Des soins obstétricaux gratuits en Haïti

Avril 2012

«C’est mon premier enfant. Je me suis rendue à deux consultations prénatales à l’hôpital. Je n’ai pas eu de problèmes pendant ma grossesse mais j’ai eu des complications lors de l’accouchement et je suis heureuse d’avoir accouché à l’hôpital. À la maison, le bébé serait peut-être mort.»

WHO/M. Piskorek

Merise Merita, 19 ans, est mère célibataire et vit dans un quartier pauvre de Port-Salut en Haïti. Comme des milliers d'autres femmes, elle a bénéficié d’un projet qui, depuis 2008, offre des soins obstétricaux gratuits aux femmes pauvres. Une première évaluation du projet auquel participent 50 établissements de santé dans le pays fait apparaître une nette augmentation du recours aux services destinés aux mères et une baisse importante de la mortalité maternelle.

Un riisque élevé de mortalité pendant l’accouchement

Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. Plus des deux tiers de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Dans ces conditions, trop de femmes n’ont pas les moyens d’avoir recours à des soins pendant leur maternité, ce qui a des conséquences fatales tant pour les mères que pour les enfants.

Avant même le séisme dévastateur de janvier 2010, qui a fait 200 000 morts et endommagé ou détruit de nombreux hôpitaux et établissements de santé dans le pays, les statistiques étaient alarmantes: il était dangereux d’être enceinte en Haïti, le risque pour une femme de mourir en couches au cours de sa vie étant de 1 sur 44, contre 1 sur 4300 dans la plupart des pays riches. Sur 100 enfants qui naissaient, plus de six ne dépassaient pas la première année de vie.

La plupart des femmes pauvres étaient contraintes d’acccoucher à domicile, avec l’aide de personnes non qualifiées, car elles ne pouvaient pas payer des soins prénatals et un accouchement sûr dans un établissement de soins. La gratuité semblait un moyen évident d’accroître le recours aux services essentiels de santé maternelle.

La gratuité des soins obstétricaux

Avec l’appui de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OMS/OPS), de l’Agence canadienne pour le développement international (CIDA) et de la Commission européenne, le ministère haïtien de la Santé a entrepris un projet visant à dispenser des soins obstétricaux gratuits en payant les hôpitaux et les établissements de santé pour qu’ils prennent en charge gratuitement l’accouchement et les soins avant et après l’accouchement, ainsi que le remboursement des frais de transport pour les femmes qui n’ont pas les moyens.

Les établissements ne sont remboursés que s’ils soumettent une fiche de soins standard remise à chaque femme. Un système d’information électronique mis au point par le Centre latino-américain OMS/OPS de périnatologie et de santé reproductive (CLAP) permet de suivre les prestations des différents établissements.

Des signes encourageants

Lamarre Anthonese, infirmière-sage-femme à l’hôpital de recours de Port-Salut, est étonnée du succès remporté par le projet. «Nous avons constaté un changement complet d’attitude des femmes vis-à-vis des services de santé. Elles ne venaient jamais à l’hôpital parce qu’elles ne pouvaient pas payer. Elles viennent désormais de tout le district, parfois à trois ou quatre heures de route.»

Two pregnant women awaiting obstetrics care in Haiti
OMS/S. Grandvaux

Le premier bilan du projet est encourageant. D’après les chiffres du pays, pour 100 000 naissances, 630 femmes meurent chaque année en raison de complications de la grossesse et de l’accouchement.

Les données recueillies dans la zone du projet jusqu’en décembre 2009 montraient que les établissements participants signalaient moins de décès et un nombre de visites prénatales multiplié par six. Quatre femmes sur cinq qui ont eu recours aux services gratuits se sont déclarées satisfaites de l’aide et du soutien reçus.

20 millions de dollars pour élargir le projet

Depuis le tremblement de terre, le projet a été intégré à un programme plus large axé sur la santé reproductive financé par l’UNICEF et l’UNFPA. Entre 2008 et 2012, 137 000 femmes ont bénéficié de soins obstétricaux gratuits, pour un coût total de 10 millions de dollars. La CIDA a fait un don de 20 millions de dollars pour élargir le projet afin de couvrir les enfants jusqu’à l’âge de cinq ans, et le poursuivre jusqu’en juin 2013.

OMS/S. Grandvaux

Paula Ferdinand, enceinte de huit mois, est soulagée de ne plus avoir à payer pour recevoir des soins obstétricaux. «L’argent a toujours été un problème pour moi et le fait de venir à l’hôpital me coûte très cher en services, transport et médicaments.»
Comme elle, beaucoup d’autres femmes savent désormais qu’elles et leurs enfants recevront les soins nécessaires avant, pendant et après l’accouchement, quelles que soient les complications.


1 Le risque de décès de la mère pendant sa vie adulte est défini comme la probabilité pour une jeune femme de 15 ans de mourir un jour d’une cause liée à la maternité.

Partager

Liens connexes