère souvent mortelle.
Les enfants fortement atteints développent fréquemment un ou plusieurs des symptômes suivants: anémie sévère, détresse respiratoire consécutive à une acidose métabolique ou paludisme cérébral. Chez l’adulte, on observe aussi fréquemment une atteinte de tous les organes. Dans les zones d’endémie, les personnes peuvent parfois être partiellement immunisées, et il peut y avoir des infections asymptomatiques.
Pour les paludismes à P. vivax et à P. ovale, des rechutes cliniques peuvent se produire des semaines ou des mois après la première infection même si le patient a quitté la zone impaludée. Ces nouveaux épisodes sont dus à des formes hépatiques «dormantes» (qui n’existent pas avec P. falciparum et P. malariae), et un traitement spécial – ciblé sur ces stades hépatiques – est impératif pour guérir complètement le malade.
Qui est exposé?
Près de la moitié de la population du monde est exposée au paludisme. La plupart des cas de paludisme et de décès dus à cette maladie surviennent en Afrique subsaharienne. Toutefois, l’Asie, l’Amérique latine et, dans une moindre mesure, le Moyen-Orient et certaines parties de l’Europe sont également affectés. En 2010, le paludisme était présent dans 106 pays et territoires.
Les groupes de population les plus spécialement à risque sont:
- Les jeunes enfants vivant dans des zones de transmission stable qui n’ont pas encore développé une immunité les protégeant contre les formes les plus sévères de la maladie.
- Les femmes enceintes non immunisées le paludisme entraîne des taux élevés de fausses couches (jusqu’à 60% en cas d’infection à P. falciparum) et des taux de décès maternels atteignant 10 à 50%.
- Les femmes enceintes semi-immunisées dans les régions de forte transmission. Le paludisme peut entraîner des fausses couches et un faible poids de naissance chez le nouveau-né, en particulier lors de la première et de la seconde grossesse. On estime que 200 000 nouveau-nés meurent chaque année des suites d’une infection palustre au cours de la grossesse.
- Les femmes enceintes semi-immunisées infectées par le VIH dans les zones de transmission stable ont un risque accru de contracter le paludisme pendant toute leur grossesse. En cas d’infection palustre du placenta, ces femmes ont aussi un risque plus élevé de transmettre l’infection à VIH à leurs nouveau-nés.
- Les personnes vivant avec le VIH/sida.
- Les voyageurs internationaux en provenance de régions exemptes de paludismecar ils ne sont pas immunisés.
- Les immigrants venus de régions d’endémie et leurs enfants qui vivent dans des zones exemptes de paludisme et qui retournent dans leur pays d’origine pour y rendre visite à des amis ou à de la famille sont également exposés, car leur immunité a diminué ou disparu.
Diagnostic et traitement
Le diagnostic et le traitement précoces du paludisme réduisent l’intensité de la maladie et permettent d’éviter qu’elle ne devienne mortelle. Ils contribuent aussi à réduire la transmission du paludisme.
Le meilleur traitement disponible, en particulier pour le paludisme à P. falciparum, est une association médicamenteuse comportant de l’artémisinine (ACT).
L’OMS recommande que, dans tous les cas présumés, le paludisme soit confirmé par un diagnostic basé sur la recherche des plasmodies (par microscopie ou test diagnostique rapide) avant d’administrer un traitement. La confirmation parasitologique peut être obtenue en quelques minutes. Un traitement uniquement symptomatique ne doit être envisagé que si le diagnostic parasitologique n’est pas possible. On trouvera des recommandations plus détaillées dans les Directives pour le traitement du paludisme.
Pharmacorésistance
Une résistance croissante aux médicaments antipaludiques s’est très rapidement répandue, compromettant les efforts de lutte antipaludique.
Lorsqu’ils sont traités avec une monothérapie à base d’artémisinine, les patients peuvent être tentés d’interrompre trop vite leur traitement dès que les symptômes ont disparu. Mais ils ne sont alors que partiellement guéris et des parasites persistent dans leur sang. Sans l’administration d’un second médicament en association (comme avec l’ACT), ces parasites résistants survivent et peuvent être transmis à un moustique et à une autre personne. Les monothérapies sont donc la cause essentielle du développement de la résistance à l’artémisinine.
Si la résistance à l’artémisinine progresse et gagne d’autres régions géographiques étendues comme cela s’est passé auparavant avec la chloroquine et la sulfadoxine-pyriméthamine (SP), les conséquences pour la santé publique pourraient être très graves, car aucun autre antipaludique de remplacement ne sera disponible avant au moins cinq ans.
L’OMS préconise une surveillance systématique de la résistance aux médicaments antipaludiques et aide les pays à renforcer leurs efforts dans ce domaine de recherche important.
Des recommandations plus complètes figurent dans le plan mondial pour endiguer la résistance à l’artémisinine (Global Plan for Artemisinin Resistance Containment).
Prévention
La lutte antivectorielle reste le principal moyen de réduire la transmission du paludisme au niveau communautaire. C’est la seule intervention qui peut ramener une forte transmission à des niveaux quasiment nuls.
Pour les personnes, la protection individuelle contre les piqûres de moustique représente le premier moyen de défense contre le paludisme.
Deux formes de lutte antivectorielle sont efficaces dans beaucoup de situations. Ce sont:
Les moustiquaires imprégnées d’insecticides (MII)
Les moustiquaires à imprégnation durable (MID) sont celles qui sont les plus fréquemment distribuées dans les programmes de santé publique. L’OMS recommande une couverture universelle de la lutte antivectorielle et, dans la plupart des régions, le moyen le plus efficace et le moins coûteux d’y parvenir est de fournir des moustiquaires à imprégnation durable de façon à ce que chacun puisse dormir toutes les nuits sous une telle moustiquaire dans les zones à forte transmission.
Les pulvérisations d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des habitations
La pulvérisation d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des habitations est le moyen le plus puissant de réduire rapidement la transmission du paludisme. Pour obtenir un résultat optimal, il faut pulvériser au moins 80% des habitations dans les zones ciblées. Cette pulvérisation est efficace pendant 3 à 6 mois en fonction du type d’insecticide utilisé et du type de surface pulvérisée. Le DDT peut être efficace pendant 9 à 12 mois dans certains cas. Des insecticides à effet rémanent plus long sont actuellement en cours d’élaboration.
D’autres médicaments peuvent aussi être utilisés pour prévenir le paludisme. Les voyageurs peuvent se protéger au moyen d’une chimioprophylaxie qui supprime le stade sanguin de l’infection palustre, ce qui empêche le développement de la forme clinique de la maladie. L’OMS recommande le traitement préventif intermittent par la sulfadoxine-pyriméthamine pour les femmes enceintes vivant dans des zones de forte transmission pendant les deuxième et troisième trimestres. De même, pour les nourrissons vivant dans des zones de forte transmission d’Afrique, 3 doses de sulfadoxine-pyriméthamine en traitement préventif intermittent sont recommandées en même temps que les vaccinations systématiques.
Résistance aux insecticides
Une grande partie des succès obtenus jusqu’ici contre le paludisme est due à la lutte antivectorielle, largement tributaire de l’emploi de pyréthrinoïdes, qui sont la seule catégorie d’insecticides utilisés pour l’imprégnation des MII et des MID. Une résistance aux pyréthrinoïdes a fait son apparition, notamment en Afrique, même si à ce jour on n’a observé qu’un ou deux cas d’échec manifeste.
Actuellement, on manque de nouveaux insecticides sans danger et d’un bon rapport coût/efficacité. La mise au point de nouveaux insecticides de remplacement est une priorité mais c’est une entreprise longue et coûteuse. La mise au point de nouveaux insecticides pour l’imprégnation des moustiquaires est une priorité particulière.
La détection d’une résistance aux insecticides devrait donc être une composante essentielle de tous les efforts nationaux de lutte antipaludique, afin de garantir la mise en œuvre des méthodes de lutte antivectorielle les plus efficaces. Le choix d’un insecticide pour les pulvérisations à l’intérieur des habitations devrait toujours être une décision prise sur la base des données locales récentes concernant la sensibilité des vecteurs cibles.
Conséquences économiques et impact sur les systèmes de santé
Le paludisme entraîne des pertes économiques importantes et peut faire baisser le produit intérieur brut (PIB) de près de 1,3% dans les pays à forte transmission. Sur le long terme, les pertes annuelles cumulées ont abouti à des différences substantielles de PIB entre les pays où sévit ou non le paludisme, notamment en Afrique.
Les coûts sanitaires du paludisme englobent à la fois les dépenses individuelles et les dépenses publiques pour la prévention et le traitement. Dans certains pays fortement touchés, le paludisme représente:
- jusqu’à 40% des dépenses de santé publique;
- de 30 à 50% des hospitalisations;
- jusqu’à 60% des consultations externes.
Le paludisme touche de façon disproportionnée les populations pauvres qui n’ont pas les moyens de se traiter ou qui n’ont qu’un accès limité aux soins de santé, et il piège les familles et les communautés dans une véritable spirale de la pauvreté.
Élimination
Dans le passé, de nombreux pays, en particulier dans les zones tempérées et subtropicales, ont réussi à éliminer le paludisme. La campagne mondiale d’éradication du paludisme lancée par l’OMS en 1955 a permis d’éliminer la maladie dans certains pays, mais n’a pas atteint son objectif global, ce qui fait qu’elle a été abandonnée moins de deux décennies plus tard en faveur de l’objectif moins ambitieux tendant à endiguer la maladie. Ces dernières années, toutefois, on s’est de nouveau intéressé à l’éradication du paludisme.
Une utilisation à grande échelle des stratégies recommandées par l’OMS et des outils actuellement disponibles, ainsi qu’un fort engagement national et des efforts coordonnés avec les partenaires permettront à davantage de pays – en particulier ceux où la transmission de la maladie est faible et instable – de progresser vers l’élimination du paludisme.
Vaccins contre le paludisme
Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué contre le paludisme ou aucun autre parasite de l’homme. Un vaccin expérimental contre P. falciparum, connu sous le nom de RTS,S/AS01, est le plus avancé. Ce vaccin est actuellement évalué dans le cadre d’un vaste essai clinique dans 7 pays d’Afrique. Il y aura 3 séries de résultats et chacune sera examinée par un comité consultatif externe de l’OMS. En fonction des résultats finaux de l’essai clinique, l’OMS recommandera ou non l’utilisation du vaccin. Les résultats définitifs sont attendus en 2014. D’autres vaccins antipaludiques en sont à des stades de recherche moins avancés.
Action de l’OMS
Le Programme mondial de lutte antipaludique de l’OMS est chargé de tracer la voie en matière de lutte et en vue de l’élimination:
- en formulant des stratégies et des politiques fondées sur des données factuelles;
- en évaluant les progrès accomplis au niveau mondial de manière indépendante;
- en élaborant des approches pour le développement des capacités, le renforcement des systèmes et la surveillance;
- en repérant les menaces pour la lutte contre le paludisme et son élimination, ainsi que de nouveaux domaines d’action.
L’OMS est aussi cofondatrice et héberge le Partenariat Faire reculer le paludisme qui est le cadre mondial de mise en œuvre d’une action coordonnée contre la maladie. Le Partenariat RBM appelle à l’action, mobilise les ressources et crée un consensus entre les partenaires. Ce Partenariat regroupe plus de 500 partenaires, y compris les pays d’endémie palustre, leurs partenaires bilatéraux et multilatéraux pour le développement, le secteur privé, les organisations non gouvernementales et les organisations à base communautaire, les fondations et les instituts universitaires et de recherche.