Vacciner chaque enfant: principal enseignement du programme de lutte contre la poliomyélite en Inde

Il n’est pas rare que les enfants des travailleurs migrants ne bénéficient pas de la vaccination systématique en Inde. Sous l’égide de l’OMS, le gouvernement indien a lancé une stratégie visant à mieux atteindre les populations migrantes.

Avril 2014

La petite Pooja, âgée de 4 ans, vit avec sa famille dans un jhuggi, une baraque de fortune faite de tôle ondulée, sur un chantier de la banlieue de Calcutta, où son père travaille depuis plusieurs mois.

Le camp est peuplé de travailleurs temporaires qui, avec leurs familles, s’entassent dans des cabanes et des taudis à l’intérieur et aux alentours des immeubles en construction. Ils n’ont accès ni à des sanitaires ni à de l’eau potable.

Le père de Pooja a un travail précaire. Une fois les travaux finis, il emportera le peu de choses qu’il possède et quittera ce chantier avec sa famille pour s’installer de nouveau là où il trouvera du travail.

Un enfant est vacciné sur son lieu de vie à proximité d'un chantier.
OMS/S. Jain

Les enfants des migrants rarement vaccinés

«Il n’est pas rare que les enfants des travailleurs migrants ne bénéficient pas de la vaccination systématique et de la vaccination supplémentaire», déclare le Dr Nata Menabde, représentant de l’OMS en Inde. «Ils sont moins bien vaccinés par rapport aux enfants établis de façon permanente en un seul lieu de résidence, ce qui affaiblit l’immunité collective lorsqu’ils s’installent dans des zones à haut risque.»

L’immunité collective est atteinte lorsqu’une part suffisante de la population est immunisée contre une maladie infectieuse donnée. Dans le cas de la poliomyélite, l’immunité est conférée par la vaccination.

Quand l’Inde œuvrait encore à l’élimination de la poliomyélite, des cas étaient toujours détectés chez les communautés de migrants dans des états par ailleurs exempts de poliomyélite. Le séquençage de l’ADN du virus a montré que celui-ci continuait de se transmettre dans les populations migrantes, qui importaient donc le virus de la poliomyélite dans ces zones, menaçant ainsi les efforts d’éradication.

Avec l’aide du Projet national de surveillance de la poliomyélite en Inde, sous l’égide de l’OMS, le gouvernement indien a lancé une stratégie visant à mieux atteindre les populations migrantes.

«Certains enfants n’avaient jamais été vaccinés.»

Dr Sachin Rewaria, responsable formation OMS, Inde

Intégrer les populations migrantes dans les plans de vaccination

Le premier défi était de localiser les personnes à atteindre. Le Bureau de l’OMS en Inde a collaboré étroitement avec les autorités sanitaires à l’élaboration d’un plan visant à localiser les populations migrantes et à les intégrer dans les plans de vaccination.

Chaque centre de santé primaire a été chargé d’identifier et de cartographier les camps de migrants/nomades dans sa zone de compétence. Les médecins ont fait appel à des infirmières sages-femmes auxiliaires, à des agents de santé communautaires, à des activistes pour la santé sociale et à des agents de vaccination pour sillonner les zones concernées afin d’identifier et de cartographier les poches de populations migrantes et d’estimer le nombre de ménages présents.

Ces informations ont ensuite servi à planifier les campagnes de vaccination antipoliomyélitique. Cette stratégie a permis d’identifier plus de 400 000 camps à haut risque, dont des bidonvilles et des camps de migrants établis sur des chantiers de construction et à proximité de fours à briques, ainsi que d’autres sites nomades comme des villages de pêcheurs migrants.

«Ces populations sont parmi les plus déshéritées et marginalisées de l’Inde», indique le Dr Sachin Rewaria, responsable de la formation du Bureau de l’OMS en Inde. «Les conditions dans lesquelles elles vivent les exposent à de nombreux risques sanitaires, et pourtant ils ne sont pris en compte par aucun service de santé. Certains enfants n’avaient jamais été vaccinés.»

Tirer les leçons de la lutte contre la poliomyélite

Les activités intensives de cartographie ont constitué la base de campagnes de vaccination antipoliomyélitique ciblées pendant les quelques années qui ont suivi. Des équipes d’agents de vaccination ont été déployées pour rendre visite à quelque 125 à 150 ménages par jour dans ces camps. Les enfants accompagnant souvent leurs parents au travail, les agents ont dû effectuer leurs visites de bon matin ou le soir, aux heures où ils avaient le plus de chances de trouver des enfants.

Un agent de santé vaccine  contre la polio un bébé dans les bras de sa mère assise près d'une tente
OMS/S. Jain

«À présent que l’Inde est exempte de poliomyélite, nous tirons parti des enseignements issus des actions menées contre cette maladie pour veiller à ce que ces enfants bénéficient également d’une vaccination systématique», déclare le Dr Rakesh Kumar, Cosecrétaire du ministère de la Santé et de la Protection de la Famille (Inde).

En 2013, le gouvernement a organisé quatre semaines de la vaccination dans tout le pays, en vue d’offrir la vaccination systématique aux communautés de migrants identifiées.

Les plans de vaccination systématique englobent dorénavant ces sites à haut risque et des activités de vaccination systématique de proximité sont fréquemment organisées en raison du grand nombre de familles concernées.

«Grâce aux enseignements de la campagne de vaccination antipoliomyélitique, l’Inde dispose à présent du savoir-faire et des compétences opérationnelles pour offrir les interventions sanitaires essentielles à tous les enfants, peu importe leur degré de marginalisation ou d’isolement », ajoute le Dr Menabde.

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