Somalie: les sages-femmes au cœur de la nouvelle stratégie de la santé reproductive

Mai 2013

En Somalie, un programme de santé reproductive ouvre des perspectives nouvelles en améliorant l’accès aux services d’espacement des naissances, à l’accouchement sans risque et aux soins prénatals et postnatals.

Après deux décennies de guerre civile et de famine et l’effondrement du secteur de la santé, 80% de la population somalienne n’avait pas accès aux services de santé de base en 2010. La perspective d’accoucher en présence d’une sages-femme qualifiée ou d’accéder aux services de planification familiale ou «espacement des naissances» n'était qu'un rêve lointain pour la grande majorité des femmes somaliennes. Une naissance sur 14 se soldait par le décès de la mère.

Espacer les naissances peut réduire considérablement la mortalité maternelle et améliorer les chances de survie des enfants. Le Dr Nima Hassan, chirurgien à l’hôpital de Banadir de Mogadiscio, décrit une tragédie beaucoup trop fréquente en Somalie: «L’année dernière une patiente est morte en couches alors qu’elle attendait son douzième enfant. Je l’avais avertie qu’elle aurait des problèmes et qu’il lui fallait éviter une nouvelle grossesse, mais son mari a fait pression sur elle pour qu’elle retombe enceinte et son corps n’ê l'a pas supporté.»

Femmes somaliennes participent à une session d'information sur la santé reproductive.
PSI Somaliae

Mais, tandis que le nouveau gouvernement somalien entreprend de reconstruire les services de santé publique, un certain nombre de femmes commencent enifn à accéder aux services de santé reproductive comme elles en rêvaient.


Une stratégie et un plan d'action sur cinq ans

La Somalie a commencé par mettre sur pied une stratégie nationale pour la santé reproductive et un plan d’action 2010-2015. Ce plan établit trois priorités: l’espacement des naissances, l’accouchement sans risque et la lutte contre les pratiques néfastes comme les mutilations sexuelles féminines.

«Les chiffres peuvent sembler modestes, mais après deux décennies sans aucune action sanitaire de ce type, c'est un grand pas en avant.»

Dr Humayun Rizwan, médecin de l’OMS spécialiste des soins de santé primaires

L’OMS a travaillé avec un groupe d’ONG internationales, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et l’UNICEF pour aider les trois autorités sanitaires de zone et la nouvelle direction de la Santé du ministère du Développement humain et du service public, à élaborer ce plan d'action et à le mettre en œuvre.

Lors de cette phase initiale, tous les efforts ont porté sur l’augmentation du nombre de sages-femmes qualifiées et sur l’amélioration de l’accès aux services d’espacement des naissances.

Il existe un lien clair entre ces deux objectifs. Les accoucheuses qualifiées non seulement jouent un rôle crucial en garantissant un accouchement sans risque, mais elles ont aussi l’occasion peu commune de parler aux femmes en toute sécurité et en privé de la santé reproductive et de leur donner des conseils sur les moyens d’espacer les naissances en utilisant des méthodes modernes.

Former les sages-femmes

La formation a été un élément fondamental du plan. En 2012, en Somalie centrale du Sud, l’OMS a formé 200 accoucheuses qualifiées à l’accouchement sans risque dans de bonnes conditions d’hygiène et à l’orientation précoce. Deux cents agents de santé supplémentaires, principalement des sages-femmes, ont reçu une formation aux soins obstétricaux d’urgence de base et complets.

 Trois Somaliennes prennent des notes au cours d'une séance d'information sur le planning familial
PSI Somalie

L’UNFPA a fondé sept écoles d’obstétrique qui, à ce jour, ont délivré un diplôme à 125 nouvelles sages-femmes communautaires. L'association Population Services International (PSI) et d’autres ONG ont formé plus de 500 agents de santé, tels que des accoucheuses qualifiées et des futurs médecins travaillant dans des établissements de santé publique pour qu’ils informent sur l’espacement des naissances.

L'association Population Services International et les autorités sanitaires ont aussi piloté la distribution de méthodes modernes d’espacement des naissances par l’intermédiaire de plus de 300 pharmacies privées du Somaliland et formé le personnel de pharmacies et de centres de santé publique à la prestation de conseils.

Au Somaliland, région où le travail sur l’espacement des naissances a été lancé en 2010, parce que c’était la première à devenir accessible comme le conflit s’éloignait, plus de 18 000 femmes ont reçu des informations de santé reproductive essentielles lors de séances de «communication interpersonnelle». Plus de 1300 femmes ont d’ores et déjà commencé à utiliser des méthodes modernes afin d’espacer les naissances dans leur famille contribuant ainsi à améliorer leur propre santé et celle de leurs enfants.

«Les chiffres peuvent sembler modestes, mais après deux décennies sans aucune action sanitaire de ce type, c'est un grand pas en avant», déclare le Dr Humayun Rizwan, médecin de l’OMS spécialisé dans les soins de santé primaires.

Défis à relever

Malgré des progrès importants, il reste beaucoup à faire en Somalie pour offrir à toutes les Somaliennes qui le veulent l’accès aux services d’espacement des naissances, la présence de sages-femmes à l’accouchement ainsi que des soins prénatals et postnatals.

L’OMS continue d’aider les autorités sanitaires à élaborer et à mettre en œuvre des politiques pour permettre l’espacement des naissances et d’autres services de santé reproductive.

Pour le Dr Marthe Everard, représentante de l’OMS en Somalie, «élargir l’accès des femmes somaliennes aux prestations offertes par les sages-femmes pour tous les services de santé reproductive essentiels, y compris l’espacement des naissances, fait partie d’un immense effort pour améliorer ces services spécifiques et renforcer les systèmes de santé en général. Les autorités sanitaires somaliennes s’emploient à développer ces services. L’OMS et ses partenaires des Nations Unies, ainsi que les ONG, sont à leurs côtés pour réaliser cet objectif.»

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