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World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr Gro Harlem Brundtland       
Directeur général
Organisation mondiale de la santé

Genève
12 mars 2001

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Allocution du Directeur général aux Ambassadeurs de l'Organisation de l'Unité africaine

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs.

Excellences,

Je vous suis très reconnaissante de m'avoir invitée aujourd'hui. Le moment est d'autant plus opportun que d'ici à l'Assemblée mondiale de la Santé, au mois de mai, je dois me rendre dans trois pays - l'Egypte, le Kenya et le Nigeria.

A la fin du mois de mars, j'assisterai au Caire à l'inauguration de notre nouveau Bureau régional de la Méditerranée orientale et à la réunion régulière de tous nos Directeurs régionaux. Les anciens bureaux d'Alexandrie étaient devenus trop exigus et l'Assemblée mondiale de la Santé a décidé qu'un changement de locaux s'imposait. Je tiens à exprimer ma reconnaissance au Gouvernement égyptien, hôte du Bureau régional, pour son généreux soutien, ainsi qu'aux nombreux autres donateurs de cette Région. Ces nouvelles installations, j'en suis certaine, nous permettront d'améliorer nos services.

C'est à Nairobi, la semaine suivante, que se tiendra la réunion des chefs de Secrétariat du système des Nations Unies, le CAC, sous la présidence du Secrétaire général. C'est une réunion importante, pendant laquelle nous poursuivrons notre travail de coordination concernant le suivi du Sommet du Millénaire et la Déclaration du Millénaire.

L'un des points à l'ordre du jour sera la demande qui nous a été adressée par l'Assemblée générale sur le suivi du Millénaire concernant l'Afrique, à savoir: renforcer le large éventail de son action en Afrique en vue d'intensifier l'appui fourni pour l'éradication de la pauvreté et le développement durable, pour la lutte contre les maladies et les pandémies et pour le processus de prévention des conflits et la consolidation de la démocratie".

Notre premier objectif sera de veiller à ce que les nombreux processus interorganisations à l'appui du développement en Afrique se renforcent mutuellement et débouchent sur des résultats tangibles.

Le 4 avril, au Kenya, je présiderai aussi au lancement de nos activités pour la Journée mondiale de la Santé. Je tiens à remercier Monsieur l'Ambassadeur et les membres du Gouvernement qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour mettre au point avec nous un programme de premier ordre.

Notre action de sensibilisation s'attachera en particulier à réduire l'opprobre associée à la maladie mentale et à faire mieux connaître les nombreux traitements efficaces et d'un coût abordable qui existent mais sont insuffisamment utilisés, tant dans les pays en développement que dans les pays industrialisés.

En ouvrant pour la première fois au public le principal hôpital psychiatrique du Kenya, le Gouvernement propagera le message qui résume nos préoccupations concernant la santé mentale: Non à l'exclusion - Oui aux soins. Nous espérons, et nous croyons, que ces principes seront célébrés avec chaleur et avec force.

Le Rapport sur la santé dans le monde, cette année, portera sur la santé mentale. Il fera le point de nos connaissances: la charge actuelle et future de la morbidité mentale et des troubles neurologiques; l'efficacité de la prévention, la disponibilité des traitements et les obstacles à leur accès; et les politiques requises pour venir à bout du discrédit et de la discrimination et que soient mis en place et financés des programmes efficaces de prévention et de traitement.

Grâce à nos efforts concertés cette année, j'espère que nous aurons progressé vers un avenir où toutes les collectivités accorderont la même priorité et le même respect à la santé mentale qu'aux aspects physiques de la santé.

Et le 25 avril, j'assisterai à Abuja à la première Journée africaine du paludisme puis au Sommet de l'OUA sur le VIH/SIDA et les autres maladies infectieuses en Afrique.

Ce sera une réunion très importante, aux enjeux considérables. La direction de ce Sommet jouera un rôle important car elle déterminera le contenu de la discussion de la session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA au mois de juin. Je suis heureuse de vous annoncer que l'OMS, à la demande de l'OUA, fournira un important soutien à la conférence. Après en avoir parlé avec le Dr Samba, Directeur régional pour l'Afrique, je puis annoncer aujourd'hui que nous participerons ensemble, à concurrence de US$ 500 000, au coût du Sommet.

Il s'est passé beaucoup de choses dans le monde depuis que le Président Obasanjo a accueilli, il y a un an, le Sommet du paludisme. Grâce aux efforts sans relâche du Président Obasanjo et d'autres dirigeants africains, les pays dans le monde ont commencé à comprendre qu'ils devaient considérablement intensifier leur action contre les maladies infectieuses.

C'est ce qui a conduit les dirigeants du G8, à Okinawa en juillet dernier, et l'Union européenne au mois de septembre, à prendre des engagements clairs. Nous avons de bonnes raisons de penser que ces engagements seront suivis d'une augmentation importante des ressources consacrées à la santé. Dans les capitales des pays membres de l'OCDE comme dans les capitales africaines, une intense activité s'est fait jour pour décider du meilleur moyen d'investir les nouveaux fonds attendus pour garantir des résultats sanitaires satisfaisants.

Nous devons investir des sommes importantes dans la prévention et le traitement du paludisme. Nous disposons d'outils efficaces. Des progrès ont été enregistrés, qu'il s'agisse de la réduction des prix et de la disponibilité accrue des moustiquaires imprégnées, mais davantage d'efforts doivent être déployés sur ce front. Nous devons mettre au point de nouveaux outils - en particulier des associations de médicaments capables de combattre la résistance dans l'immédiat et de nouveaux médicaments qui seront efficaces lorsque les médicaments existants perdront peu à peu leur efficacité. Notre prochaine collaboration avec Glaxo Smith-Kline sur la nouvelle polythérapie LAPDAP, par exemple, a été annoncée la semaine dernière.

Nous examinons également l'efficacité des médicaments traditionnellement utilisés dans le traitement du paludisme et nous soutenons la mise au point de vaccins efficaces contre le paludisme, contre le VIH et contre d'autres problèmes prioritaires.

Des progrès encourageants ont été enregistrés au cours de l'année écoulée dans l'action menée contre la tuberculose. En octobre 2000, nous avons lancé l'Alliance mondiale pour la mise au point de médicaments antituberculeux qui financera l'élaboration de nouveaux antituberculeux indispensables, l'accent portant en particulier sur la simplification et la réduction de la durée du traitement. Nous lancerons aussi sous peu un nouveau partenariat, le Dispositif mondial de financement des médicaments antituberculeux, qui facilitera l'accès des plus démunis des 20 pays prioritaires affectés par la tuberculose aux médicaments nécessaires de façon à étendre leur couverture par le traitement DOTS.

Les programmes de vaccination nationaux ont aussi bénéficié d'un appui renouvelé grâce à l'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination.

C'est dans l'action visant à endiguer l'épidémie de VIH/SIDA que se sont produits les plus grands changements.

Nous avons observé un effort sans précédent, déployé par des personnes engagées travaillant pour des gouvernements et des organisations non gouvernementales, des institutions des Nations Unies et le secteur privé, en vue d'éliminer les obstacles qui privent les millions de personnes qui en ont besoin de l'accès aux médicaments essentiels.

L'indignation des populations, la volonté des pouvoirs publics, les forces du marché et les travaux scientifiques de haut niveau sont autant de facteurs qui permettent l'application d'un principe fondamental de la santé publique: la fourniture des médicaments essentiels en fonction des besoins et non de la capacité financière.

Il y a un an, lorsque l'OMS, l'ONUSIDA et d'autres institutions des Nations Unies se sont lancées avec cinq grands laboratoires pharmaceutiques dans une action commune, le prix des médicaments requis pour freiner la progression du SIDA dépassait largement les moyens de la plupart des Africains, des Sud Américains et des Asiatiques, et de leurs gouvernements. A US$ 10 000 ou 15 000 le traitement annuel, ces médicaments étaient inaccessibles.

Aujourd'hui, les associations de médicaments antirétroviraux sont à la disposition des pays africains pour environ US$ 1000 par malade et par an - soit dix fois moins que précédemment.

Certes, ces prix restent supérieurs à ce que peuvent dépenser presque tous les systèmes de santé africain et la plupart des malades. Mais les choses ne doivent pas en rester là. Au-delà des médicaments anti-VIH/SIDA, nous devons veiller à ce que tous les médicaments et vaccins essentiels soient accessibles à tous. Cela prendra du temps mais nous devons nous assurer que pas une minute n'est perdue.

Nous serions tous d'avis qu'un modèle de commerce international efficace est celui qui permet aux pays d'appliquer des systèmes opérationnels répondant aux besoins essentiels des populations - y compris leurs besoins sanitaires - tout en respectant les droits de propriété intellectuelle. Nous ne pouvons y parvenir que par la négociation politique et les procédures judiciaires. C'est ce qui se produit actuellement: je me félicite de l'attention accrue accordée par l'opinion publique à l'accès limité aux soins de santé qui pourraient prévenir et soigner les maladies prioritaires en Afrique.

Pourtant, c'est là un processus complexe. En cours de route, l'interprétation des accords commerciaux suscitera des controverses. Les politiques pharmaceutiques nationales qui tentent de faire changer la façon d'appliquer les droits conférés par les brevets seront mises en cause. La seule solution sera d'en éprouver les limites par des procédures judiciaires, mécanisme coûteux et frustrant pour toutes les parties concernées, mais il est vrai que les enjeux sont considérables.

Ces dernières semaines, nous avons assisté au début d’une de ces procédures judiciaires – en Afrique du Sud.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souscrit avec force à la politique pharmaceutique nationale sud-africaine de 1996 qui vise à « assurer un approvisionnement adéquat et fiable en médicaments sûrs d’un bon rapport coût/efficacité et de qualité acceptable à tous les Sud-Africains ainsi que l’usage rationnel des médicaments au niveau de la prescription, de la fourniture et de la consommation. »

L’OMS collabore étroitement avec le Gouvernement sud-africain à la formulation de cette politique et elle a activement aidé l’Afrique du Sud à l’appliquer. L’OMS approuve entièrement cette politique qui est à son avis en harmonie avec les positions qu’elle défend depuis longtemps sur la politique pharmaceutique nationale, sur l’accès aux médicaments essentiels, sur la qualité, l’innocuité et l’efficacité des médicaments et sur leur usage rationnel.

L’OMS souscrit entièrement à l’intention de la Loi de 1997 Medicine Act 90 qui est de rendre opérationnels les éléments clefs de la politique pharmaceutique nationale, y compris la substitution par des produits génériques, une concurrence accrue dans les achats publics de produits pharmaceutiques, l’amélioration de la qualité des produits et un usage plus rationnel des médicaments. Nous reconnaissons que le libellé de certaines parties de la Loi apparaissent à certaines sociétés comme une remise en cause de leurs droits. Au cours des dernières années, nous avons collaboré avec les différents intérêts en présence et de nombreux efforts ont été consentis pour déboucher sur une issue acceptable à tous.

Malheureusement, les négociations n’ont pas encore permis d’aboutir à un accord, et 39 sociétés pharmaceutiques ont contesté certaines parties de la Loi de 1997 au motif qu’elle sape la protection des brevets en conférant au ministre de la santé des pouvoirs trop larges de produire ou d’importer des versions moins coûteuses de médicaments qui sont encore protégés par des brevets.

A la demande du Ministère sud-africain de la Santé, l’OMS a contribué à rechercher une expertise juridique internationale pertinente pour aider le Gouvernement sud-africain et lui faire rapport.

Comme vous le savez, la procédure est provisoirement suspendue à l’heure actuelle. Nous espérons que de nouveaux efforts seront faits pour régler le différend et qu’ils seront couronnés de succès. Le seul résultat acceptable est que toutes les parties conjuguent leurs efforts pour arriver à une amélioration rapide de l’accès équitable aux médicaments essentiels pour tous les Sud-Africains qui en ont besoin.

Nous devons agir aussi au niveau mondial. Dans le nouvel environnement politique, il est devenu indispensable pour l’OMC et l’OMS de commencer à élaborer des principes propres à améliorer l’accès aux médicaments essentiels par une politique de prix différenciés ainsi que par un recours accru à un financement international. En avril, aura lieu sous l’égide des deux organisations la réunion d’un groupe international d’experts chargé d’élaborer plus avant ces principes et de trouver d’éventuelles solutions : ces travaux contribueront aussi aux discussions de l’Assemblée mondiale de la Santé .

Il serait toutefois naïf de croire qu’une simple réduction du prix des médicaments suffit pour garantir à chacun un accès à des soins de santé du niveau souhaité. Ainsi, on estime à 25 millions le nombre des Africains infectés par le VIH, dont 5 millions ont besoin de soins de santé faisant appel aux antirétroviraux. Or actuellement ils ne sont que quelque 10 000 à bénéficier de tels soins. Il faudrait donc multiplier le nombre de ceux qui y ont accès par 500, en ayant recours à des médicaments qui coûtent environ $600 par personne et par an. Par ailleurs, selon un calcul analogue il faudrait multiplier par 30 le nombre des Africains qui utilisent des moustiquaires imprégnées d’insecticide et ont accès à un traitement efficace contre le paludisme.

Un tel renforcement suppose des efforts financiers et humains qui dépassent de loin les possibilités des communautés africaines et de leurs systèmes de santé. Pour compliquer encore les choses, les perspectives de médicaments moins coûteux dont on entend largement parler ne font qu’accroître la demande de soins de la part du public. Les autorités nationales et les ministres de la santé se trouvent donc confrontés à des pressions considérables dont fort heureusement la communauté internationale commence à prendre conscience.

Quelle que soit la diminution des prix des médicaments et des biens, un accroissement massif de fonds s’impose pour améliorer l’accès des Africains à la prévention et aux soins, en ce qui concerne le paludisme, la tuberculose et le VIH, mais aussi les maladies de la mère et de l’enfant. La plus grande partie de ces fonds devront venir d’une aide accrue au développement ainsi que d’une atténuation de la dette. Il faut des ressources nouvelles. Les premiers calculs de la Commission Macroéconomie et Santé de l’OMS montrent qu’elles doivent être de l’ordre de US $10 milliards par an. Nous ne pouvons nous permettre de les prélever sur les fonds modestes qui sont déjà affectés à d’autres priorités du développement.

Pour amorcer une augmentation d’une telle envergure, l’OMS collabore avec les responsables de pays en développement et d’organismes donateurs afin de trouver de nouveaux moyens d’utiliser efficacement les ressources et de suivre l’évolution de la situation. Ainsi, nous collaborons avec les pays pour chercher à améliorer la capacité de leurs services de santé à prévenir les risques et traiter ceux qui y sont exposés, ainsi que leur capacité à acheter des médicaments et d’autres biens, à les distribuer et à veiller à leur bonne utilisation.

Pour ma part, je m’efforcerai en compagnie du Dr Samba et du Dr Gezairy, les Directeurs régionaux de l’OMS pour l’Afrique et pour la Méditerranée orientale, à ce que la direction de l’OMS s’attache à résoudre ces problèmes afin de contribuer à faire face à ceux auxquels sont confrontés les peuples d’Afrique. Cela vaut aussi bien pour notre action au sein des pays et des communautés que pour notre appui à l’OUA et aux autres groupes régionaux ou qu’à notre participation au Sommet d’Abuja, à la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies qui sera consacrée cette année au SIDA et à l’enfant, ainsi qu’à d’autres réunions au niveau mondial.

J’espère que vous continuerez à suivre l’ensemble des points essentiels dont va probablement être saisie l’Assemblée mondiale de la Santé dans deux mois à peine. Je sais que ce n’est pas facile vu les autres réunions auxquelles vous devrez consacrer votre temps ces prochaines semaines, à commencer par celles de la Commission des Droits de l’Homme. Il ressort de la session de janvier du Conseil exécutif que certains de ces points vont retenir une attention considérable.

J’espère que les discussions sur le budget mettront avant tout l’accent sur les meilleurs moyens de renforcer l’action face aux problèmes de santé qui touchent le plus ceux qui vivent dans les pays les plus pauvres. Je voudrais qu’on privilégie la recherche de moyens pour l’OMS de contribuer à stimuler cet effort et d’aider les pays à tirer le maximum des ressources pour la santé, aux niveaux national et régional, mais aussi au niveau mondial.

Je suis persuadée qu’il y aura un débat nourri sur les stratégies permettant d’améliorer l’accès aux médicaments essentiels et sur la riposte au VIH/SIDA. Il faudra donc aussi se préoccuper du renforcement de la fourniture des services de santé dans les pays en développement. Nous envisageons un nouvel examen attentif de la stratégie de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant et de la nécessité d’une surveillance mondiale des maladies et du Règlement sanitaire international. Ces questions revêtent une importance critique pour tous les pays.

N’hésitez pas à prendre contact avec les départements techniques – individuellement ou collectivement – si vous avez besoin d’informations sur l’une ou l’autre de ces questions.

Même si les obstacles sont nombreux, je suis convaincue que nous allons dans la bonne direction et qu’il y a lieu d’envisager l’avenir avec davantage de confiance. Je vous invite donc à partager mon enthousiasme et mon optimisme pour le chemin qui reste à parcourir.

Je vous remercie.

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