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Mesdames et
Messieurs les Ministres,
Monsieur le
Président,
Monsieur le
Directeur régional,
Mesdames et
Messieurs,
C’est un grand plaisir pour moi d’être aujourd’hui
à Riyad. L’année dernière, nous nous sommes réunis dans le
nouveau bâtiment du Bureau régional au Caire, et j’ai été
heureuse d’assister, avec les Ministres de la Région et le Dr
Gezairy, à son inauguration au mois de mars.
Ceci est une réunion importante – qui se tient
dans un contexte mondial très sombre, marqué par une grande tension
et la peur qu’éprouvent des millions de personnes dans cette
Région et dans le monde.
Lundi, j’ai dit aux Ministres de la Santé des
Amériques réunis à Washington que la peur – qu’elle soit
inspirée par la cruauté, la violence ou la maladie – fragilise la confiance
entre les personnes et entre les groupes et les communautés qui ont
besoin d’oeuvrer ensemble. Elle porte atteinte à la sécurité
et à la prévisibilité dont nous avons tous besoin pour
croître, nous développer et prospérer. Elle nous amène à douter
que l’être humain soit bon et non mauvais, croyance sans
laquelle nos actions seraient dépourvues de sens. Elle hypothèque
notre liberté de nous engager avec d’autres à améliorer
nos sociétés.
C’est une réalité que les gens de cette Région
comprennent bien.
Dans ce contexte de peur, notre communauté
mondiale est mise à rude épreuve comme jamais auparavant.
Comment les pays peuvent-ils continuer à faire
face ensemble aux grands problèmes qui affectent l’avenir de l’humanité ?
Comment les inciter à maintenir l’élan en
faveur de la liberté et de la démocratie qui doit permettre à tous
les êtres humains de vivre et de se développer ensemble ?
Comment soutenir leurs dirigeants afin qu’ils
maîtrisent les forces qui suscitent la terreur et qu’ils défendent
les valeurs humaines ?
Comment travailler tous ensemble à la poursuite de
notre campagne essentielle contre la pauvreté dans le monde, si
fondamentale pour l’avenir de notre monde ?
La pauvreté est le principal facteur de souffrance
et de détresse dans le monde aujourd’hui. Nous devons continuer à
combattre la pauvreté dans le monde avec toute l’énergie que nous
pouvons mobiliser. Nous savons que, faute de sécurité physique et
humaine, les pauvres sont condamnés à rester pauvres. Cela signifie
que la réduction de la pauvreté et la sécurité future de notre
monde passent notamment par l’absence de terreur, de violence, d’oppression
et de maladie.
Chers collègues,
Nous appartenons tous à une vaste communauté
mondiale qui s’emploie à protéger le monde de la souffrance, de la
discrimination et de la peur. Nous savons que la santé et l’accès
aux soins de santé sont essentiels pour la paix et la sécurité.
Nous travaillons ensemble pour le bien de tous, à la recherche des
meilleurs moyens de combler le fossé qui existe dans le domaine de la
santé. Face aux difficultés économiques croissantes, c’est la
connaissance des résultats possibles qui nous guide. Nous savons que
des succès peuvent être obtenus dès lors que les gouvernements, la
société et les organisations locales soutiennent ensemble l’action
de santé. L’OMS a un rôle essentiel à jouer. Nos efforts
conjoints ne font pas souvent la une des médias qu’ils
mériteraient.
De nombreux dirigeants placent la santé au centre
du développement humain. Ils reconnaissent le rôle déterminant de
la santé dans le développement national.
Les professionnels de santé répondent à leur
appel.
Nous faisons davantage pour faire reculer les
maladies, comme le VIH et le paludisme, qui compromettent le
bien-être des pauvres et des populations marginalisées. Nous
accordons une attention particulière aux besoins des femmes et des
enfants.
Nous combattons impitoyablement les principaux
facteurs de risque pour la santé tels que le tabac, la violence et
les milieux insalubres.
Nous réformons les systèmes de santé afin qu’ils
soient efficaces, réactifs et équitables.
Nous veillons aussi avec soin à ce que les
politiques de développement dans tous les secteurs contribuent de
façon optimale à l’amélioration de la santé.
Par tous ces moyens, nous jouons un rôle
déterminant dans la réduction de la pauvreté et la sécurité
humaine.
Monsieur le Président,
L’OMS a lancé cette année une campagne mondiale
destinée à mettre fin aux préjugés qui entourent la santé mentale
– préjugés qui dénient aux personnes qui en ont besoin l’accès
à des soins de santé, conduisent à une discrimination aux plans de
l’activité professionnelle et du logement ainsi que pour d’autres
opportunités et, trop souvent encore, amènent les planificateurs
sanitaires à négliger ce domaine.
Nous avons invité les professionnels de santé,
les associations et les gouvernements à cesser partout d’exclure
les malades mentaux et à dire « oui aux soins ».
La réaction est impressionnante. La Journée
mondiale de la Santé, cette année, a témoigné du souhait et de la
volonté extraordinaires de privilégier un contexte social favorable
à la santé mentale, de renforcer les systèmes de santé pour qu’ils
dispensent des services de santé mentale meilleurs, et de travailler
par l’intermédiaire des médias, pour sensibiliser davantage l’opinion
et réduire les préjugés.
Les déplacements de population et l’exil peuvent
être une cause de stress et de traumatismes. Il en est de même de la
violence et de la terreur. Prises séparément, ces expériences
requièrent une grande attention et beaucoup de soins en faveur des
personnes affectées, sans quoi elles ne pourront survivre. Et il ne s’agit
pas là de cas isolés. Les personnes dont nous parlons se chiffrent
en milliers.
Pourtant, je reste optimiste. Car nous avons
rarement vu une telle volonté de travailler avec et pour les
personnes dans des situations d’urgence complexes. Nous avons
accumulé plus d’expérience et de connaissances au cours de ces dix
dernières années. Nous savons mieux ce qu’il convient de faire –
et ce qu’il faut éviter.
La charge de morbidité actuelle et future dans le
domaine de la santé mentale a été sous-estimée. Pour y faire face,
nous devons améliorer les stratégies de santé mentale. Celles-ci
doivent prévoir l’accès à une prévention et des traitements
efficaces et mettre l’accent sur la famille au sein de la
communauté. Des stratégies sont énoncées plus en détail dans le
rapport sur la santé dans le monde de cette année.
Monsieur le Président,
La Commission de l’OMS Macroéconomie et Santé,
dans son rapport à la fin de l’année, insistera sur la nécessité
d’accroître considérablement et rapidement l’action destinée à
améliorer la santé – et les perspectives – des personnes les
plus pauvres dans le monde. Les membres de la Commission indiqueront
le niveau des nouvelles ressources nécessaires. Au moins dix
milliards de dollars par an, voire vingt-cinq.
Nous avons entendu cette année les dirigeants
mondiaux s’engager à améliorer la santé des pauvres – lors de l’Assemblée
mondiale de la Santé, à la session extraordinaire de l’Assemblée
générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA, pendant les sommets
régionaux et au Sommet du G8 à Gênes. Les gouvernements, les
associations et les organismes privés s’engagent à augmenter les
ressources consacrées à l’action de santé.
Aucun gouvernement, aucun organisme, aucune
association ni aucun groupe de pression ne peut opérer seul de grands
changements dans le domaine de la santé. C’est pourquoi nous
associons action et sensibilisation, en travaillant à la fois avec la
société civile et les responsables politiques. Nous encourageons des
échanges constructifs entre les ministères de la santé et des
finances. Nous cherchons à instaurer un dialogue régulier entre les
gouvernements et les dispensateurs de ressources extérieures des
organismes donateurs, des fondations, des banques de développement et
des associations. Pour plus d’efficacité, nous associons les
efforts de groupes à l’intérieur et à l’extérieur des
gouvernements et nous établissons des alliances avec le secteur
privé sur la base de valeurs et de buts communs.
Lors de ma visite au Pakistan, au début de l’année,
j’ai pu voir les projets mis en oeuvre dans le cadre de l’initiative
pour la satisfaction des besoins fondamentaux en matière de
développement. En Iran, j’ai été témoin de l’impressionnante
infrastructure de santé communautaire mise en place. Au cours de la
présente réunion, nos collègues de Syrie nous parleront de l’initiative
des villages-santé. Je sais qu’il existe d’autres initiatives et
pratiques novatrices dont nous pouvons nous inspirer et qui peuvent
servir de modèles pour toute la Région dans nos efforts pour
réaliser davantage avec des ressources toujours trop limitées.
Au Siège, nous devons nous appuyer sur ces
initiatives pour renforcer la capacité de l’Organisation à mieux
aider les pays à réduire la pauvreté.
Nous savons que les ressources disponibles pour la
santé ne seront jamais suffisantes. Aussi devons-nous utiliser celles
dont nous disposons aussi efficacement que possible. C’est pourquoi
nous privilégions l’action coordonnée des gouvernements, des
établissements de recherche, des entreprises du secteur privé et des
organisations internationales.
Nous cherchons à réaliser ce difficile équilibre
entre des stratégies et buts communs, le respect réciproque du
mandat et des priorités de chacun et la nécessité de tenir compte
des avantages comparatifs dans tout ce que fait chacun d’entre nous.
Les buts communs et la synergie dans l’action de
santé ont un pouvoir remarquable. Les conséquences d’une
coordination insuffisante, en revanche, se mesurent en souffrances
humaines, et cela – pour nous
tous – est un signe d’échec évident.
Monsieur le Président,
Une importante fonction incombe à l’OMS, avant,
pendant et après les situations d’urgence. Notre rôle consiste à
aider les pays à évaluer précisément les dégâts et les besoins.
Nous devons assurer la meilleure coordination possible des organismes
en présence, et veiller à ce que les secours d’urgence tiennent
compte des perspectives sanitaires à long terme pour que l’argent
consacré à une situation d’urgence bénéficie durablement au
développement. Ensuite, à l’OMS, nous devons aider les pays à
faire part aux autres de leur expérience.
Les conflits prolongés et les catastrophes
naturelles, s’ajoutant aux vulnérabilités endémiques des pays,
ont suscité des soulèvements et des migrations de masse dans toute
la Région. L’Afghanistan, les territoires palestiniens et la
Somalie sont dans une situation économique précaire, doublée de
taux alarmants de mortalité, de morbidité et d’incapacités. La
situation en Afghanistan est en outre aggravée par les effets de la
pire sécheresse enregistrée depuis un demi-siècle et l’approche d’un
hiver rigoureux.
Comme pour les autres institutions des Nations
Unies, le manque de personnel international en Afghanistan et les
difficultés de communication avec nos personnels nationaux sur le
terrain rendent très difficiles toute évaluation des besoins
sanitaires et la fourniture des services requis. Je tiens à rendre
hommage aux membres de notre personnel, en particulier les
ressortissants afghans, qui s’efforcent, dans des conditions très
difficiles, de dispenser des services de santé essentiels à ceux qui
en ont besoin.
L’OMS continue néanmoins d’accélérer l’action
internationale pour répondre aux besoins de la population afghane et
elle soutient les pays voisins aux prises avec la crise actuelle.
Nous avons continué à apporter notre soutien à l’Iraq
dans le cadre de la résolution 986 du Conseil de Sécurité. Outre
des médicaments et des fournitures médicales, l’opération couvre
la reconstruction des établissements de santé, des activités de
contrôle de la qualité de l’eau et le renforcement de l’enseignement
médical.
Dans les territoires palestiniens, le Bureau
régional a joué un rôle important en renforçant la capacité du
système de santé de l’administration à faire face à la
morbidité et à la mortalité résultant des actes de violence
récents.
Nous faisons de notre mieux pour nous acquitter du
rôle qui nous incombe actuellement dans cette Région. Nous ferons
tout ce qui est en notre pouvoir pour réduire les souffrances dues
aux situations d’urgence et aux conflits au cours de ces prochains
mois.
En dépit des menaces que font peser les situations
d’urgence actuelles, une lumière brille à l’horizon de la santé
publique. Je veux parler de l’éradication de la poliomyélite. C’est
un événement pour la santé publique dans le monde. Des millions d’enfants
ont été vaccinés au cours des campagnes successives. Les activités
de surveillance ont atteint un niveau impensable auparavant. Des
centaines de milliers de bénévoles ont été mobilisés dans le
monde entier. Ils ont beaucoup travaillé, dans des conditions
difficiles, spécialement dans les régions en proie à des conflits.
Les efforts déployés actuellement pour mener à
bien l’éradication de la poliomyélite figurent parmi les
interventions de santé publique les plus étendues et les plus
impressionnantes que le monde ait pu voir. L’année dernière, 550
millions – 85 pour cent – d’enfants dans le monde ont été
vaccinés. L’initiative pour l’éradication mondiale de la
poliomyélite a permis de réduire de 99 pour cent le nombre des cas.
En 2000, 3500 cas avaient été déclarés dans le monde. Pour l’année
en cours, seulement 309 cas de poliomyélite ont été confirmés à
ce jour dans le monde. Cela signifie que, dans les pays en
développement, trois millions de personnes qui, sinon, auraient été
paralysées, marchent aujourd’hui.
Nous faisons des progrès dans cette Région. Ces
quelques derniers jours, des professionnels de santé et des
bénévoles ont mené des journées nationales de vaccination en
Afghanistan et au Pakistan, et ce dans des conditions extrêmement
difficiles. Au mois de mars, au Pakistan, j’ai pu constater le
dévouement et l’énergie de ces agents courageux et infatigables.
Mais avec l’éventualité d’importants mouvements de population et
un niveau élevé d’insécurité et de tension dans les pays où la
poliomyélite est encore endémique, atteindre notre but de la
certification de l’éradication mondiale de la poliomyélite dans
les délais fixés sera pour nous une formidable gageure.
A travers la campagne contre la poliomyélite, les
gens voient ce que peut donner une action de santé. Dans les années
à venir, les bienfaits de cette action s’étendront au-delà de l’éradication
de la poliomyélite. Les systèmes de santé auront été renforcés
et rendus plus efficaces. Les programmes de santé publique
disposeront d’infrastructures viables. Des milliers de personnels de
santé et de bénévoles s’acquitteront de nouvelles tâches avec
fierté et détermination.
Inspirons-nous des progrès réalisés dans le
domaine de la poliomyélite pour relever d’autres grands défis.
Nous devons tous faire davantage pour réduire l’impact
du VIH sur la sécurité humaine. Lorsque les Chefs d’Etat se sont
réunis à New York au mois de juin, ils ont manifesté avec force
leur engagement politique en faveur d’une riposte beaucoup plus
énergique. Nous sommes convenus de stratégies prioritaires pour
interrompre la propagation de l’infection à VIH. Nous nous sommes
engagés à aider les gens à mieux se protéger contre l’infection,
et à accroître le nombre des personnes qui ont accès aux soins pour
les maladies liées au VIH.
Dans cette Région, le nombre des personnes
infectées, bien que très variable localement, est relativement
faible. Mais l’OMS, montrant l’exemple, a rappelé aux Etats
Membres avec quelle rapidité les taux d’infection peuvent
augmenter, d’abord dans les groupes vulnérables, puis dans la
population générale. La chance et la cohésion culturelle qui ont
protégé jusqu’ici de nombreuses populations de cette Région ne
doivent pas entraîner un relâchement de la vigilance.
Nous devons intensifier les efforts destinés à
atteindre les personnes démunies, en particulier dans les
communautés les plus pauvres. Nous ne devons jamais cesser de
combattre les préjugés et la discrimination, qui entravent toute
riposte efficace du système de santé. Nous devons nous souvenir qu’il
faut déployer des efforts particuliers pour atteindre les femmes,
spécialement les adolescentes, et les aider à éviter la double
menace de l’infection à VIH et des pathologies liées à la
procréation.
L’OMS renforce sa contribution à la lutte. Notre
but est d’aider à définir des ripostes plus efficaces et de
faciliter leur mise en oeuvre compte tenu des traditions culturelles
et des réalités sociales.
La tuberculose se propage, dans le sillage du VIH.
Je compte retrouver certains d’entre vous le mois prochain à
Washington pour le premier forum des partenaires de l’initiative
Halte à la tuberculose. Nous déterminerons comment faire progresser
le partenariat mondial. Nous devrons également arrêter des
stratégies pour améliorer la mise en oeuvre dans les pays des
mesures destinées à stopper la tuberculose, conformément aux cibles
nationales et mondiale de la lutte antituberculeuse.
Les présages sont favorables. Le prix des
principaux médicaments antituberculeux, y compris certains de ceux
qui sont nécessaires contre les souches polychimiorésistantes, est
en baisse. Les schémas de traitement sous surveillance fonctionnent
bien. Nous savons mieux désormais comment atteindre toutes les
personnes qui ont besoin d’un traitement financièrement abordable.
Des plans nationaux de lutte antituberculeuse ont en outre été mis
au point, même s’ils attendent des ressources financières.
Le Fonds mondial SIDA et Santé aidera les
systèmes de santé nationaux à améliorer leur riposte face au VIH,
à la tuberculose et au paludisme. En aidant à la conception et au
fonctionnement du Fonds, l’OMS s’efforcera de faire en sorte que
le Fonds ait une portée mondiale, qu’il utilise les ressources
efficacement et qu’il renforce la capacité des pays à agir
durablement et efficacement. Il est indispensable que les efforts du
Fonds soient couronnés de succès et qu’il soit en mesure d’attirer
le type de ressources dont il aura besoin au cours de ces prochaines
années. Il ne faut pas que ce soit un simple feu de paille.
Monsieur le Président,
Dans votre Région, les plus grands efforts ont
été faits pour améliorer les systèmes de santé. On est en train d’en
préciser les objectifs, et tout un éventail de moyens sont mis en
oeuvre pour prodiguer les soins essentiels aux plus démunis.
Dans beaucoup de pays, c’est le financement de la
santé qui est au premier plan des préoccupations. Il s’agit d’assurer
une protection contre les risques financiers tout en faisant en sorte
que les services fournis soient de bonne qualité. L’OMS est en
train de mettre au point des politiques types de financement de la
santé à l’intention des pays qui tentent de résoudre ces
questions.
Les gouvernements, qui exercent un pouvoir de
tutelle en matière de santé, sont tenus de veiller à ce que les
services rendus par le système de santé soient à la mesure des
objectifs qu’ils ont fixés et de tirer le meilleur parti de leur
système de santé dans la limite des fonds disponibles.
Exercer un pouvoir de tutelle en matière de santé
amène inévitablement à prendre des décisions difficiles : l’OMS
peut prodiguer aux décideurs des conseils techniques fondés sur des
analyses mondiales ou régionales sur les questions de santé. C’est
ainsi que nous sommes actuellement en train de réunir une série d’informations
de base sur les différents facteurs de risque pour la santé humaine
et sur le rapport coût/efficacité de diverses interventions menées
auprès des populations dans le domaine de la santé.
Les autorités de tutelle ont également besoin de
disposer de renseignements fiables émanant de leur propre pays.
Ceux-ci doivent porter à la fois sur le poids de la morbidité au
sein de différents groupes de population et sur les façons dont le
système de santé y fait face.
Pour prendre des décisions sur le moment où il
convient d’agir face à des menaces sanitaires spécifiques, il est
préférable de se fonder sur des renseignements fiables recueillis
auprès des populations. Les pays de votre Région oeuvrent ensemble
à la bonne marche des systèmes nationaux de surveillance et d’intervention
contre les maladies.
Ces systèmes nationaux font eux-mêmes partie d’un
réseau d’ampleur mondiale soutenu par l’OMS et bénéficiant de
la compétence, des ressources déjà en place et de l’appui de plus
de 250 laboratoires. Ce système mondial fonctionne dans le cadre du
Règlement sanitaire international – un instrument ayant force
obligatoire qui régit la notification des maladies pouvant donner
lieu à épidémies ainsi que l’application de mesures destinées à
en prévenir la propagation. Ce réseau mondial peut également être
utile aux
pays – en effectuant des recherches sur des agents pathogènes
dangereux et en confirmant des diagnostics.
La surveillance est d’une importance cruciale
dans votre Région comme dans d’autres ; nous devons faire face
à la menace de la fièvre de la Vallée du Rift et à d’autres
flambées épidémiques.
Cette surveillance devient d’autant plus vitale
que nous devons nous préparer à l’éventualité de voir les
populations délibérément contaminées par des agents biologiques ou
chimiques. Il est important de trouver la parade qui convient. Les
médecins peuvent avoir accès sur le site Internet de l’OMS à des
protocoles permettant de lutter contre les flambées de maladies
consécutives à de telles attaques – qu’elles soient causées par
l’anthrax, des virus hémorragiques, d’autres agents pathogènes,
des toxines biologiques ou des substances chimiques nocives. La
semaine passée, nous avons renforcé les procédures que nous avions
mises en place pour aider les pays à faire face à des cas suspectés
de contamination délibérée.
Monsieur le Président,
Beaucoup de pays ont souligné la nécessité de
disposer de méthodes internationales normalisées de collecte des
données sur la performance des systèmes de santé. Pour répondre à
ce souci, l’OMS encourage les pays à réaliser régulièrement des
enquêtes sur leurs services de santé en les aidant à adapter à
leur situation différents éléments du protocole mis au point au
cours de l’année écoulée pour l’enquête sur la santé dans le
monde.
Il pourrait s’avérer nécessaire de disposer d’un
autre type d’information afin d’aider tel chef d’Etat ou tel
ministre de la santé à répondre à la question suivante :
« Dans quelle mesure notre système de santé
donne-t-il satisfaction ? », et afin de lui permettre de
comparer la qualité des prestations du système de santé d’une
province ou d’une région à une autre à l’intérieur d’un
même pays. A cette fin, l’OMS travaille actuellement à la mise au
point d’indices composites de la performance des systèmes de santé
tenant compte de la mesure dans laquelle un système de santé
favorise la santé, répond à l’attente de la population, est
financé de manière juste et contribue à l’équité.
Des résultats préliminaires ont été publiés
dans le Rapport sur la santé dans le monde, 2000. Beaucoup d’Etats Membres
se sont montrés satisfaits de cette nouvelle approche, quoique
certains aient soulevé des questions en ce qui concerne la
méthodologie, les sources des données, la classification par ordre d’importance
et l’utilité.
Lorsque le Conseil exécutif s’est réuni en
janvier de cette année, j’ai proposé de tenir une série de
consultations sur les méthodes permettant d’évaluer la performance
des systèmes de santé, de procéder à un réexamen collégial de la
méthodologie utilisée par l’OMS et de demander l’avis de
spécialistes au sujet de ces travaux. Ces propositions sont
actuellement mises en oeuvre et beaucoup d’entre vous apportent leur
contribution.
Je m’intéresse personnellement à ces
consultations et à ce réexamen collégial et je présenterai un
rapport sur leurs résultats au Conseil exécutif en janvier 2002. J’escompte
qu’à ce moment-là, nous serons en mesure de choisir d’un commun
accord une méthode permettant d’évaluer la performance d’ensemble
des systèmes de santé nationaux, méthode qui sera publiée par l’OMS
en 2002.
Monsieur le Président,
Dans votre Région, quantité de mesures novatrices
ont été prises pour freiner la progression du tabagisme. Je suis
particulièrement heureuse de voir des pays se mobiliser pour réduire
le nombre de jeunes qui commencent à fumer, ou pour aider ceux qui
souhaitent s’arrêter. Vous conviendrez que beaucoup reste encore à
faire compte tenu des efforts accrus déployés par les fabricants de
tabac pour contrecarrer votre action. C’est pourquoi les
gouvernements doivent continuer de participer activement aux
négociations relatives à la convention-cadre pour la lutte antitabac
de l’OMS, jusqu’à ce que celle-ci soit définitivement mise au
point, en 2003 je l’espère. Je me réjouis de l’appui sans faille
apporté par les pays de la Région, dans le cadre des négociations
en cours, en vue de mettre en place une convention-cadre aussi forte
et efficace que possible.
Il n’y a pas seulement la controverse suscitée
par le tabac. Le partenariat entre le public et le privé pour la
recherche, les schémas thérapeutiques pour la prise en charge des
maladies, la révision des listes de médicaments essentiels pour
faire face aux problèmes de santé prioritaires, les stratégies à
adopter pour se procurer des médicaments de qualité à bon marché
et les recommandations relatives à la nutrition et à l’hygiène du
milieu font tous l’objet de vifs débats. Les Etats Membres
souhaitent une interaction accrue avec le Secrétariat sur ces
questions – tant directement que par l’intermédiaire du Conseil
exécutif et de l’Assemblée mondiale de la Santé. Il faut tout
faire pour que le travail normatif de l’OMS soit toujours conforme
aux meilleures informations disponibles, tout en faisant en sorte que
les Etats Membres puissent débattre des façons de faire progresser
ce travail normatif.
Les choix difficiles que doivent faire les
spécialistes de la santé au sujet de l’allocation des ressources
dans le domaine de la santé sont aussi controversés. Ce sont là des
problèmes complexes qui ont souvent une dimension éthique.
Les recherches sur le génome humain montrent que
nous appartenons tous à une seule et même race et que nous avons en
commun notre humanité et notre patrimoine génétique : si nous
différons par la taille, la couleur de peau, les cheveux ou la
corpulence, nous sommes pourtant plus semblables que nous ne le
pensions. Il convient de protéger et d’épanouir notre commune
nature. C’est pourquoi je souhaite développer l’action de l’OMS
en matière d’éthique, afin que nos services soient aussi bons sur
le plan éthique que sur le plan scientifique.
Nous allons donc tout mettre en oeuvre pour
soutenir davantage les Etats Membres en ce qui concerne les questions
de santé et d’éthique – et contribuer à l’éthique dans les
domaines de la santé publique et de la recherche sur la santé. Nous
nous intéresserons aussi aux aspects éthiques des sciences
biomédicales, y compris pour ce qui touche au génome humain, à
la recherche sur les cellules souches et au clonage. Notre action sera
menée en liaison avec d’autres organismes des Nations Unies et en
particulier l’UNESCO. Dans un premier temps, j’en serai
directement responsable. Je serai heureuse de débattre de ces
initiatives avec le Conseil exécutif et l’Assemblée mondiale de la
Santé l’année prochaine.
Monsieur le Président,
Notre travail est tout entier destiné aux pays,
mais une partie seulement s’y déroule. Or, l’action dans les pays
est essentielle et nos représentants sur place jouent un rôle
central. Le personnel du Siège et des Régions ont oeuvré ensemble
pour élaborer les plans de l’OMS de soutien à chaque pays.
Nous sommes particulièrement soucieux d’améliorer
la capacité d’action des équipes de l’OMS dans les pays qui ont
le plus besoin d’elles, de façon qu’elles soient mieux à même
de contribuer à rendre les services de santé plus efficaces et plus
équitables. Les représentants dans les pays et les bureaux
régionaux sont appelés à jouer un rôle central à cet égard. Ils
tireront parti de l’expérience récemment acquise par nous dans la
mise en place de stratégies de coopération avec différents pays, et
assureront une liaison efficace avec les initiatives prises au plan
mondial à l’appui de l’action dans les pays.
L’activité des bureaux régionaux de l’OMS et
des services du Siège est décrite dans la stratégie du Secrétariat
de l’OMS adoptée par les Etats Membres en 1999. Cela constitue le
point de départ du programme général de travail pour 2002-2005.
En 2000, le Secrétariat a établi un budget
programme stratégique en identifiant 35 domaines d’activité pour l’Organisation.
A partir de là, on a pu déterminer les résultats escomptés, les
étapes à franchir ainsi que les activités et l’allocation des
ressources au titre du budget ordinaire pour l’exercice biennal
2002-2003. Nous cherchons maintenant à améliorer et à diversifier
nos sources de financement extrabudgétaires pour chaque Région en
vue d’aider à la planification des programmes de pays.
Au cours des prochains mois, je m’efforcerai avec
les Directeurs régionaux de formuler une série de priorités d’ensemble
qui seront proposées pour la prochaine période, 2004-2005. Nous
tiendrons compte de vos délibérations au cours de la présente
session. Je présenterai ensuite mes propositions au Conseil exécutif
lorsqu’il se réunira à Genève en janvier 2002.
Monsieur le Président,
Les défis que nous, spécialistes de la santé,
devons aujourd’hui relever sont plus difficiles que jamais. Unis
dans la lutte contre la pauvreté et l’injustice, nous sommes
résolus à intensifier notre action. Nous savons que les mesures à
prendre pour faire face à la terreur, à la faim et à la maladie
devront être le fruit de décisions bien pesées et de solutions
mises au point avec doigté. Les appels à l’action humanitaire se
font déjà plus insistants, et il faut s’attendre à les voir se
multiplier encore.
Le Secrétariat de l’OMS s’emploiera de son
mieux à répondre aux attentes légitimes de tous – où qu’ils
vivent, quelles que soient leurs convictions, qu’ils soient riches
ou pauvres, femmes, enfants ou
hommes – d’une manière qui traduise notre respect fondamental de
la dignité et du potentiel de tous les êtres humains, où qu’ils
se trouvent. C’est bien là ce qu’ils attendent de notre
Organisation et des professions que nous représentons.
Je vous adresse tous mes voeux alors que vous allez
entamer les importants travaux qui vous attendent durant la semaine et
l’année à venir.
Je vous remercie.
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