Julio,
Hilde,
Jeffrey,
Mesdames et Messieurs,
Comment pouvons-nous faire en sorte que le
financement du développement apporte de véritables avantages à ceux
qui en ont le plus besoin ?
Comment pouvons-nous veiller à ce que les
ressources conduisent à des améliorations réelles dans la vie des
deux milliards d’habitants les plus pauvres de la planète ?
Mon point de vue est bien simple : le
développement est impossible si les gens ne sont pas en bonne santé.
L’investissement en faveur de la population joue
un rôle crucial. Il aura une rentabilité prodigieuse et permettra à
des millions d’hommes et de femmes de se sortir de la pauvreté. Les
progrès de la santé apporteront des améliorations réelles à leur
existence.
En 1999, j’ai demandé à d’éminents
économistes et experts de la santé du monde entier d’analyser les
liens entre la santé et le développement économique.
En décembre dernier, à Londres, Clare Short et
Bono étaient à mes côtés quand Jeff Sachs a présenté le rapport
de la Commission Macroéconomie et Santé. Ce rapport démontre
comment la maladie sape l’économie des pays et, inversement,
comment les investissements en faveur de la santé favorisent la
croissance économique. L’amélioration de la santé pourrait être
le déterminant le plus important de la croissance économique en
Afrique.
La proposition de la Commission permettrait de
sauver huit millions de vies chaque année et le rendement économique
serait six fois plus important que la mise initiale.
Cette semaine, nous nous posons la question de
savoir comment accroître et améliorer les investissements en faveur
du développement en les rendant encore plus efficaces, et comment le
secteur privé peut s’engager davantage pour promouvoir le
développement et réduire la pauvreté.
Nous savons ce qu’il faut faire.
Trois maladies – le VIH/SIDA, la tuberculose et
le paludisme – constituent un lourd fardeau pour l’humanité. Les
affections de la mère et de l’enfant et une bonne nutrition sont
également des priorités sanitaires mondiales. Comme nous l’avons
conclu à Stockholm, la semaine dernière, la survie et le destin de l’enfant
sont cruciaux pour notre avenir.
Tout effort sérieux tendant à réduire la charge
de morbidité à laquelle les plus pauvres sont confrontés doit
mettre l’accent sur ces problèmes.
Tout effort sérieux tendant à stimuler le
développement socio-économique mondial et à promouvoir la
sécurité doit viser à réduire cette charge.
Ce sont là des objectifs clés énoncés dans la
Déclaration du Millénaire.
Le rapport de la Commission Macroéconomie et
Santé constitue la première liste détaillée des ressources
nécessaires pour y parvenir.
Nous savons comment procéder.
Nous disposons de stratégies mondiales complètes
pour la santé, de buts concrets et de calendriers précis.
Les investissements proposés ont un bon rapport
coût/efficacité. Leur impact est mesurable – en termes de
réduction de la charge de morbidité et d’amélioration de la
santé. Nous mettons l’accent sur les résultats : sur l’investissement
là où nous pouvons modifier le cours des choses.
Nous cherchons à obtenir l’engagement de tout un
éventail de partenaires aux niveaux local et national, la société
civile, les entreprises privées, les chercheurs et les médias venant
joindre leurs efforts à ceux du secteur public. Nous les encourageons
à poursuivre des stratégies communes en s’inspirant des meilleures
pratiques tout en cherchant à se prévaloir de solutions novatrices
pour l’avenir.
Nous avons assisté à la formation d’alliances
nationales et internationales permettant d’améliorer l’accès à
des vaccins et médicaments vitaux – contre le VIH, la lèpre,
le paludisme, la tuberculose, la maladie du sommeil, le diabète et
les infections de l’enfant, ou encore pour réduire le tabagisme.
Au niveau mondial, de nouveaux systèmes
apparaissent pour renforcer les efforts nationaux. Des dispositifs de
financement comme le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la
tuberculose et le paludisme et l’Alliance mondiale pour les Vaccins
et la Vaccination viennent appuyer cette action.
Nous encourageons les donateurs à unir leurs
efforts à ceux des partenaires au niveau national – dans le
cadre d’approches sectorielles et de stratégies de réduction de la
pauvreté. Nous tirons tous les enseignements de l’expérience du
passé.
L’OMS veillera à ce que les fonds soient
dépensés utilement.
Nous renforçons notre capacité de fournir aux
pays l’assistance technique nécessaire pour cet effort
supplémentaire. Il faudra fournir des vaccins et des services de
santé maternels et infantiles, s’occuper des personnes vivant avec
le VIH et prendre des mesures de lutte contre le paludisme et la
tuberculose.
Je suis persuadée que les commissions nationales
macroéconomie et santé peuvent aider les pays à formuler des
programmes à long terme pour renforcer une action sanitaire qui s’insérera
dans le cadre de leur stratégie de réduction de la pauvreté.
Plusieurs pays ont déjà décidé de créer leur propre commission.
Chaque commission pourra mettre en place une base
épidémiologique, quantifier des cibles opérationnelles et établir
un plan de financement à moyen terme.
Cette remarque m’amène à mon observation
suivante. Nous mesurerons ce qui aura été accompli et nous
validerons ces réalisations pour que la communauté mondiale sache
que nous obtenons des résultats.
L’OMS collabore déjà avec les pays pour mesurer
les tendances et les résultats en matière de santé. Nous disposons
d’un système de surveillance mondiale des maladies infectieuses,
ainsi que du rapport sur la santé dans le monde et d’autres études
sur la charge de morbidité. Il s’agit là d’une base solide pour
mesurer les progrès accomplis et suivre l’utilisation qui est faite
des nouveaux investissements. Et nous mesurerons aussi la performance
des systèmes de santé.
Souvent, de nouveaux outils sont nécessaires.
C’est pourquoi nous avons mis au point des
alliances entre le secteur public et le secteur privé telles que l’opération
Médicaments antipaludiques et le Dispositif mondial pour l’approvisionnement
en médicaments antituberculeux, qui sont venus s’ajouter à l’initiative
internationale pour les vaccins contre le SIDA, au programme de
recherche concernant les maladies tropicales, à la recherche en
reproduction humaine et à de nombreux programmes de recherche sur les
vaccins. Ces alliances stimulent la mise au point de médicaments, de
vaccins et de diagnostics concernant les maladies qui touchent les
plus pauvres.
La probabilité est aujourd’hui meilleure de voir
les nouveaux outils parvenir à ceux qui en ont besoin. Aux
négociations de l’OMC qui ont eu lieu à Doha, l’an dernier, nous
avons assisté à de nouveaux progrès concernant l’accès des pays
pauvres aux médicaments et aux produits prioritaires dans le contexte
des accords commerciaux internationaux.
Mesdames et Messieurs,
Les pays sont venus pleins d’espoir à Monterrey.
Le commerce est certainement un moteur de la croissance, mais, ce qui
lui donne son élan, ce sont les hommes et les femmes qui sont en
bonne santé et ont reçu l’éducation nécessaire. Certains
donateurs ont promis de vouer davantage d’attention aux besoins des
gens et de financer davantage le développement. Faisons en sorte que
ces fonds soient utilisés à bon escient.
L’Organisation mondiale de la Santé est prête
à apporter sa contribution.
Je vous remercie.