Timor-Leste: les succès d'une lutte antipaludique renforcée

Avril 2014

De bon matin dans les tropiques, au Timor-Leste. On aperçoit une équipe de 4 hommes en uniforme passant au crible des marécages infestés de crocodiles près de Dili, la capitale.

Ils sont équipés de louches, de pipettes et de bols en plastique. Le regard rivé au sol, ils prélèvent des échantillons d’eau pour les stocker dans de petits récipients en plastique. Ces agents du ministère de la Santé travaillent pour le Programme national de lutte antipaludique du Timor-Leste.

Leur tâche consiste notamment à analyser la concentration de l’eau en larves de moustiques et à identifier les différentes espèces présentes afin de mieux comprendre les principaux vecteurs du paludisme et leur comportement, et de mettre au point des mesures efficaces pour les combattre et ainsi protéger la population contre cette maladie.

«En 2006, quand j’ai commencé à travailler pour l’OMS en tant que consultante pour la lutte antipaludique, on ne disposait d’aucun équipement pour mener des enquêtes entomologiques au Timor-Leste, et seulement de deux membres du personnel à plein temps au ministère», se remémore le Dr Manel Yapabandara, conseiller technique de l’OMS sur le paludisme. «J’ai donc apporté des microscopes de mon pays, le Sri Lanka, et acheté des louches à soupe au supermarché local pour que l’on puisse procéder aux analyses. J’ai également cousu mon propre piège à moustiques à l’aide de filets achetés au marché.»

Des analyses sont menées tous les mois pour déterminer la concentration et le type des larves de moustiques présentes dans l’eau
OMS/Marie-Agnes Heine
Des analyses sont menées tous les mois pour déterminer la concentration et le type des larves de moustiques présentes dans l’eau

Des enquêtes entomologiques indispensables

Les enquêtes entomologiques sont le soubassement des mesures de prévention antipaludique. Selon le type de moustiques, l’endroit où ils se reproduisent, le moment et le lieu où ils se reposent, leur mode de piqûre et leur sensibilité aux insecticides, les autorités locales peuvent déterminer quelle est la meilleure méthode de prévention antipaludique.

Les analyses du Dr Manel ont permis au Programme national de lutte antipaludique de limiter la pulvérisation annuelle d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des habitations aux zones identifiées comme étant à haut risque et sujettes aux épidémies. Le Programme a distribué des moustiquaires à imprégnation durable aux populations d’autres zones à risque de paludisme.

On renouvelle ces analyses tous les mois et les mesures de lutte antivectorielle sont adaptées en fonction des résultats.

«À l’origine, le Programme de lutte antipaludique se concentrait principalement sur les personnes déplacées à la suite des troubles civils survenus en 2006. Il s’agissait alors avant tout de diagnostic et de traitement, et on accordait très peu d’attention à la prévention», indique le Dr Manel.

Des progrès considérables

Rita Soares habite dans une zone éloignée de tout poste de santé et n’a que rarement l’occasion de consulter un agent de santé
OMS/Marie-Agnes Heine
Rita Soares habite dans une zone éloignée de tout dispensaire et n’a que rarement l’occasion de consulter un agent de santé

Grâce à un engagement politique accru, à des avancées dans les domaines des tests diagnostiques et des traitements, et à un soutien financier émanant du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le Timor-Leste a accompli d’énormes progrès dans la prévention et la lutte antipaludiques ces dernières années.

Aujourd’hui, toutes les zones qui présentent un risque de paludisme disposent de mesures de lutte et de prévention. Tous les établissements de santé publique sont équipés pour le diagnostic et le traitement de la maladie.

Rita Soares habite dans une zone éloignée de tout poste de santé et n’a que rarement l’occasion de consulter un agent de santé

L’ingéniosité et la persévérance déployées par le Dr Manel et ses homologues du ministère de la Santé ont fini par payer: en seulement 6 ans, le nombre de cas de paludisme notifiés au Timor-Leste a chuté de 220 cas pour 1000 en 2006 à moins d’un cas pour 1000 en 2013.

À présent, le gouvernement s’emploie à entreprendre les communautés éloignées et à former des volontaires en santé communautaire au diagnostic du paludisme, au traitement de l’accès palustre simple et à l’orientation des cas plus compliqués vers les établissements de santé les plus proches. Les volontaires vérifient en outre que des moustiquaires ont bien été mises en place et aident au besoin les familles à en installer.

Il y a quelques mois de cela, Rita Soares, une femme de 45 ans habitant dans une zone éloignée de tout poste de santé, a été prise de fièvre. Un agent de santé communautaire est venu lui faire un test diagnostique.

«Lorsqu’il s’est avéré que j’étais atteinte du paludisme, il m’a donné les médicaments nécessaires et je me suis rapidement sentie mieux.»

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