Résistance aux antimicrobiens: conserver des médicaments efficaces est l’affaire de tous

Septembre 2013

Le début du XXe siècle fut une époque de grandes découvertes scientifiques. L’un des principaux progrès a été la découverte de la pénicilline et d’autres antibiotiques qui ont évité des milliers, voire des millions, de morts dues à des infections bactériennes. À mesure que le siècle avançait, une pléthore de meilleurs médicaments a permis de mieux lutter contre le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies transmissibles. À la fin du millénaire, de nouveaux médicaments avaient permis de faire même de l’infection à VIH une maladie chronique.

Mais si nous n’agissons pas dès maintenant pour préserver notre capacité à traiter les maladies infectieuses, ce qui nous a permis d’augmenter l’espérance de vie et d’améliorer la santé, le XXIe siècle pourrait bien voir ces progrès anéantis.

Les raisons de cette pharmacorésistance

Pour le Dr Keiji Fukuda, Sous-Directeur général de l’OMS chargé de superviser l’action de l’Organisation en matière de résistance aux antimicrobiens: «Le défi auquel nous sommes maintenant confrontés est que les médicaments risquent de devenir moins efficaces. Il y a deux principaux problèmes. Premièrement, les gens prennent parfois des médicaments sans nécessité, ou ne les prennent pas comme il faudrait. Deuxièmement, les médicaments ne sont pas toujours de la plus haute qualité. La réaction naturelle des bactéries, virus et autres agents pathogènes est de riposter à l’action des médicaments que les gens prennent pour s’en débarrasser. Si les gens ne prennent pas les médicaments assez longtemps ou si les médicaments ne sont pas suffisamment puissants, des agents pathogènes résistants peuvent survivre et se répandre. Cela veut dire que les gens vont être malades plus longtemps et courront peut-être un risque mortel.»

OMS/S. Hollyman

Cependant la mauvaise utilisation des médicaments par les personnes qui les consomment n’est pas le seul problème. L’apparition d’une résistance aux antimicrobiens est également due à l’utilisation généralisée des antibiotiques dans l’élevage pour faciliter la croissance du bétail et prévenir les maladies. La propagation de la résistance aux antibiotiques dans le bétail contribue à sa propagation chez l’homme à travers les maladies transmises par les aliments et d’autres voies d’infection.

La propagation de la résistance est encore aggravée par les voyages et les mouvements de population, permettant plus facilement aux formes pharmacorésistantes d’une maladie de se transmettre à davantage de personnes, et d’un endroit à un autre.

«La résistance aux antimicrobiens est un problème mondial et qui a des effets graves au niveau local», ajoute le Dr Sylvie Briand, Directeur, Pandémies et épidémies. «Conserver les médicaments dont nous disposons aujourd’hui aussi longtemps que possible est l’affaire de tous.»

L’action de l’OMS en matière de résistance aux antimicrobiens

Conserver les médicaments anti-infectieux existants n’est que l’un des nombreux domaines d’action nécessaires. L’OMS s’emploie donc:

  • à sensibiliser davantage au problème de la résistance aux antimicrobiens de sorte que plus de soignants (qu’ils s’occupent de personnes ou d’animaux malades) et de personnes travaillant dans le secteur de l’agriculture puissent faire en sorte que ces médicaments soient utilisés convenablement;
  • à formuler des recommandations et des conseils techniques pour améliorer la prévention des infections et la lutte contre celles-ci en milieu médicalisé et dans la communauté;
  • à aider les pays à renforcer la surveillance pour détecter précocement la résistance, et à développer leurs moyens de laboratoire pour pouvoir mieux analyser, et plus rapidement, la résistance aux médicaments et son impact sur la population;
  • à collaborer avec d’autres organisations, les universités, la société civile et l’industrie afin de prendre des mesures conjointes pour lutter contre la menace que représente la résistance aux antimicrobiens;
  • à créer de nouveaux modèles économiques pour permettre la mise au point de nouveaux outils visant à détecter, traiter ou prévenir ces maladies.

Réunion d’experts sur la résistance aux antimicrobiens convoquée par l’OMS

Les 19 et 20 septembre, l’OMS a convoqué un Groupe consultatif stratégique et technique (STAG) à Genève, afin de rassembler des experts de différents secteurs dans le monde pour examiner et aider à définir une stratégie mondiale de lutte contre le problème croissant de la résistance aux antimicrobiens et pour conseiller l’OMS sur le rôle de coordination qu’elle devrait jouer dans cette lutte.

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