Virus Zika: des bactéries peuvent-elles contribuer à enrayer la propagation de la maladie?

Décembre 2016

On estime que les moustiques tuent 700 000 personnes par an. S’ils sont infectés par des virus pathogènes, comme ceux du chikungunya, de la dengue ou le virus Zika, ils peuvent les transmettre à l’homme avec une seule piqûre. Des chercheurs ont mis au point une nouvelle technique pour contrôler les maladies transmises par les moustiques en utilisant la nature...

Rita Ramos participe à un projet pour aider à lutter contre les moustiques à à Jurujuba au Brésil
OMS/N. Alexander

Rita Ramos vit à Jurujuba, une communauté de pêcheurs comptant 1000 habitants environ de l’autre côté de la Baie de Guanabara en face de Rio de Janeiro (Brésil). Elle s’occupe de la gestion de sa communauté et son mari travaille dans une boutique vendant des matériaux de construction.

Depuis juin 2016, elle participe à un projet pour aider à lutter contre les moustiques, un facteur de mortalité dans sa communauté.

Affiche sur le projet de lutte contre la dengue et les moustiques dans la commune de Jurujuba au Brésil
OMS/N. Alexander

On estime que les moustiques tuent 700 000 personnes par an. S’ils sont infectés par des virus pathogènes, comme ceux du chikungunya, de la dengue ou le virus Zika, ils peuvent les transmettre à l’homme avec une seule piqûre. Mais des chercheurs à l’Université Monash, en Australie (avec la participation du Dr Luciano Moreira du Centre fédéral de recherche du Brésil, la Fundação Oswaldo Cruz ou Fiocruz) ont découvert que les moustiques artificiellement infectés par une bactérie nommée Wolbachia ne transmettent pas aussi facilement la dengue, le chikungunya ou le virus Zika. Cette bactérie existe naturellement chez 60% des insectes courants.

Fiocruz a introduit en 2012 au Brésil cette approche novatrice pour lutter contre les maladies transmises par les moustiques. C’était à l’origine un projet de lutte contre la dengue qui a démarré en 2014 dans une petite communauté près de l’aéroport international. Dans la phase actuelle du projet, désormais à Jurujuba (commune de Niterói), les chercheurs élèvent et relâchent les moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia et veulent savoir si ces moustiques, en s’accouplant avec les moustiques sauvages, peuvent transférer la bactérie à la génération suivante et créer des populations de moustiques incapables de transmettre les virus mortels.

Rita  fait partie des 28 familles de Jurujuba (Brésil) qui participent au projet.de lutte contre la dengue.
OMS/N. Alexander

Début 2015, Rita a rencontré Jorge Pedrosa (au centre) par l’intermédiaire d’un agent de santé communautaire. Jorge, qui coordonne les activités engageant les communautés dans le projet de lutte contre la dengue, expliquait le projet d’élevage et d’introduction directe de ce type spécial de moustiques. «Au début, Jorge venait toutes les semaines expliquer la même chose», dit Rita. «Nous ne comprenions pas ce projet. Nous voulions aussi savoir pourquoi ils avaient choisi notre communauté».

Elle est membre des 28 familles de Jurujuba qui participent au projet. Gabriel Sylvestre Ribeiro, coordonnateur pour l’entomologie (à droite), rejoint Rita et Jorge.

Gabriel et Rita se penchent sur un seau contenant des larves de moustiques
OMS/N. Alexander

Rita garde ce seau blanc sous ses escaliers devant sa maison. Il contient un petit paquet d’œufs de moustiques, quelques grains de nourriture pour poisson et de l’eau. C’est l’environnement idéal pour l’élevage des moustiques infectés par Wolbachia. Gabriel et ses collègues viennent inspecter et renouveler le contenu toutes les 2 semaines.

Rita indique qu’elle a remarqué un plus grand nombre de moustiques dans la communauté et que son point de vue a changé. «Quand je les vois, je ne les tue pas. Je les laisse voler et je n’en ai pas peur… Pour moi, c’est devenu maintenant un privilège d’avoir des moustiques ici.»

Rita dans son quartier au côté d'un autre habitant
OMS/N. Alexander

Rita a joué un rôle important dans le contact avec la communauté avant le déploiement du projet. Tout d’abord, des chercheurs de Fiocruz, l’institut de recherche, ont parlé avec les agents de santé locaux pour répondre à leurs questions sur le projet, puis ils leur ont demandé de les aider à prendre contact avec des membres influents et respectés de la communauté.

Ils ont ensuite organisé des réunions pour expliquer tous les aspects du projet. Jorge se souvient: «nous avons expliqué l’histoire du projet et avons parlé des maladies comme la dengue et le virus Zika. Nous avons présenté les données scientifiques. Nous leur avons dit que le projet allait concerner aussi d’autres quartiers, même des quartiers riches. Nous avons été très transparents et n’avons rien promis.»

Jorge et Gabriel marchent dans les rues de Jurujuba (Brésil)
OMS/N. Alexander

Jorge et Gabriel vont à Jurujuba tous les quinze jours, ainsi que dans d’autres communautés pilotes. Celles-ci et d’autres en Australie, en Indonésie et au Viet Nam collectent des informations précieuses qui aideront les chercheurs à comprendre si cette méthode fonctionne bien pour lutter contre les maladies. Ces pays font également partie du programme mondial visant à éliminer la dengue.

L’OMS encourage la recherche pour cette nouvelle méthode de lutte. En mars 2016, le Groupe consultatif de l’OMS pour la lutte antivectorielle a recommandé le déploiement pilote des moustiques porteurs de Wolbachia afin de tester l’efficacité de la méthode, à compléter par un suivi et une évaluation indépendants et solides. «Cette bactérie Wolbachia n’est pas une arme miracle», précise Gabriel. «Mais elle est vraiment prometteuse.» Les résultats de Jurujuba et d’autres communautés brésiliennes devraient s’intégrer dans une perspective plus large.

La fondation Oswaldo Cruz ou Fiocruz au Brésil
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Fiocruz fait partie des partenaires travaillant au déploiement pilote des moustiques infectés par Wolbachia, dont l’Université d’Antiochia, à Medellin (Colombie) et le professeur Ivan Dario Velez.