Press Release

Communiqué AMS/4
15 mai 1998

Le Rapport sur la Santé dans le Monde, 1998

L'espérance de vie dans le monde atteint de nouveaux sommets mais il y aura encore cette année 21 millions de décès prématurés

Le Rapport sur la Santé dans le Monde, 1998 présente une vision optimiste du 21e siècle

La vie au 21e siècle devrait être plus saine, meilleure et plus longue pour plus d'individus que jamais auparavant, affirme l'Organisation mondiale de la Santé dans un rapport majeur qui paraît aujourd'hui. Ce rapport prévoit que, dans le monde, les décès prématurés -c'est à dire ceux qui surviennent avant l'âge de 50 ans - auront diminué de moitié en 2025. Mais, en 1998, plus de 7 millions d'adultes mourront avant d'avoir atteint cet âge et 10 millions d'enfants n'atteindront pas leur cinquième anniversaire.

Dans le Rapport sur la Santé dans le Monde, 1998 : La vie au 21e siècle - une perspective pour tous, l'OMS indique que l'espérance de vie à la naissance, maintenant de 66 ans, atteindra, selon les projections, 73 ans en 2025. Des milliers d'individus nés à la fin du 20e siècle verront l'aube du 22e siècle. La France par exemple devrait compter 150 000 centenaires en 2050, contre 200 seulement en 1950.

Toutefois, le Dr Hiroshi Nakajima, Directeur général de l'OMS, fait observer que ces années supplémentaires ne sont pas équitablement réparties entre riches et pauvres. "Malheureusement," dit-il, "si l'espérance de vie moyenne a augmenté pendant tout le 20e siècle, 3 personnes sur 4 dans les pays les moins avancés meurent aujourd'hui avant l'âge de 50 ans, ce qui correspond à l'espérance de vie d'il y a un demi-siècle."

"Cette année, 21 millions de décès, soit 2 sur 5 dans l'ensemble du monde, se produiront chez des moins de 50 ans, dont 10 millions chez de jeunes enfants qui n'atteindront jamais leur cinquième anniversaire."

"Plus de 7 millions concerneront des hommes et des femmes parvenus à une période qui devrait figurer parmi les années les meilleures et les plus fructueuses de leur vie. Réduire le nombre de ces décès prématurés est l'un des principaux paris de l'humanité à l'aube du 21e siècle."

Le Rapport sur la Santé dans le Monde, 1998 présente, à partir de données recueillies au cours des 50 années d'existence de l'Organisation et combinées à la dernière évaluation de la santé dans le monde conduite par l'OMS, des projections des tendances sanitaires jusqu'en 2025. Il nous offre dans l'ensemble un tableau optimiste de l'avenir. Il note que cinq décennies de développement socio-économique et de progrès considérables dans le domaine de la santé ont bénéficié aux populations de la plupart des pays et que ces améliorations devraient se poursuivre au 21e siècle, à moins d'une crise économique majeure : "la tendance principale qui se dégage aujourd'hui est celle d'une incontestable évolution vers une vie plus longue et plus saine".

Vers une amélioration de la situation sanitaire

    • Plus d'individus que jamais auparavant ont désormais accès à un ensemble minimum de prestations de santé, à de l'eau saine et à des installations d'assainissement. La plupart des enfants du monde sont maintenant vaccinés contre les six grandes maladies de l'enfance. La fin du 20e siècle a été marquée par un progrès socio-économique général qui s'est accompagné d'avancées régulières et parfois spectaculaires dans la lutte contre la maladie et la mise au point de vaccins et de médicaments, ainsi que d'innombrables innovations médicales et scientifiques.

    • La réduction spectaculaire de la mortalité des moins de 5 ans obtenue au cours de ces dernières décennies devrait de poursuivre. Il y a eu 21 millions de décès chez les moins de 5ans en 1955, environ 10 millions en 1997, et il ne devrait plus y en avoir que 5 millions en 2025.

    • Les écarts restent considérables entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres, mais ils se comblent progressivement, du moins pour ce qui concerne les décès prématurés. Par exemple, en 1995, 76 % des personnes décédées dans la Région africaine de l'OMS avaient moins de 50 ans. En 2025, ce pourcentage sera tombé à 57 %.

    • Dans la Région européenne, 15 % seulement des personnes décédées en 1995 étaient âgées de moins de 50 ans, et ce pourcentage ne sera plus que de 7 % en 2025. Ainsi, l'écart entre l'Afrique et l'Europe du point de vue de la proportion de décès prématurés sera ramené de

    • 61 % à 50 %.

    • Pour les pays en développement, la bonne nouvelle est que d'ici à 2025, des maladies infectieuses comme la poliomyélite, la lèpre, la dracunculose, la filariose et l'hépatite B, qui ensemble, touchent et handicapent des centaines de millions de personnes, auront été éliminées ou ramenées à des taux très bas.

    • Dans le monde industrialisé, où le vieillissement de la population est une préoccupation majeure, une diminution des incapacités liées aux cardiopathies et à certains cancers chez les personnes âgées est déjà perceptible dans plusieurs pays, en grande partie grâce à des programmes de prévention et d'éducation et aux progrès de la médecine.

    • Les progrès de la technologie en général et la poursuite des avancées dans la recherche médicale, les traitements, les soins et la réadaptation devraient apporter de nouvelles améliorations à la qualité de la vie, notamment pour les personnes âgées.

    • La perspective de vivre longtemps en bonne santé devient une réalité pour un plus grand nombre de personnes que jamais auparavant. Les gens vivent non seulement plus âgés, mais la recherche montre que dans certains pays, ils vivent aussi en meilleure santé, les taux d'incapacité diminuant à mesure qu'augmente l'espérance de vie.

Ainsi, des enquêtes à long terme réalisées aux Etats-Unis d'Amérique ont fait apparaître un déclin significatif de la prévalence des incapacités chez les personnes âgées entre 1982 et 1994. Les décès par cardiopathies ont accusé une baisse spectaculaire en Australie, au Canada, en Finlande, en France, en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis et dans quelques autres pays. En Finlande, les programmes de prévention des maladies non transmissibles exécutés au cours des 25 dernières années ont joué un rôle décisif dans le gain de six années dont l'espérance de vie a été augmentée pendant cette période. Dans ce même intervalle, le nombre des personnes recevant en Finlande une pension d'invalidité en raison d'une maladie cardio-vasculaire s'est abaissé d'environ 25 %.

Toutefois, les progrès sont loin d'être universels. "Car si la santé s'est progressivement améliorée dans le monde," dit le Dr Nakajima, "il n'en demeure pas moins que pour de très nombreuses personnes, ces améliorations sont nulles ou imperceptibles." "La communauté internationale doit se préoccuper avant tout de la situation critique de ceux qui risquent le plus d'être les laissés-pour-compte de cette marche triomphante du progrès."

"Des centaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont encore en proie à la misère la plus abjecte. Ils vivent principalement dans les pays les moins avancés où l'impact de la mauvaise santé, des maladies et des inégalités se fait le plus cruellement sentir, où les perspectives sont les plus décourageantes et où l'espérance de vie est la plus courte."

Du point de vue de la situation sanitaire, certaines des inégalités entre les riches et les pauvres sont au moins aussi flagrantes qu'il y a un demi-siècle, et elles se creusent encore. Si, dans la plupart des pays, les gens vivent plus longtemps, l'espérance de vie diminue en fait dans certains. Entre 1975 et 1995, l'espérance de vie a baissé dans 16 pays comptant au total 300 millions d'habitants. Beaucoup d'entre eux étaient des pays africains.

D'après le rapport, la forte mortalité des adultes de moins de 50 ans dans les pays en développement est particulièrement grave puisqu'elle touche des populations laborieuses sur lesquelles comptent les pays pauvres pour échapper à la pauvreté.

En 1996, dans les pays en développement, si 65 % des femmes enceintes ont bénéficié de soins prénatals, 40 % seulement des naissances vivantes ont eu lieu dans un établissement de santé et 53 % seulement en présence d'une personne qualifiée.

Plus du tiers de la population mondiale n'a pas accès à des médicaments essentiels; en moyenne, seuls 50 % des patients prennent correctement leurs médicaments, et jusqu'à 75 % des antibiotiques ne sont pas prescrits à bon escient, même dans les hôpitaux universitaires.

Principales causes de mortalité en 1997

En 1997, sur un total mondial de 52,2 millions de décès, 17,3 millions ont été provoqués par des maladies infectieuses et parasitaires; 15,3 millions par des maladies de l'appareil circulatoire; 6,2 millions par des cancers; 2,9 millions par des infections respiratoires, essentiellement des bronchopneumopathies chroniques obstructives; et 3,6 millions par des affections périnatales.

Parmi les maladies infectieuses, les plus meurtrières sont les infections respiratoires inférieures aiguës (3,7 millions de morts), la tuberculose (2,9 millions), la diarrhée (2,5 millions), le VIH/SIDA (2,3 millions) et le paludisme (1,5-2,7 millions). Les plus meurtrières des maladies de l'appareil circulatoire sont les cardiopathies coronarienne (7,2 millions de victimes) et les accidents vasculaires cérébraux (4,6 millions). Enfin, les cancers qui font le plus de victimes sont ceux du poumon (1,1million), de l'estomac (765 000), du colon et du rectum (525 000), du foie (505 000) et du sein (385000).

Tendances de l'espérance de vie

En 2025, dans 26 pays, l'espérance de vie à la naissance sera supérieure à 80 ans. Les pays où elle sera la plus forte seront l'Italie, l'Islande, le Japon et la Suède (82 ans), suivis de l'Australie, du Canada, de l'Espagne, de la France, de la Grèce, de Singapour et de la Suisse (81 ans).

Elle sera de 80 ans en Allemagne, en Autriche, à la Barbade, en Belgique, à Chypre, au Costa Rica, aux Etats-Unis, en Finlande, en Irlande, en Israël, au Luxembourg, à Malte, en Nouvelle-Zélande et au Royaume Uni. Elle sera aussi de 75 ans en Chine, de 72 ans dans la Fédération de Russie et de 71 ans en Inde. Les pays où l'espérance de vie sera la plus faible en 2025 seront l'Angola, le Burkina Faso, le Burundi, le Mozambique, le Niger, la Somalie et le Tchad (60 ans); le Mali et l'Ouganda (59 ans); la Gambie et la Guinée (58 ans); l'Afghanistan, le Malawi et le Rwanda (57 ans); la Guinée-Bissau (56 ans) et la Sierra Leone (51 ans).

Instantanés du futur

Le rapport propose une série d'instantanés du futur; ainsi, d'ici 2025:

    • Dans les pays industrialisés, les cardiopathies, les accidents cérébrovasculaires et les cancers resteront les principales causes de mortalité. Les décès dus à certains cancers augmenteront à mesure du déclin des décès par cardiopathies et accidents cérébrovasculaires.

    • Dans les pays en développement, ces maladies non transmissibles deviendront plus fréquentes, en grande partie à la suite de la généralisation des modes de vie à l'"occidentale" et des facteurs de risque qui leur sont associés - tabagisme, alimentation riche en graisses et manque d'exercice. Mais les maladies infectieuses n'en continueront pas moins d'être un fardeau considérable, avant tout le VIH/SIDA et probablement la tuberculose.

    • La population mondiale atteindra les 8 milliards d'individus contre 5,8 milliards en 1997. Les femmes auront moins d'enfants - une moyenne de 2,3 contre 2,9 en 1995 et 5,0 en 1955- mais le monde n'aura jamais été aussi densément peuplé; toutefois, les moins de 20 ans ne représenteront plus que 32 % du total contre 40 % aujourd'hui.

    • Les maladies infectieuses et la malnutrition feront moins de victimes chez les nourissons et les jeunes enfants, mais on dénombrera encore chaque année environ 5millions de décès d'enfants de moins de 5 ans.

    • Les gens seront de plus en plus nombreux à vivre de plus en plus plus longtemps. Environ 8 milliards - un sur 10 - seront âgés de plus de 65 ans. En 2025, sur 10 personnes qui décèderont, 4 auront 75 ans ou plus.

    • Les habitants des villes seront plus nombreux que jamais auparavant. Les citadins seront environ 59 % et les ruraux 41 % seulement. En 1995, le rapport était de 45% de citadins pour

    • 55 % de ruraux. En 1955, 68 % de la population mondiale vivait dans les campagnes.

Le vieillissement de la population

Au cours des 25 années à venir, la population âgée de 65 ans et plus pourrait augmenter de 88 % - près de 1million de personnes par mois - alors que la population en âge de travailler augmentera de 45 %.

La population active, dont le nombre ira diminuant, devra pourvoir aux besoins d'une population âgée de plus en plus nombreuse, non seulement sous la forme d'aides directement accordées aux proches, mais aussi par le biais de l'impôt pour financer des services sanitaires et sociaux, et de systèmes de sécurité sociale. Dans la plupart des pays, on cherche maintenant à mettre sur pied de nouveaux dispositifs de protection sociale, par exemple des programmes d'assurance-maladie et de pensions mi-publics mi-privés financés par des impôts directs ou indirects et des contributions volontaires, afin de garantir la protection à long terme des personnes âgées.

"Il va de soi que le maintien d'une bonne santé et d'une bonne qualité de vie dans la population des personnes âgées va revêtir une importance cruciale, socialement et économiquement. Au cours du 21e siècle, retarder aussi longtemps que possible les effets défavorables du vieillissement sera l'une des principales préoccupations de la collectivité et des individus. Des politiques s'imposent pour régler les problèmes de santé des personnes déjà âgées et de celles qui seront les personnes âgées de demain."

"Etant donné que les gens vivent plus longtemps, ils doivent s'attacher toute leur vie à prendre mieux soin d'eux-mêmes et à faire preuve de prévoyance, en ayant présent à l'esprit le fait qu'une grande partie de leur existence va s'étendre au-delà de ce que l'on considère habituellement comme les années les plus productives."

"Les gens doivent donc, dès qu'ils le peuvent, mieux assumer la responsabilité de leur propre santé. Ce qui veut dire qu'il leur faut adopter à un stade précoce des habitudes hygiéniques telles qu'un régime alimentaire sain, un exercice physique suffisant et l'abstinence tabagique, et conserver ces habitudes toute leur vie."

Le rapport fait une place toute particulière à la santé des femmes : "Aujourd'hui, le piètre statut social et l'absence de bien-être qui sont le lot de millions et de millions de femmes dans le monde font de leur vie une véritable tragédie. Toute la société en souffre, et l'horizon des générations futures en est assombri." A mesure du vieillissement de la population, la proportion de femmes âgées augmentera.

Pour que la vieillesse chez la femme soit synonyme de qualité de vie, il faut mettre en oeuvre des politiques visant à lui garantir la meilleure santé possible à mesure qu'elle vieillit. Ces politiques devront traiter les problèmes qui commencent à se poser dès la petite enfance et l'enfance et porter sur toute l'existence jusqu'à la vieillesse, en passant par l'adolescence et l'âge adulte.

Cette vision du 21e siècle que présente le rapport devrait inciter les gouvernements, les institutions internationales et les autres organisations à entreprendre dès les premières années du siècle une réorientation radicale des systèmes de santé.

Comme l'a dit le Dr Nakajima: "Les progrès et réalisations de ces 50 dernières années constituent des bases solides pour construire un monde nouveau et meilleur. Le moment est venu de s'atteler à cette tâche. La vie au 21e siècle peut et doit être plus enviable pour tous. Aucun don plus précieux qu'un avenir sain ne peut être transmis aux prochaines générations.".

Rapport sur la Santé dans le Monde, 1998 : La vie au 21e siècle - une perspective pour tous Publié par l'OMS, 11 mai 1998

_______________________________________________________

Pour de plus amples renseignements, les journalistes peuvent s'adresser à l'OMS à Genève, à Thomson Prentice, OMS, Genève. Téléphone : (41 22)  791 4224. Télécopie : (41 22) 791 4194. E-mail prenticet@who.ch.

Tous les communiqués de presse, aide-mémoire et OMS information peuvent être obtenus sur Internet à la page d'accueil http://www.who.ch/


       © WHO/OMS, 1998  |   Concept