À l’écoute des personnes vulnérables à une infection par le VIH: l’OMS apprend des expériences sur le terrain

Juillet 2014

Sur les murs du centre de Kirketon Road à Sydney (Australie), on peut lire «Health for all» (la santé pour tous). La plupart des gens qui fréquentent le centre sont des professionnels du sexe, des consommateurs de drogues et d’autres jeunes particulièrement vulnérables à une infection par le VIH et par l’hépatite C en raison de leur mode de vie. Ces personnes ont souvent des difficultés ou une réticence à consulter un médecin et c’est pour cela que l’équipe exploite au maximum chaque visite.

Mur peint au centre de Kirketon Road
Centre de Kirketon Road

«Si une personne arrive parce qu’elle tousse beaucoup, nous traitons ce symptôme. Mais notre formulaire de prise en charge normalisé contient aussi des questions portant sur les comportements à risque sur le plan sexuel et des drogues injectables. Le formulaire sert également à vérifier les antécédents médicaux afin de procéder à des examens de dépistage le cas échéant et de porter une attention particulière à chaque situation», déclare la Directrice du centre de Kirketon Road, le Dr Ingrid van Beek. Elle explique que ce qui compte, c’est de ne porter aucun jugement lorsque l’on a affaire à des personnes qui sont souvent stigmatisées et victimes de discrimination.

«Je suis d’abord venue pour demander des conseils sur la santé en général. Contrairement à certains autres endroits, j’ai été traitée comme une personne, je crois, et non comme un numéro qui vient puis qui repart. Maintenant, c’est ici que je viens chercher ma méthadone et que je suis suivie», raconte Ashley, 25 ans.

«Populations particulièrement touchées» et nouvelles infections

Jeremy, 39 ans, qui utilise le programme d’échange d’aiguilles, dit qu’il n’a jamais eu de mal à parler à l’équipe et à demander des conseils. «Ils m’ont appris à me faire des injections en toute sécurité. Ils m’ont conseillé de ne pas partager le matériel d’injection, par exemple les garrots et les cuillères, et les informations qu’ils m’ont données, pas seulement concernant l’utilisation d’une aiguille propre à chaque fois, m’ont certainement permis de ne pas être infecté par le VIH.»

«Les expériences des centres comme celui de Kirketon Road sont indispensables pour mettre sur pied des lignes directrices et des recommandations efficaces», explique le Dr Rachel Baggaley du Département VIH/sida de l’OMS. C’est particulièrement le cas pour les populations qui sont considérées comme «particulièrement touchées»: les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les usagers de drogues injectables, les détenus et les personnes vivant dans des conditions de promiscuité, les travailleurs du sexe ainsi que les personnes transgenres.

Les populations particulièrement touchées représentent la majorité des cas de VIH en dehors de l’Afrique subsaharienne, ainsi qu’une part de plus en plus importante des nouvelles infections dans les zones urbaines d’Afrique subsaharienne. Ces groupes sont souvent à l’inverse les moins bien desservis par le secteur de la santé.

«Nous avons besoin du soutien des communautés pour parvenir à aider ces gens qui ont tellement besoin de nous, pour les maintenir en bonne santé et, au bout du compte, pour mettre fin à l’épidémie de VIH qui dévaste les populations particulièrement touchées.»

Dr Rachel Baggaley, Département VIH/sida de l’OMS

Pour remédier à cette situation, l’OMS a publié des lignes directrices unifiées sur la prévention, le diagnostic, le traitement et les soins du VIH; ce document contient des recommandations cliniques et souligne les facteurs fondamentaux nécessaires pour que ces groupes accèdent aux soins.

«Il est fondamental de lutter, entre autres, contre la stigmatisation et la discrimination, notamment de la part des personnels de santé. Il faut également se pencher sur les questions juridiques, par exemple l’âge du consentement, afin que les adolescents particulièrement touchés accèdent aux services. Les solutions proposées par la protection sociale et la santé publique permettent de contrebalancer la criminalisation des travailleurs du sexe et des toxicomanes, et de mettre ainsi fin à la violence à l’encontre de ces groupes», déclare le Dr Baggaley.

Partenariat avec les communautés

Affiches
Centre de Kirketon Road

L’OMS a consulté plus de 500 organisations et groupes communautaires et a inclus des exemples tirés de plus de 70 études de cas à ses lignes directrices, ainsi qu’à ses recommandations destinées plus particulièrement aux jeunes de ces groupes âgés de 10 à 24 ans.

Le Dr Baggaley insiste sur le fait que, même si les personnels de santé exercent dans un pays dans lequel l’homosexualité est illégale ou la consommation de drogue punie par une législation stricte, leur premier devoir de diligence concerne les patients ou les autres personnes qui consultent.

«Dans un premier temps, nous souhaitons réussir à faire en sorte que les ministères forment le personnel de santé de façon à ce que tous les patients soient traités avec respect», déclare le Dr Baggaley. «Il est également important que les instances dirigeantes reconnaissent le fait que les communautés jouent un rôle fondamental dans la prise en charge complète des populations particulièrement touchées. Nous avons besoin du soutien des communautés pour parvenir à aider ces gens qui ont tellement besoin de nous, pour les maintenir en bonne santé et, au bout du compte, pour mettre fin à l’épidémie de VIH qui dévaste les populations particulièrement touchées.»

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