Vaccination, vaccins et produits biologiques

Couverture par la vaccination systématique dans le monde 2011

Article publié dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire le 2 novembre 2012

En 1974, l’OMS a mis en place le Programme élargi de vaccination pour s’assurer que tous les enfants aient accès aux vaccins dont l’administration systématique est recommandée. La couverture mondiale par une troisième dose de vaccin antidiphtérique-antitétanique-anticoquelucheux (DTC3) était <5% en 1974 et a augmenté pour atteindre 79% en 2005; année où cependant plus d’un cinquième des enfants dans le monde, et notamment ceux vivant dans des pays à faible revenu, ne béné- ficiaient encore pas d’une vaccination complète.

En 2005 également, l’OMS et l’UNICEF ont mis au point «La vaccination dans le monde: vision et stratégie (GIVS)», en vue d’améliorer les programmes nationaux de vaccination et de faire diminuer la morbidité et la mortalité associées aux maladies évitables par la vaccination. L’un des objectifs de cette stratégie était que tous les pays atteignent et maintiennent un taux de couverture national par le DTC3 de 90%.

Ce rapport présente sous forme résumée la couverture mondiale par la vaccination systématique pour l’année 2011. On estime qu’en 2011, 83% des nourrissons dans le monde ont reçu 1 dose de vaccin DTC, soit un taux de couverture similaire à celui obtenu en 2009 (83%) et 2010 (84%). Parmi les 194 États Membres de l’OMS, 130 (67%) ont atteint un taux de couverture national ≥90% par le DTC3.

Néanmoins, 22,4 millions d’enfants étaient incomplètement vaccinés à 12 mois et restaient exposés à un risque de morbidité et de mortalité évitables par la vaccination. Plus de la moitié des enfants incomplètement vaccinés vivent dans l’un des 3 pays suivants: Inde (32%), Nigeria (14%) et Indonésie (7%). Parmi ces enfants incomplètement vaccinés, 62% n’ont jamais reçu la première dose de DTC (DTC1) et 38% ont reçu la ou les premières doses, mais pas la série complète.

Le renforcement des services de vaccination systématique, en particulier dans les pays où les enfants sous-vaccinés sont les plus nombreux, devrait être une priorité mondiale pour atteindre le quatrième objectif du Millénaire pour le développement, consistant à réduire des deux-tiers entre 1990 et 2015 la mortalité des enfants de <5 ans.

On calcule la couverture vaccinale comme le pourcentage d’individus dans une tranche d’âges ayant reçu une dose d’un vaccin recommandé à un âge donné. La couverture par le DTC3 à l’âge de 12 mois est un indicateur de première importance des performances des programmes de vaccination, mais on prend également en compte la couverture par d’autres vaccinations telles que la troisième dose de vaccin antipoliomyélitique oral (VPO3) ou la première dose de vaccin à valence rougeole (MCV1).

Les estimations de la couverture administrative sont obtenues en divisant le nombre de doses de vaccin administrées aux enfants appartenant à la tranche d’âges visée par l’effectif estimé de la population cible. Ces estimations sont rapportées chaque année à l’OMS et à l’UNICEF par les 194 États Membres à l’aide du Formulaire conjoint de déclaration OMS/UNICEF.

D’autres estimations de la couverture vaccinale peuvent être obtenues à partir des enquêtes de couverture consistant à se rendre auprès d’un échantillon représentatif de ménages pour identifier les enfants appartenant à la tranche d’âges visée et à recopier les dates de réception des doses vaccinales figurant sur la carte de vaccination des enfants. Si cette carte n’est pas disponible, on demande à une personne qui s’occupe de l’enfant de se rappeler si celui-ci a reçu une dose particulière de vaccin.

L’OMS et l’UNICEF déterminent les estimations nationales de la couverture vaccinale dans le cadre d’un examen annuel pays par pays de toutes les données disponibles, qui peut inclure la révision de séries temporelles historiques de valeurs de la couverture. Ces estimations sont mises à jour et publiées chaque année sur le site Web de l’OMS.

En 2011, si 130 pays (67%) ont atteint un taux de couverture nationale par le DTC3 ≥90%, 46 (24%) seulement ont réalisé l’objectif de la GIVS consistant à obtenir un taux de couverture par le DTC3 ≥80% dans chaque district. La couverture par le DTC3 était de 80%-89% dans 32 pays (17%), de 70%-79% dans 13 pays (7%) et <70% dans 19 pays (10%) (Tableau 1).

A la fin de l’année 2011, le vaccin contre l’hépatite B a été introduit dans le calendrier de vaccination systématique des enfants de 180 pays (93%); 94 (52%) de ces pays ont recommandé l’administration d’une première dose dans les 24 heures suivant la naissance afin de prévenir la transmission périnatale de l’infection par le virus de l’hépatite B. La couverture par 3 doses de vaccin contre Haemophilus influenzae type b (Hib3), qui avait été mise en place dans 177 pays (91%) en 2011, était de 43% en moyenne à l’échelle mondiale, avec des valeurs allant de 11% dans la Région de l’Asie du Sud-Est à 90% dans la Région des Amériques. Cette même année, le vaccin antirotavirus a été introduit dans 31 pays (16%) et le vaccin anti-pneumococcique conjugué (VAC) dans 72 pays (37%).

Note éditoriale

Les estimations de la couverture administrative sont pratiques et disponibles en temps utile, mais elles surestiment ou sousestiment la couverture s’il existe des incertitudes au niveau du numérateur (c’est-à-dire au sujet des doses administrées) ou du dénominateur (données de recensement). Bien que les enquêtes de couverture ne soient pas dépendantes des connaissances sur l’effectif de la population cible ou d’autres sources de données administratives, elles sont coûteuses et, en raison de leur nature rétrospective, fournissent des informations avec un certain retard.

En outre, l’exactitude et la précision des estimations obtenues par les enquêtes de couverture baissent lorsque la proportion des détenteurs d’une carte de vaccination diminue. Malheureusement, la prévalence des détenteurs d’une carte de vaccination est faible dans de nombreux pays. Dans 87 pays disposant de données sur cette prévalence tirées d’enquêtes démographiques et sanitaires ou d’enquêtes en grappes à indicateurs multiples depuis 2000, la prévalence médiane des détenteurs de carte était de 72% (fourchette: 8%-99%), mais ce paramètre était <70% dans 21 des 33 pays les moins développés (d’après la classification de la Banque mondiale) (valeur médiane: 62%; fourchette: 8%-93%).

Les enquêtes de couverture sont utiles pour valider des données administratives, pour suivre le niveau de la couverture à diffé- rents niveaux administratifs et pour aider à identifier les zones de faible couverture. L’OMS recommande aux pays de procéder à des enquêtes de couverture vaccinale régulières afin de valider la couverture administrative rapportée.4 Un comité consultatif de l’OMS préconise la validation des estimations de la couverture vaccinale, en utilisant dans l’idéal plusieurs sources de données externes telles que des enquêtes sérologiques ou des données de morbidité et de mortalité.7

Sur l’ensemble des enfants incomplètement vaccinés dans le monde, 14 millions (62%) n’ont pas reçu la première dose de DTC. Près de 8,4 millions de ces enfants ont reçu au moins 1 dose de DTC, mais les personnes qui s’occupent d’eux ont renoncé à poursuivre leur vaccination avant qu’ils n’aient reçu la série complète de 3 doses. Les facteurs associés à la sous-vaccination peuvent différer de ceux associés à l’absence de vaccination.

Par exemple, des problèmes liés au système de vaccination sont plus couramment rapportés pour la sous-vaccination, tandis que l’accès aux services et les attitudes, les connaissances et les pratiques des parents semblent jouer un plus grand rôle pour les enfants qui n’ont pas été vaccinés. Pour obtenir des améliorations de la couverture vaccinale mondiale, il faut mettre en œuvre des stratégies adaptées et multifacettes visant à éliminer l’influence des facteurs contribuant à la vaccination incomplète des nourrissons, notamment dans les pays où les enfants non vaccinés sont les plus nombreux.

Plus de la moitié des enfants incomplètement vaccinés vivent dans 3 pays (Inde, Nigeria et Indonésie). Il faut donc concentrer les efforts de vaccination systématique sur les pays où les enfants non vaccinés sont les plus nombreux pour réduire substantiellement le nombre d’enfants sensibles à la maladie dans le monde et limiter la survenue et la propagation des flambées de maladies évitables par la vaccination. Dans le cadre de la Décennie de la vaccination lancée en 2010, un plan d’action mondial pour les vaccins a été adopté par l’ensemble des États Membres de l’OMS à l’Assemblée mondiale de la Santé en mai 2012. Atteindre les cibles en termes de couverture par la vaccination systématique dans chaque région, pays et collectivité dans le monde est un objectif majeur de ce plan.

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