Le téléphone mobile aide les diabétiques à mieux gérer la période du ramadan

Juin 2014

Mariama Diallo, la soixantaine, a été diagnostiquée diabétique il y a 10 ans. Même si elle a un mode de vie très sain, elle est toujours à la recherche d’informations et de conseils pour mieux prendre en charge sa maladie.

  • «Buvez environ un litre d’eau avant de débuter une journée de jeûne.»
  • «Attention aux excès alimentaires, aux aliments sucrés en particulier les dattes.»
  • «Faites réadapter vos doses d'antidiabétiques et horaires de prise par votre médecin avant de jeûner.»
OMS/Y. Elbes

Durant tout le mois du ramadan, Mariama recevra des messages texte comme ceux-ci sur son téléphone mobile pour la guider durant cette période où le jeûne de la journée est entrecoupé de festins le soir – ce qui peut être particulièrement difficile à gérer pour les diabétiques.

Ces messages de santé sont la première phase de «mDiabète», un nouveau projet qui a été lancé au Sénégal juste à temps pour le ramadan. Les membres de l’association de diabétiques du pays, les professionnels de la santé et le grand public sont encouragés à s’inscrire pour recevoir gratuitement ces messages texte qui visent à sensibiliser leurs destinataires et à aider les diabétiques à éviter les complications possibles du jeûne et des festins.

MDiabète est le premier projet à être lancé dans un pays francophone dans le cadre de «Be He@lthy Be mobile», une initiative mondiale conjointe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Union internationale des Télécommunications (UIT).

L’initiative soutient les pays dans la mise en place de projets à grande échelle qui se servent des technologies mobiles, en particulier les messages texte et les applications, pour combattre, prévenir et prendre en charge des maladies non transmissibles comme le diabète, le cancer et les cardiopathies.

Lancée en 2013, l’initiative prévoit également un programme de lutte antitabac au Costa Rica (mCessation), un programme de lutte contre le cancer du col de l’utérus en Zambie (mCervical) et les programmes mHypertension et mWellness dans d’autres pays.

Le diabète est en progression

Le diabète est en train de rapidement devenir l’une des principales causes de maladies et de décès prématurés dans le monde. L’Organisation mondiale de la Santé estime que 347 millions de personnes dans le monde sont diabétiques, dont 90% sont atteintes du diabète de type 2, dû en grande partie à la surcharge pondérale et à la sédentarité.

Dans les pays comme le Sénégal, l’urbanisation rapide et l’évolution des modes de vie ont provoqué une augmentation massive de l’obésité, en particulier chez les jeunes, qui présentent très souvent un risque élevé de développer un diabète de type 2. On estime que 400 000 personnes sont diabétiques au Sénégal, mais seules 60 000 d’entre elles ont été diagnostiquées et suivent un traitement.

De nombreuses personnes ne savent pas qu’elles sont diabétiques et ne connaissent ni les causes ni les symptômes de cette maladie. De plus, elles ont souvent un accès limité aux services de santé, en particulier dans les zones rurales.

Le manque d’accès au diagnostic et à la prise en charge du diabète peut avoir de graves conséquences, parmi lesquelles les cardiopathies, les accidents vasculaires cérébraux, la cécité et l’insuffisance rénale, et rendre nécessaire une amputation.

Chaque année durant le ramadan, les autorités sanitaires du Sénégal observent un pic dans l’hospitalisation d’urgence des cas de diabète non soigné.

«Le ramadan est une période où l’on consomme beaucoup de sucre», explique M. Baye Oumar Guèye, secrétaire national de l’Association Sénégalaise d'Assistance et de Soutien aux Diabétiques et lui-même diabétique. «mDiabète est une initiative essentielle et bienvenue qui permet aux diabétiques d’observer le mois sacré du ramadan tout en évitant le risque de complications.»

Des téléphones mobiles dans chaque foyer

Ces 10 dernières années, l’absence de connexion stable et de réseaux téléphoniques a empêché les pays en développement d’utiliser la santé mobile pour améliorer l’accès aux soins de santé. «L’explosion de la technologie mobile, en particulier en Afrique, rend enfin possibles plusieurs types d’initiatives de cybersanté», explique M. Hani Eskandar, coordonnateur pour les applications de TIC à l’Union internationale des Télécommunications.

Au Sénégal, 83% de la population possède un téléphone mobile, dont 40% sont des smartphones qui peuvent recevoir des images et des vidéos.

mDiabète est la première initiative à tirer parti de cette large diffusion de la technologie mobile pour permettre à des millions de Sénégalais de consulter des informations sanitaires et développer l’accès aux conseils d’experts et aux soins.

Le projet est un pilier du plan national de lutte contre les maladies non transmissibles. Il comporte également un module de formation pour les agents de santé et permettra d’organiser des consultations à distance et de suivre les patients des zones rurales.

Le projet pilote devrait ouvrir la voie à de nouvelles initiatives de cybersanté au Sénégal et servir de modèle aux autres pays désireux de combattre les maladies non transmissibles.

Et pour les milliers de Sénégalais qui, comme Mariama, vivent avec le diabète, il est à espérer que mDiabète permette de mieux prendre en charge la maladie et d’améliorer la qualité de vie. «J’apprécie vraiment ce programme et j’entends bien en tirer profit au maximum», explique Mariama.

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