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Solidité et solidarité, pour mieux faire face à la crise

M. Ban Ki-moon
Le Secrétaire général des Nations unies

Discours prononcé à l’Assemblée mondiale de la santé
19 mai 2009

Madame Chan,

Je rends hommage à vos qualités de dirigeante.

Messieurs les ministres et responsables de la santé publique, je salue le travail que vous accomplissez pour faire face à la crise actuelle mais aussi aux difficultés qui se posent tous les jours dans le domaine de la santé.

Madame Brown, merci d’être venue nous apporter votre soutien.

Ce matin, j’ai visité le Centre stratégique d’opérations sanitaires du docteur Lee à l’Organisation mondiale de la Santé.

Si je ne m’abuse, l’acronyme par lequel on désigne le Centre en anglais est « SHOC ». Si choc il y eut, il fut plutôt positif.

J’ai été impressionné par le professionnalisme, le dévouement et l’engagement du personnel de l’OMS et de leurs collègues venant des États membres et des centres partenaires.

Ces personnes sont le fer de lance de la contre-attaque de la communauté internationale en cas de crise mondiale. Elles symbolisent ce qui se fait de mieux en termes de coopération internationale.

Merci à elles qui font tant pour que le monde soit en meilleure santé.

Mesdames et Messieurs,

Le sujet qui nous occupe aujourd’hui est la grippe A (H1N1).

Cette épidémie souligne une fois de plus que nous vivons dans un monde où tout circule très vite. L’éloignement ne garantit plus l’immunité. Le malheur de l’un est l’affaire de tous.

Dès le début, j’ai été constamment en rapport avec Mme Chan.

Je sais qu’il reste beaucoup de questions sans réponse concernant ce virus.

Nous ne savons pas encore jusqu’où il ira, à quel vitesse il se propagera, quelle sera la gravité des affections ni, en fait, combien de personnes périront.

Comme les pandémies précédentes l’ont montré, la situation peut évoluer par phases : une phase modérée peut être suivie d’une autre phase qui le sera moins.

C’est pour cela que l’OMS n’a pas baissé sa garde.

C’est pour cela que nous devons rester vigilants, attentifs au moindre signe. La propagation du virus H1N1 illustre l’une des vérités fondamentales de la santé publique.

Elle nous aide à mieux comprendre le défi auquel nous devons faire face : comment être plus solide en cette ère d’imprévisibilité et d’interdépendance?

Une bonne partie de la réponse est entre vos mains.

C’est ce qui ressort des mesures que vous avez prises au cours des dernières semaines et des enseignements que nous avons tirés de l’expérience.

En premier lieu, nous avons compris que tout votre travail avait porté ses fruits.

La planification des mesures à prendre en cas de pandémie a été très utile. Jamais la communauté internationale n’a été mieux préparée à réagir à une pandémie.

En second lieu, nous avons compris l’importance de la transparence. Nous devons être informés de ce qui se passe. La réaction à la pandémie de grippe montre ce qu’il est possible de faire en termes de transmission d’informations et de renseignements en temps réel.

En troisième lieu, nous avons compris qu’il importait d’investir dans la solidité des systèmes de santé publique.

Ce sont ces systèmes qui assurent la bonne santé de la population en temps normal et permettent de faire face aux nouvelles épidémies et aux nouvelles infections.

En quatrième lieu, nous avons compris l’importance de la coordination, que ce soit entre les organismes et les pays, ou entre le secteur public, le secteur privé et le secteur bénévole.

C’est pour cela que Mme Chan et moi nous sommes entretenus ce matin avec les responsables des principaux fabricants de vaccins. Il importe au plus haut point de maintenir des partenariats avec le secteur privé si nous voulons aller de l’avant.

Enfin, nous avons aussi compris que la coordination n’était pas une fin en soi.

C’est le cinquième enseignement dont je voulais parler, et le plus important : la solidarité.

La solidarité mondiale doit être le moteur de la réaction de la communauté internationale face à la crise.

Dans le cas de cette épidémie, la solidarité signifie que chacun doit avoir accès aux médicaments et aux vaccins.

Elle signifie qu’il faut échanger les données concernant le virus, notamment les échantillons.

Elle signifie qu’il faut s’abstenir de mettre en place des restrictions contre-productives frappant le commerce et les voyages.

Elle signifie que l’OMS et les autres organismes intéressés doivent disposer des ressources dont ils ont besoin quand ils en ont besoin.

Elle signifie que chacun doit s’employer à protéger les plus démunis et les plus vulnérables.

Pour ma part, je m’y engage fermement.

Mesdames et Messieurs,

Par-delà la crise actuelle, nous sommes ici pour parler de la suite des événements et aller au fond des choses.

Pourquoi ai-je fait de la santé mondiale une de mes priorités en tant que Secrétaire général?

Parce que la santé est fondamentale pour tout ce que nous faisons à l’ONU.

Un monde plus sain est aussi un monde meilleur, un monde plus sûr et un monde plus juste.

Si nous rencontrons des difficultés dans le domaine de la santé, nous ne pouvons pas interrompre notre travail puis le reprendre là où nous l’avons laissé. Il n’y a pas de point mort. Soit nous progressons, soit nous reculons.

Des enfants sont à nouveau victimes de maladies évitables. Des familles souffrent. Des collectivités s’effondrent. En un clin d’œil, les conséquences pour les générations futures peuvent être irréversibles.

J’affirme donc que réduire les investissements dans le secteur de la santé en temps de récession est non seulement inacceptable d’un point de vue moral mais aussi suicidaire d’un point de vue économique.

C’est pour cela que nous devons poursuivre nos efforts.

Mesdames et Messieurs,

Nous devons aussi être réalistes. Certes, il nous faut davantage de ressources, mais nous devons aussi en faire plus avec ce dont nous disposons.

Nous sommes en présence de deux réalités incontournables.

Premièrement, nous vivons dans un monde aux crises multiples, où les problèmes ne restent pas sagement dans leur coin.

Deuxièmement, nous vivons une époque d’austérité, où tous les budgets sont la proie de coupes sombres.

Comment en sortir? En faisant preuve de créativité, en recherchant les liens qu’il est possible d’établir.

Comme Mme Chan nous l’a si bien rappelé, la santé est le produit de toutes les politiques. Mesdames et Messieurs,

Parmi les liens que nous recherchons, il en est un qui, comme nul autre peut-être, unit la sécurité, la prospérité et le progrès mondial. Il s’agit de la santé des femmes.

Elle est le cœur de toute question, l’âme de toute société.

Partout, et surtout dans les pays les plus pauvres, la santé des femmes est celle de la nation.

Ce sont les femmes qui élèvent les enfants. Souvent, ce sont elles qui cultivent la terre. Elles sont le ciment de la famille. Elles représentent la majorité de la population, à mesure que les sociétés vieillissent. Elles forment le tissu de la société.

Durant la première année de mon mandat, j’ai invité les dirigeants du système des Nations Unies, du monde de la philanthropie, du secteur privé et de la société civile à concentrer leur action sur les priorités en matière de santé pour le XXIe siècle.

Tous sont d’accord sur un point : il faut commencer par assurer la santé maternelle.

Nous connaissons tous ces chiffres alarmants. Chaque année, un demi-million de femmes meurent de complications survenues pendant la grossesse ou l’accouchement.

Nous savons aussi que la santé maternelle est l’un des meilleurs indices du bon fonctionnement d’un système de santé.

Si un système de santé peut assurer le bon déroulement d’un accouchement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, il peut aussi assurer toute une série d’autres services.

En d’autres termes, la santé maternelle est la mère de tous les défis dans le domaine de la santé.

Or parmi les objectifs du Millénaire pour le développement, la santé maternelle est actuellement celui où le moins de progrès sont enregistrés. C’est un scandale!

Ensemble, donnons à la santé maternelle le rang de priorité qui lui revient.

Au XXIe siècle, aucune femme ne devrait avoir à donner sa vie pour donner la vie.

Mesdames et Messieurs,

Pour conclure, je tiens à dire que je sais comment nous pouvons réaliser toutes ces choses.

Ma confiance n’est pas le fruit d’illusions. Elle se fonde sur les progrès que vous avez accomplis au fil des ans.

Vous avez combattu la poliomyélite, éradiqué la variole et le ver de Guinée, amélioré l’accès aux traitements préventifs et curatifs contre le VIH/sida et lutté contre les méfaits du tabac.

Et vous pouvez en faire beaucoup plus.

Peu importe que nous traversions la crise du réchauffement climatique ou celle des marchés financiers. Nous devons continuer d’affronter ensemble les problèmes communs. Nous devons faire front.

Nous devons établir des partenariats pour améliorer les prestations sanitaires, pour que des spécialistes bien formés fournissent des services sûrs et effectifs, pour innover et trouver des façons plus intelligentes de travailler, de profiter des nouvelles technologies et de mobiliser de nouvelles ressources.

Pour cela, il faudra que vous continuiez à ouvrir la voie et à donner l’exemple.

Lorsqu’une crise survient, son incidence se dit souvent en chiffres : combien de vies en danger, combien de personnes en plus poussées vers l’indigence, combien d’emplois menacés, etc.

Évaluer l’ampleur de la menace fait partie du travail de l’Organisation des Nations Unies.

Nous entrons alors en action. Nous apportons des abris, de la nourriture. Nous envoyons des soldats de la paix.

Ce n’est toutefois qu’une facette de notre travail.

L’aspect le plus important est l’action préventive : que pouvons-nous faire pour éviter que les pires prévisions se réalisent?

En fait, que pouvez-vous faire?

Continuons de préserver ce bien fondamental qu’est la santé.

Mettons tout en œuvre pour appliquer dans le monde entier les principes de la justice sociale.

C’est ainsi que nous rendrons la communauté mondiale plus solide.

C’est ainsi que nous serons prêts à faire face à la prochaine menace, qu’elle vise la santé, la paix ou la stabilité économique.

Merci de nous montrer la voie.

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