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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs.
Excellences,
Je vous suis très reconnaissante de m'avoir
invitée aujourd'hui. Le moment est d'autant plus opportun que d'ici
à l'Assemblée mondiale de la Santé, au mois de mai, je dois me
rendre dans trois pays - l'Egypte, le Kenya et le Nigeria.
A la fin du mois de mars, j'assisterai au Caire
à l'inauguration de notre nouveau Bureau régional de la
Méditerranée orientale et à la réunion régulière de tous nos
Directeurs régionaux. Les anciens bureaux d'Alexandrie étaient
devenus trop exigus et l'Assemblée mondiale de la Santé a décidé
qu'un changement de locaux s'imposait. Je tiens à exprimer ma
reconnaissance au Gouvernement égyptien, hôte du Bureau régional,
pour son généreux soutien, ainsi qu'aux nombreux autres donateurs de
cette Région. Ces nouvelles installations, j'en suis certaine, nous
permettront d'améliorer nos services.
C'est à Nairobi, la semaine suivante, que
se tiendra la réunion des chefs de Secrétariat du système des
Nations Unies, le CAC, sous la présidence du Secrétaire général.
C'est une réunion importante, pendant laquelle nous poursuivrons
notre travail de coordination concernant le suivi du Sommet du
Millénaire et la Déclaration du Millénaire.
L'un des points à l'ordre du jour sera la demande
qui nous a été adressée par l'Assemblée générale sur le suivi du
Millénaire concernant l'Afrique, à savoir: renforcer le large
éventail de son action en Afrique en vue d'intensifier l'appui fourni
pour l'éradication de la pauvreté et le développement durable, pour
la lutte contre les maladies et les pandémies et pour le processus de
prévention des conflits et la consolidation de la démocratie".
Notre premier objectif sera de veiller à ce que
les nombreux processus interorganisations à l'appui du développement
en Afrique se renforcent mutuellement et débouchent sur des
résultats tangibles.
Le 4 avril, au Kenya, je présiderai aussi au
lancement de nos activités pour la Journée mondiale de la Santé. Je
tiens à remercier Monsieur l'Ambassadeur et les membres du
Gouvernement qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour mettre au point
avec nous un programme de premier ordre.
Notre action de sensibilisation s'attachera en
particulier à réduire l'opprobre associée à la maladie mentale et
à faire mieux connaître les nombreux traitements efficaces et d'un
coût abordable qui existent mais sont insuffisamment utilisés, tant
dans les pays en développement que dans les pays industrialisés.
En ouvrant pour la première fois au public le
principal hôpital psychiatrique du Kenya, le Gouvernement propagera
le message qui résume nos préoccupations concernant la santé
mentale: Non à l'exclusion - Oui aux soins. Nous espérons, et nous
croyons, que ces principes seront célébrés avec chaleur et avec
force.
Le Rapport sur la santé dans le monde, cette
année, portera sur la santé mentale. Il fera le point de nos
connaissances: la charge actuelle et future de la morbidité mentale
et des troubles neurologiques; l'efficacité de la prévention, la
disponibilité des traitements et les obstacles à leur accès; et les
politiques requises pour venir à bout du discrédit et de la
discrimination et que soient mis en place et financés des programmes
efficaces de prévention et de traitement.
Grâce à nos efforts concertés cette année,
j'espère que nous aurons progressé vers un avenir où toutes les
collectivités accorderont la même priorité et le même respect à
la santé mentale qu'aux aspects physiques de la santé.
Et le 25 avril, j'assisterai à Abuja à la
première Journée africaine du paludisme puis au Sommet de l'OUA sur
le VIH/SIDA et les autres maladies infectieuses en Afrique.
Ce sera une réunion très importante, aux enjeux
considérables. La direction de ce Sommet jouera un rôle important
car elle déterminera le contenu de la discussion de la session
extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA
au mois de juin. Je suis heureuse de vous annoncer que l'OMS, à la
demande de l'OUA, fournira un important soutien à la conférence.
Après en avoir parlé avec le Dr Samba, Directeur régional pour
l'Afrique, je puis annoncer aujourd'hui que nous participerons
ensemble, à concurrence de US$ 500 000, au coût du Sommet.
Il s'est passé beaucoup de choses dans le monde
depuis que le Président Obasanjo a accueilli, il y a un an, le Sommet
du paludisme. Grâce aux efforts sans relâche du Président Obasanjo
et d'autres dirigeants africains, les pays dans le monde ont commencé
à comprendre qu'ils devaient considérablement intensifier leur
action contre les maladies infectieuses.
C'est ce qui a conduit les dirigeants du G8, à
Okinawa en juillet dernier, et l'Union européenne au mois de
septembre, à prendre des engagements clairs. Nous avons de bonnes
raisons de penser que ces engagements seront suivis d'une augmentation
importante des ressources consacrées à la santé. Dans les capitales
des pays membres de l'OCDE comme dans les capitales africaines, une
intense activité s'est fait jour pour décider du meilleur moyen
d'investir les nouveaux fonds attendus pour garantir des résultats
sanitaires satisfaisants.
Nous devons investir des sommes importantes dans la
prévention et le traitement du paludisme. Nous disposons d'outils
efficaces. Des progrès ont été enregistrés, qu'il s'agisse de la
réduction des prix et de la disponibilité accrue des moustiquaires
imprégnées, mais davantage d'efforts doivent être déployés sur ce
front. Nous devons mettre au point de nouveaux outils - en particulier
des associations de médicaments capables de combattre la résistance
dans l'immédiat et de nouveaux médicaments qui seront efficaces
lorsque les médicaments existants perdront peu à peu leur
efficacité. Notre prochaine collaboration avec Glaxo Smith-Kline sur
la nouvelle polythérapie LAPDAP, par exemple, a été annoncée la
semaine dernière.
Nous examinons également l'efficacité des
médicaments traditionnellement utilisés dans le traitement du
paludisme et nous soutenons la mise au point de vaccins efficaces
contre le paludisme, contre le VIH et contre d'autres problèmes
prioritaires.
Des progrès encourageants ont été enregistrés
au cours de l'année écoulée dans l'action menée contre la
tuberculose. En octobre 2000, nous avons lancé l'Alliance mondiale
pour la mise au point de médicaments antituberculeux qui financera
l'élaboration de nouveaux antituberculeux indispensables, l'accent
portant en particulier sur la simplification et la réduction de la
durée du traitement. Nous lancerons aussi sous peu un nouveau
partenariat, le Dispositif mondial de financement des médicaments
antituberculeux, qui facilitera l'accès des plus démunis des 20 pays
prioritaires affectés par la tuberculose aux médicaments
nécessaires de façon à étendre leur couverture par le traitement
DOTS.
Les programmes de vaccination nationaux ont aussi
bénéficié d'un appui renouvelé grâce à l'Alliance mondiale pour
les vaccins et la vaccination.
C'est dans l'action visant à endiguer l'épidémie
de VIH/SIDA que se sont produits les plus grands changements.
Nous avons observé un effort sans précédent,
déployé par des personnes engagées travaillant pour des
gouvernements et des organisations non gouvernementales, des
institutions des Nations Unies et le secteur privé, en vue
d'éliminer les obstacles qui privent les millions de personnes qui en
ont besoin de l'accès aux médicaments essentiels.
L'indignation des populations, la volonté des
pouvoirs publics, les forces du marché et les travaux scientifiques
de haut niveau sont autant de facteurs qui permettent l'application
d'un principe fondamental de la santé publique: la fourniture des
médicaments essentiels en fonction des besoins et non de la capacité
financière.
Il y a un an, lorsque l'OMS, l'ONUSIDA et d'autres
institutions des Nations Unies se sont lancées avec cinq grands
laboratoires pharmaceutiques dans une action commune, le prix des
médicaments requis pour freiner la progression du SIDA dépassait
largement les moyens de la plupart des Africains, des Sud Américains
et des Asiatiques, et de leurs gouvernements. A US$ 10 000 ou 15 000
le traitement annuel, ces médicaments étaient inaccessibles.
Aujourd'hui, les associations de médicaments
antirétroviraux sont à la disposition des pays africains pour
environ US$ 1000 par malade et par an - soit dix fois moins que
précédemment.
Certes, ces prix restent supérieurs à ce que
peuvent dépenser presque tous les systèmes de santé africain et la
plupart des malades. Mais les choses ne doivent pas en rester là. Au-delà
des médicaments anti-VIH/SIDA, nous devons veiller à ce que tous les
médicaments et vaccins essentiels soient accessibles à tous. Cela
prendra du temps mais nous devons nous assurer que pas une minute
n'est perdue.
Nous serions tous d'avis qu'un modèle de commerce
international efficace est celui qui permet aux pays d'appliquer des
systèmes opérationnels répondant aux besoins essentiels des
populations - y compris leurs besoins sanitaires - tout en respectant
les droits de propriété intellectuelle. Nous ne pouvons y parvenir
que par la négociation politique et les procédures judiciaires.
C'est ce qui se produit actuellement: je me félicite de l'attention
accrue accordée par l'opinion publique à l'accès limité aux soins
de santé qui pourraient prévenir et soigner les maladies
prioritaires en Afrique.
Pourtant, c'est là un processus complexe. En cours
de route, l'interprétation des accords commerciaux suscitera des
controverses. Les politiques pharmaceutiques nationales qui tentent de
faire changer la façon d'appliquer les droits conférés par les
brevets seront mises en cause. La seule solution sera d'en éprouver
les limites par des procédures judiciaires, mécanisme coûteux et
frustrant pour toutes les parties concernées, mais il est vrai que
les enjeux sont considérables.
Ces dernières semaines, nous avons assisté au
début d’une de ces procédures judiciaires – en Afrique du Sud.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
souscrit avec force à la politique pharmaceutique nationale
sud-africaine de 1996 qui vise à « assurer un approvisionnement
adéquat et fiable en médicaments sûrs d’un bon rapport coût/efficacité
et de qualité acceptable à tous les Sud-Africains ainsi que l’usage
rationnel des médicaments au niveau de la prescription, de la
fourniture et de la consommation. »
L’OMS collabore étroitement avec le Gouvernement
sud-africain à la formulation de cette politique et elle a activement
aidé l’Afrique du Sud à l’appliquer. L’OMS approuve
entièrement cette politique qui est à son avis en harmonie avec les
positions qu’elle défend depuis longtemps sur la politique
pharmaceutique nationale, sur l’accès aux médicaments essentiels,
sur la qualité, l’innocuité et l’efficacité des médicaments et
sur leur usage rationnel.
L’OMS souscrit entièrement à l’intention de
la Loi de 1997 Medicine Act 90 qui est de rendre opérationnels
les éléments clefs de la politique pharmaceutique nationale, y
compris la substitution par des produits génériques, une concurrence
accrue dans les achats publics de produits pharmaceutiques, l’amélioration
de la qualité des produits et un usage plus rationnel des
médicaments. Nous reconnaissons que le libellé de certaines parties
de la Loi apparaissent à certaines sociétés comme une remise en
cause de leurs droits. Au cours des dernières années, nous avons
collaboré avec les différents intérêts en présence et de nombreux
efforts ont été consentis pour déboucher sur une issue acceptable
à tous.
Malheureusement, les négociations n’ont pas
encore permis d’aboutir à un accord, et 39 sociétés
pharmaceutiques ont contesté certaines parties de la Loi de 1997 au
motif qu’elle sape la protection des brevets en conférant au
ministre de la santé des pouvoirs trop larges de produire ou d’importer
des versions moins coûteuses de médicaments qui sont encore
protégés par des brevets.
A la demande du Ministère sud-africain de la
Santé, l’OMS a contribué à rechercher une expertise juridique
internationale pertinente pour aider le Gouvernement sud-africain et
lui faire rapport.
Comme vous le savez, la procédure est
provisoirement suspendue à l’heure actuelle. Nous espérons que de
nouveaux efforts seront faits pour régler le différend et qu’ils
seront couronnés de succès. Le seul résultat acceptable est que
toutes les parties conjuguent leurs efforts pour arriver à une
amélioration rapide de l’accès équitable aux médicaments
essentiels pour tous les Sud-Africains qui en ont besoin.
Nous devons agir aussi au niveau mondial. Dans le
nouvel environnement politique, il est devenu indispensable pour l’OMC
et l’OMS de commencer à élaborer des principes propres à
améliorer l’accès aux médicaments essentiels par une politique de
prix différenciés ainsi que par un recours accru à un financement
international. En avril, aura lieu sous l’égide des deux
organisations la réunion d’un groupe international d’experts
chargé d’élaborer plus avant ces principes et de trouver d’éventuelles
solutions : ces travaux contribueront aussi aux discussions de l’Assemblée
mondiale de la Santé .
Il serait toutefois naïf de croire qu’une simple
réduction du prix des médicaments suffit pour garantir à chacun un
accès à des soins de santé du niveau souhaité. Ainsi, on estime à
25 millions le nombre des Africains infectés par le VIH, dont
5 millions ont besoin de soins de santé faisant appel aux
antirétroviraux. Or actuellement ils ne sont que quelque 10 000
à bénéficier de tels soins. Il faudrait donc multiplier le nombre
de ceux qui y ont accès par 500, en ayant recours à des médicaments
qui coûtent environ $600 par personne et par an. Par ailleurs, selon
un calcul analogue il faudrait multiplier par 30 le nombre des
Africains qui utilisent des moustiquaires imprégnées d’insecticide
et ont accès à un traitement efficace contre le paludisme.
Un tel renforcement suppose des efforts financiers
et humains qui dépassent de loin les possibilités des communautés
africaines et de leurs systèmes de santé. Pour compliquer encore les
choses, les perspectives de médicaments moins coûteux dont on entend
largement parler ne font qu’accroître la demande de soins de la
part du public. Les autorités nationales et les ministres de la
santé se trouvent donc confrontés à des pressions considérables
dont fort heureusement la communauté internationale commence à
prendre conscience.
Quelle que soit la diminution des prix des
médicaments et des biens, un accroissement massif de fonds s’impose
pour améliorer l’accès des Africains à la prévention et aux
soins, en ce qui concerne le paludisme, la tuberculose et le VIH, mais
aussi les maladies de la mère et de l’enfant. La plus grande partie
de ces fonds devront venir d’une aide accrue au développement ainsi
que d’une atténuation de la dette. Il faut des ressources nouvelles.
Les premiers calculs de la Commission Macroéconomie et Santé de l’OMS
montrent qu’elles doivent être de l’ordre de US $10 milliards par
an. Nous ne pouvons nous permettre de les prélever sur les fonds
modestes qui sont déjà affectés à d’autres priorités du
développement.
Pour amorcer une augmentation d’une telle
envergure, l’OMS collabore avec les responsables de pays en
développement et d’organismes donateurs afin de trouver de nouveaux
moyens d’utiliser efficacement les ressources et de suivre l’évolution
de la situation. Ainsi, nous collaborons avec les pays pour chercher
à améliorer la capacité de leurs services de santé à prévenir
les risques et traiter ceux qui y sont exposés, ainsi que leur
capacité à acheter des médicaments et d’autres biens, à les
distribuer et à veiller à leur bonne utilisation.
Pour ma part, je m’efforcerai en compagnie du Dr
Samba et du Dr Gezairy, les Directeurs régionaux de l’OMS pour l’Afrique
et pour la Méditerranée orientale, à ce que la direction de l’OMS
s’attache à résoudre ces problèmes afin de contribuer à faire
face à ceux auxquels sont confrontés les peuples d’Afrique. Cela
vaut aussi bien pour notre action au sein des pays et des communautés
que pour notre appui à l’OUA et aux autres groupes régionaux ou qu’à
notre participation au Sommet d’Abuja, à la session extraordinaire
de l’Assemblée générale des Nations Unies qui sera consacrée
cette année au SIDA et à l’enfant, ainsi qu’à d’autres
réunions au niveau mondial.
J’espère que vous continuerez à suivre l’ensemble
des points essentiels dont va probablement être saisie l’Assemblée
mondiale de la Santé dans deux mois à peine. Je sais que ce n’est
pas facile vu les autres réunions auxquelles vous devrez consacrer
votre temps ces prochaines semaines, à commencer par celles de la
Commission des Droits de l’Homme. Il ressort de la session de
janvier du Conseil exécutif que certains de ces points vont retenir
une attention considérable.
J’espère que les discussions sur le budget
mettront avant tout l’accent sur les meilleurs moyens de renforcer l’action
face aux problèmes de santé qui touchent le plus ceux qui vivent
dans les pays les plus pauvres. Je voudrais qu’on privilégie la
recherche de moyens pour l’OMS de contribuer à stimuler cet effort
et d’aider les pays à tirer le maximum des ressources pour la
santé, aux niveaux national et régional, mais aussi au niveau
mondial.
Je suis persuadée qu’il y aura un débat nourri
sur les stratégies permettant d’améliorer l’accès aux
médicaments essentiels et sur la riposte au VIH/SIDA. Il faudra donc
aussi se préoccuper du renforcement de la fourniture des services de
santé dans les pays en développement. Nous envisageons un nouvel
examen attentif de la stratégie de l’alimentation du nourrisson et
du jeune enfant et de la nécessité d’une surveillance mondiale des
maladies et du Règlement sanitaire international. Ces questions
revêtent une importance critique pour tous les pays.
N’hésitez pas à prendre contact avec les
départements techniques – individuellement ou collectivement – si
vous avez besoin d’informations sur l’une ou l’autre de ces
questions.
Même si les obstacles sont nombreux, je suis
convaincue que nous allons dans la bonne direction et qu’il y a lieu
d’envisager l’avenir avec davantage de confiance. Je vous invite
donc à partager mon enthousiasme et mon optimisme pour le chemin qui
reste à parcourir.
Je vous remercie. |