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Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Le Caire, Egypte,
1er octobre 2000


In English

Comité régional de la Méditerranée orientale 
Quarante-septième session

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Dr Gezairy,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

La première réunion du Comité régional en ce début de millénaire s’ouvre à un moment où de formidables possibilités s’offrent à nous et où les enjeux sont également considérables.

Je considère cette année comme un tournant dans notre effort collectif pour améliorer la santé des populations les plus pauvres du monde. Un réel changement commence à se faire jour dans la façon dont l’importance absolue de la santé est perçue tant au niveau national qu’au niveau international. Les décideurs apprécient en effet mieux désormais les répercussions au plan économique d’une amélioration de la santé.

J’ai toujours pensé qu’il était difficile d’apporter des changements réels dans la société si les dimensions économiques des problèmes n’étaient pas entièrement comprises par ceux qui prennent les décisions. C’est, par exemple, ce qui a transformé les préoccupations concernant l’environnement d’une cause que ne défendaient que des écologistes convaincus mais parfois marginalisés en une question qui interpelle désormais tous les principaux acteurs sur la scène nationale et internationale, à mesure que le coût de la dégradation de l’environnement apparaît plus clairement.

Le même phénomène est en train de se produire dans le domaine de la santé. Certains d’entre nous étaient réunis pour l’Assemblée mondiale de la Santé à Genève en mai. Plusieurs signes prometteurs laissaient déjà entrevoir que les décideurs de la planète étaient en train de prendre conscience d’une relation nouvelle et importante, à savoir que la santé est un facteur essentiel du développement économique et social et que l’amélioration de la santé des plus pauvres est essentielle pour briser les cycles de la pauvreté.

Depuis, nous avons constaté à certains signes que le monde était disposé à agir. En juillet, la 13e Conférence internationale sur le SIDA à Durban a établi de nouvelles normes, à savoir que toutes les personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde doivent avoir accès à des soins adéquats et que chacun, où qu’il se trouve, doit être en mesure de se protéger contre l’infection par le VIH.

A Durban également, la Commission européenne a annoncé qu’elle mettait un nouvel accent sur la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose. Elle a ensuite annoncé l’adoption d’un cadre politique prévoyant un accès amélioré aux biens et services sanitaires essentiels pour les plus pauvres, une action visant à réduire le prix des médicaments et produits vitaux et la création d’incitations à la recherche stratégique afin de mettre au point de nouveaux produits d’un meilleur rapport coût/efficacité pour la prévention, le diagnostic et le traitement.

Le même mois, au Japon, j’ai rejoint les dirigeants des pays du G8 lors de leur rencontre avec les dirigeants des pays clés du Groupe des 77. Le G8 s’est engagé ultérieurement en faveur d’une amélioration progressive de l’état de santé des communautés pauvres. Il a fait siennes les cibles fixées dans les instances internationales en vue de réduire d’ici à 2010 le nombre de décès dus au VIH, au paludisme, à la tuberculose et aux maladies de l’enfant.

Les perspectives de voir accroître le soutien accordé par les Etats Membres et les institutions des Nations Unies aux efforts visant à réduire les effets de ces maladies sur les plus pauvres sont désormais bien réelles. Nous devons mettre en place les moyens d’améliorer les résultats sur le plan sanitaire et d’accélérer les flux de ressources nouvelles. Cette action exigera un effort d’envergure.

Ces déclarations sont le fruit du travail considérable qu’ont accompli des milliers d’agents de santé, tous ceux qui sont impliqués dans la politique locale et nationale et beaucoup d’autres personnes présentes ici aujourd’hui. Vos efforts, que ce soit au sein de programmes locaux ou nationaux, lors de manifestations internationales ou d’initiatives régionales, ont permis d’appeler l’attention sur les souffrances inutiles des millions de personnes les plus pauvres du monde.

Monsieur le Président,

Si certains problèmes de santé ont fait la une des médias, nous serons bientôt les témoins de plusieurs réalisations importantes.

Je voudrais parler d’abord de la poliomyélite. L’effort en faveur de l’éradication mondiale se poursuit. Nous sommes en bonne voie pour certifier l’éradication mondiale de la poliomyélite en 2005 comme prévu, même si nous ne verrons sans doute pas le dernier cas de poliomyélite cette année comme nous l’avions espéré.

Pourtant, plus la réussite est proche, plus nous devons déployer d’efforts. Le rapport qui vous a été distribué pour la présente réunion indique qu'on observe encore des poliovirus sauvages indigènes dans certains pays de la Région. N’oublions pas que, tant qu’il subsiste des cas de poliomyélite dans le monde, nous sommes tous vulnérables. Nous sommes capables de mener à bien l’éradication mondiale si nous travaillons tous ensemble. C’est le message que j'ai livré lors du Sommet des partenaires contre la poliomyélite à New York au début de la semaine, lorsque nous avons lancé la stratégie pour ces cinq prochaines années.

La pandémie de VIH/SIDA est mondiale. Cette Région compte un très faible pourcentage du nombre estimatif total des cas enregistrés dans le monde et nous devons veiller à ce qu'il continue d'en être ainsi. Mais nous devons également reconnaître la vulnérabilité de certains groupes à haut risque et la possibilité que la population en général soit finalement affectée. La qualité et la précision des données de surveillance varient considérablement, d’où l’importance de renforcer nos efforts dans ce domaine. Si nous voulons mettre en œuvre de meilleures mesures de prévention, nous devons mieux comprendre les modes d’infection, qui sont les groupes à risque et pourquoi ils continuent à s’infecter.

Nous pouvons nous inspirer d’un large éventail d’expériences, ce qui est encourageant et nous donne lieu de nous montrer optimistes. En particulier sur la question de l’accès aux médicaments pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA, plusieurs pays dans le monde ont pris des mesures ambitieuses et courageuses. Alors que nous luttons pour élargir l’accès aux soins à toutes les personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde, nous devons nous inspirer des expériences mises en œuvre et en apprécier les réussites et les limites.

Une évolution intéressante s’est fait jour dans le domaine des soins aux malades vivant avec le VIH/SIDA. Des gouvernements et des organismes de développement travaillent ensemble depuis quelques mois pour permettre à un nombre accru de personnes vivant avec le VIH d’avoir accès aux soins dont elles ont besoin. Les beaux principes deviennent réalité.

Après l’Assemblée mondiale de la Santé en mai, l’OMS, en association avec l’ONUSIDA et d’autres institutions du système des Nations Unies, et conformément à son mandat, a continué à dialoguer avec l’industrie pharmaceutique. Un groupe de contact vient de se réunir pour la première fois. Il associe les Etats Membres, les institutions des Nations Unies et les représentants de l’industrie et d'ONG. Nous espérons que cette réunion se traduira par une augmentation substantielle du nombre de personnes qui, dans le monde, ont accès à des soins efficaces grâce à la mise en place croissante de systèmes de santé durables.

Cette initiative sera harmonisée avec les autres partenariats mondiaux et régionaux contre le SIDA. Des efforts sont déployés dans un premier temps dans la Région de l'Afrique, mais ils seront étendus peu après à d’autres Régions et déboucheront rapidement sur de réels changements.

Plusieurs autres problèmes de santé prioritaires sont maintenant la cible d’actions novatrices et efficaces menées en partenariat. Dans mon discours à l’Assemblée de la Santé en mai, j’ai évoqué l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination comme exemple majeur d’un nouveau modèle de partenariat pour la santé internationale. Au cours de l’Assemblée, les délégués des 74 pays concernés ont reçu des principes directeurs pour la soumission de propositions au Fonds mondial pour les vaccins de l’enfance et je les ai encouragés à répondre rapidement pour que l’aide puisse commencer à être acheminée aux pays avant la fin de l’année.

Cet appel a été entendu. Pas moins de 24 pays ont soumis des propositions au Secrétariat de l’Alliance mondiale dans les délais très brefs qui avaient été impartis. Un comité d’examen indépendant a constaté que 13 de ces propositions permettaient déjà aux pays concernés de recevoir des vaccins et/ou un appui financier direct, les premiers versements commençant en septembre. Les autres pays présenteront des informations supplémentaires pour la prochaine phase afin qu’eux aussi puissent obtenir un appui le plus rapidement possible. Et une vingtaine d’autres pays devraient présenter des propositions lors du prochain examen en octobre.

Le Fonds mondial finance des programmes qui ont été conçus par les pays. Il favorise la pérennité des systèmes de santé nationaux et la synergie entre les services de vaccination et les autres composantes des systèmes de santé.

Monsieur le Président,

Nous avons désormais établi clairement la relation entre l’idée d’amélioration de la santé et celle de progrès économique et social – aussi bien au plan individuel qu’au plan national. Investir dans la santé, c’est investir dans un avenir meilleur.

Comme vous le savez, l’OMS consacre une énergie toute particulière au renforcement de la lutte contre les maladies de la pauvreté. Cette action contribue en même temps à améliorer l’échange d’expérience, la collaboration et la synergie.

Les pays de toute cette Région aident à faire évoluer les partenariats qui arrêtent la tuberculose, rendent la maternité plus sûre et font reculer le paludisme. Les partenaires tirent des leçons de leurs expériences respectives. Les partenariats ont un certain nombre de traits communs : les pays occupent la position centrale, les partenaires reflétant les buts, les stratégies et les valeurs qu’ils partagent. Ils s’efforcent de répondre aux besoins des populations en tenant compte à la fois des intérêts des populations et des meilleures données factuelles disponibles. Les ressources sont utilisées avec soin et des comptes précis sont rendus aux bailleurs de fonds. L’établissement de partenariats dans le domaine de la santé internationale aide à édifier des systèmes de santé plus efficaces. Il permet aux autorités nationales de fixer le programme, donnant aux partenaires la possibilité d’approfondir leur engagement en faveur du développement sanitaire et de réactiver leurs contributions financière et technique aux services de santé des pays.

Pourtant, à mesure que nos objectifs deviennent plus ambitieux, nous avons besoin de mécanismes améliorés pour appliquer à l’échelle voulue des interventions d’une efficacité avérée. Il nous faut pour cela reconnaître que c’est le plus souvent sur le foyer, et non simplement à l’intérieur des services de santé, que doivent être dirigés la prévention et les soins. Il faut aussi associer un plus large éventail de partenaires. Les gouvernements ont en cela un rôle clef à jouer : définir le cadre et assurer la direction.

Cet enjeu colossal requiert un effort international massif. Je suis heureuse que le G8 ait reconnu la nécessité de cette action et se soit engagé à soutenir la réalisation des buts fixés. La Commission européenne a aussi traité de cette question jeudi, lors d’une table ronde, et le G8 tiendra une réunion des partenaires sur les modalités de l’action début décembre. L’OMS aidera à déterminer par quels moyens seront acheminées les ressources destinées à protéger la santé de ceux qui en ont besoin, à assurer l’utilisation efficace des ressources et la justification de leur utilisation.

Monsieur le Président,

Il y a quelques mois, les Etats Membres ont encouragé l’OMS à accentuer les activités concernant la salubrité des aliments, pressentant que ce domaine est appelé à revêtir une importance croissante au cours des années à venir à mesure que les échanges internationaux se multiplient et que les progrès scientifiques nous confrontent à des possibilités, des choix et des dilemmes nouveaux.

Comme dans de nombreux autres domaines de la santé, les ressources et la technologie permettant d’assurer la salubrité des aliments existent dans les pays industrialisés alors que la grande majorité des deux millions de décès annuels par des maladies d’origine alimentaire et hydrique frappent les pays en développement. La plupart de ceux-ci n’ont en effet ni la technologie, ni les ressources, ni l’infrastructure nécessaires pour assurer que les aliments produits et importés soient sûrs. Le rôle des institutions internationales est donc d’autant plus important et l’OMS veillera à ce que l’une de ses priorités fondamentales soit de diffuser largement l’information et d’échanger les données concernant les progrès des connaissances sur ce qui est sûr et ce qui ne l’est pas.

Dans ce que nous pouvons peut-être appeler la première génération de l’ingénierie biotechnologique, plusieurs produits améliorés sont arrivés sur le marché, dont on a dit qu’ils profitent aux producteurs plus qu’aux consommateurs. Le principal défi a alors été d’assurer la sécurité du point de vue du consommateur et de l’environnement.

Aujourd’hui, nous assistons à l’apparition d’une nouvelle génération de produits de la biotechnologie qui permettent d’escompter des améliorations de production et de la valeur nutritionnelle. Ces découvertes posent pourtant des questions nouvelles et plus compliquées en ce qui concerne la sécurité et les avantages. Veiller à ce que tous les aspects potentiels associés aux changements apportés à ces produits soient examinés minutieusement représentera un défi majeur.

En compagnie de la FAO, l’OMS fera tout son possible pour fournir aux décideurs l’information dont ils ont besoin sur ces questions. Nous veillerons à ce que des données scientifiques indépendantes de qualité soient réunies sous les auspices de l’OMS et diffusées aux canaux intergouvernementaux existants, comme la Commission du Codex Alimentarius. Le processus de réglementation de la qualité, de l’innocuité et de l’efficacité des produits pharmaceutiques est un élément important d’un système de santé. Les choix sont difficiles à faire pour les gouvernements, spécialement dans le cas de médicaments essentiels récents; ils ne peuvent pas investir dans quelques médicaments coûteux sans se soucier des autres aspects des soins. L’OMS continue à établir et à mettre au point des règles et des normes claires et pratiques pour aider les pays à assurer la qualité et l’innocuité de leurs médicaments. Conformément à la Stratégie pharmaceutique révisée, nous continuons de conseiller les gouvernements sur la manière d'évaluer les conséquences des accords de commerce internationaux sur la santé publique et de les informer des dispositions relatives à la protection de la santé publique contenues dans l'accord sur les ADPIC.

Des données scientifiques indépendantes et de qualité et l’accès de chacun à ces données sont au centre de nos efforts dans le domaine de la recherche en santé. Dans quelques jours, j’assisterai à la Conférence internationale pour la recherche en santé à Bangkok. Le défi que nous avons à relever consiste à améliorer la coordination, à fixer des priorités claires et à aider la recherche dans les pays en développement tout en préservant la pléthore d’entités de recherche en santé qui, avec force et dans la diversité, font constamment avancer les connaissances.

Monsieur le Président,

Un effort renouvelé pour lutter contre les maladies de la pauvreté peut contribuer au développement des systèmes de santé. J'ai été très heureuse d'assister au Conseil des ministres arabes de la santé à Beyrouth au début de l'année et de m'entretenir avec vous de la réforme des systèmes de santé. Depuis, nous avons accompli un énorme travail sur cette question.

La gestion d’un système de santé quel qu’il soit est une question d’équilibre : il s’agit de répondre à des besoins divergents, d’adapter les ressources aux besoins, de tenter de faire en sorte que tous aient accès aux soins nécessaires pour rester en bonne santé. Cet équilibre est particulièrement délicat à trouver dans les pays dont les dépenses de santé par habitant sont inférieures à, disons, US $100 par personne et par an. Il est encore bien plus difficile à trouver dans les situations où les institutions gouvernementales sont handicapées, voire paralysées, par des conflits.

J’ai perçu la nécessité d’aider les ministres de la santé à évaluer l’efficacité des systèmes de santé en tenant compte de trois objectifs vitaux : améliorer les résultats sur le plan sanitaire, répondre aux attentes de la population et assurer un financement équitable. Comme vous le savez, cette année, l’OMS a tenté une première évaluation de ce type, en utilisant des données limitées dont elle disposait, dans le Rapport sur la santé dans le monde, 2000.

Certes, le rapport a suscité de très larges discussions dans les médias nationaux et internationaux et entre les professionnels de la santé sur les meilleurs moyens d’évaluer les systèmes de santé, ainsi qu’un débat plus fondamental sur ce qui fait un bon système de santé.

J’espère que le débat aura aidé les législateurs et les professionnels de la santé. Il m’a certainement fourni – ainsi qu’à mes collaborateurs – de nouveaux éléments précieux. Nous collaborerons désormais étroitement avec les Etats Membres pour mieux utiliser les sources de données existantes et, le cas échéant, pour réunir de nouveaux éléments pour les évaluations annuelles de l’efficacité des systèmes de santé.

L’OMS collaborera en outre étroitement avec un certain nombre d’Etats Membres dans le cadre d’une initiative visant à rendre les systèmes de santé plus performants afin d’appliquer le nouveau cadre d’évaluation de l’OMS aux niveaux national et infranational ; d’utiliser cette analyse pour contribuer à la formulation d’une politique nationale ; et d'œuvrer pour faciliter un changement positif.

Monsieur le Président,

Les maladies non transmissibles posent de sérieux problèmes aux systèmes de santé et des décisions difficiles devront être prises concernant la répartition des ressources.

Pour la plupart des maladies non transmissibles, il existe un décalage entre l’exposition au risque et les effets visibles. Or, c’est maintenant que des décisions s’imposent pour faire face à cette transition épidémiologique. Au cours de ces 12 prochains mois, nous nous préoccuperons plus particulièrement de la santé mentale.

Il n’existe pas de pays ni de communauté qui soit à l’abri des maladies mentales et de leur impact psychologique, social et économique considérable. Pourtant, les sociétés dressent des obstacles au traitement et à la réintégration des personnes atteintes de troubles mentaux. Notre tâche est d’autant plus urgente que ni l’inaction – ni moins encore l’exclusion de ces personnes – ne se justifient. En 2001, la Journée mondiale de la Santé, le 7 avril, l’Assemblée mondiale de la Santé en mai et le Rapport sur la santé dans le monde auront tous pour thème la santé mentale. Ensemble, nous trouverons des solutions et nous nous efforcerons d’apporter les changements nécessaires.

Nous allons également apporter des changements dans un autre domaine prioritaire – la lutte antitabac. L’OMS est en première ligne dans ce combat mondial dont l’enjeu est la santé publique.

Une guerre du tabac ne nous intéresse pas. Nous devons tout simplement aider à réduire l'usage du tabac.

Nous disposons des éléments scientifiques pour convaincre. Nous savons qu’une plus lourde imposition contribue à réduire la consommation, mais se justifie également sur le plan économique, en particulier parmi les jeunes et les plus pauvres. Nous savons que la contrebande est un problème qui doit être résolu indépendamment de la question du prix. Et nous savons qu’à long terme le désengagement de l’Etat des sociétés productrices du tabac est une politique responsable – aussi bien sur le plan économique que sanitaire.

Les négociations sur la convention-cadre pour la lutte antitabac débuteront dans deux semaines ; ce sera la première fois que les responsables de la santé publique négocient un traité. Le processus que nous avons déclenché a déjà suscité un débat mondial et incité les pays, ainsi que les sociétés productrices de tabac, à envisager leurs actions sous l’angle de la santé publique. Le succès de la convention-cadre dépendra de notre capacité à fonder des décisions énergiques sur des données éloquentes.

Il y aura d’abord deux journées d'auditions publiques à Genève. Nous entendrons toutes les parties intéressées, y compris les producteurs de tabac et l’industrie. Puis, les négociations débuteront.

De nombreux pays de la Région ont appuyé les efforts accomplis en vue de l’élaboration de la convention-cadre. Je m’en félicite et je compte sur vous pour que ce soutien soit maintenu afin d’aboutir à une convention-cadre qui devienne un instrument fort et efficace de la lutte antitabac.

Monsieur le Président,

Il n’est nécessaire de rappeler à personne dans cette Région que les catastrophes et les crises, naturelles ou dues à l’homme, sont plus fréquentes et touchent toujours plus de gens dans le monde. Ainsi, dans la Région de la Méditerranée orientale, des conflits durent depuis des années en Afghanistan et en Somalie, et la lutte perdure au Soudan méridional. Nous prêtons assistance dans le cadre du programme d'échange de pétrole contre des denrées alimentaires et des médicaments en Irak. Nous fournissons une aide et des conseils en matière de santé à l'Autorité palestinienne. Des catastrophes naturelles telles que des séismes, des inondations et la sécheresse ont en outre affecté certains de ces pays, comme d'autres dans la Région.

En matière de situation d’urgence, il n’y a pas de raccourci possible. Se préparer aux catastrophes peut apparaître comme une activité qui n’utilise pas pleinement les ressources disponibles, mais l’expérience montre que chacun de nos pays est touché un jour d’une manière ou d’une autre. Il faut mettre l’accent sur la formation, sur la planification des services hospitaliers et sanitaires et sur la constitution de réserves.

L’OMS a une importante fonction à assumer avant, pendant et après les situations d’urgence. Nous devons aider les pays par une évaluation précise des dégâts et des besoins. Il nous faut assurer la meilleure coordination possible entre les organismes et veiller à ce que les secours d’urgence envisagent aussi les perspectives sanitaires à long terme pour que les dépenses consenties pour les situations d’urgence servent également à satisfaire les besoins du développement à long terme. Après quoi, l’OMS doit aider les pays à échanger leurs données d’expérience.

La santé peut aussi jouer un rôle important en tant que passerelle pour la paix, rapprochant ceux que les points de vue opposent autour de valeurs communes comme la vaccination des enfants et les soins aux infirmes.

Monsieur le Président,

Compte tenu des enjeux actuels pour nous tous – gouvernements et organismes techniques – quelles mesures allons-nous prendre, et que sont nos Etats Membres maintenant en droit d’attendre de l’OMS ?

L’OMS conserve son rôle unique. En toutes circonstances, notre objectif est l’intérêt des populations que nous servons, à savoir un état de santé optimal pour tous les habitants de nos 191 Etats Membres.

Je tiens à remercier le Dr Gezairy et l'ensemble du personnel du Bureau régional qui ont fait tout leur possible pour que nous puissions nous réunir aujourd'hui dans les nouveaux locaux du Bureau régional. Ce bâtiment est le fruit de la conjonction de nombreux efforts et je remercie en particulier le gouvernement hôte de son généreux soutien, ainsi que les autres donateurs de cette Région. La modernité de ces nouveaux locaux facilitera grandement notre tâche et nous serons ainsi mieux à même de vous servir.

En toutes circonstances, nous nous efforçons de nous appuyer dans notre travail sur les meilleures données factuelles, issues d’une minutieuse analyse de l’expérience acquise et des résultats de recherches pertinentes.

Le meilleur témoignage des changements entrepris à l’OMS pour mieux servir les Etats Membres est le budget programme 2002 -2003 que vous examinerez cette semaine et qui jouera un rôle capital dans l’accélération des changements et des réformes en cours à l’OMS. Tant par son contenu que par la manière dont il est élaboré, il se distingue sensiblement des précédents budgets biennaux.

Le budget reflète la nouvelle stratégie institutionnelle et indique par quels moyens le Secrétariat de l’OMS entend relever les défis liés à l’évolution rapide des problèmes de santé internationaux. Pour chaque domaine d’activité, le programme et le budget ont été élaborés selon un processus qui s’étend à toute l’Organisation et qui associe des personnels des bureaux régionaux et du Siège.

Trente-cinq domaines d’activités ont été recensés pour toute l’Organisation et c’est sur ces bases communes que repose notre travail. En même temps, les 11 priorités approuvées par le Conseil exécutif sont clairement définies et des ressources supplémentaires ont été allouées pour le financement de ces priorités.

Les propositions concernant l’exercice 2002-2003 font également suite à la décision prise par l’Assemblée de la Santé en 1998 de réorienter une partie des ressources du budget ordinaire entre les Régions. Vu la marge de manoeuvre que me laisse l’Assemblée de la Santé dans ce domaine, j’ai toutefois proposé un niveau de réaffectation un peu inférieur pour le prochain exercice, ce qui profitera aux Régions, comme celle de la Méditerranée orientale, dont la part diminue.

Tout ceci explique qu’il faut davantage encore privilégier une approche stratégique pour notre action dans les pays. Dans votre Région, la présence dans les pays est déjà forte et nous pourrons nous en prévaloir.

L'accueil favorable qui a été réservé au nouveau budget par les cinq comités régionaux lors de leurs réunions auxquelles j'ai assisté ces dernières semaines est des plus encourageants et j'espère que vous partagerez leur avis. Il a fallu adapter quelque peu les approches antérieures et les structures au niveau régional et nous devrons peaufiner notre travail dans la mise au point des propositions finales. Nous bénéficierons tous de cet effort concerté.

Monsieur le Président,

Les mentalités évoluent. La santé est plus que jamais à la une des médias. La santé est reconnue comme un élément central pour la réduction de la pauvreté et l’instauration de la croissance économique et du progrès social. Les bailleurs de fonds commencent à allouer des montants accrus en faveur d’interventions destinées à combattre la maladie. Les accords internationaux et la coopération mondiale apparaissent de plus en plus indispensables contre les menaces pour la santé telles que le tabac. Le fait est que la santé occupe désormais une place centrale dans le programme pour le développement.

La première décennie du siècle nouveau pourrait être celle qui verra les deux milliards d’êtres humains les plus démunis de la planète participer eux aussi à la révolution sanitaire.

Mais ce processus n’a rien d’irréversible. Nous devons continuer à travailler avec acharnement pour maintenir l’élan. Le moindre relâchement, et le rôle central de la santé dans le développement, qu’on croyait définitif, ne sera guère plus que la dernière théorie à la mode.

Une amélioration réelle et substantielle de la santé des plus démunis est à portée de main, mais cela suppose que nous ayons une conception réaliste de ce qu’il nous est possible de faire et de ce dont nous avons besoin pour réussir.

Premièrement, il faut qu’augmentent les ressources en faveur de la santé des plus démunis, fournies non seulement par les gouvernements, mais aussi par les donateurs et les fondations. Cette contribution doit s’ajouter aux engagements financiers existants et non les remplacer.

Deuxièmement, des résultats toujours meilleurs et mesurables seront constamment exigés. On verra se tarir les sources de financement supplémentaire si l’on est incapable de démontrer que des activités accrues ont permis d’améliorer les indicateurs en relativement peu de temps.

Troisièmement, il va de soi que le défi concerne en premier lieu les gouvernements de tous les Etats Membres. Le nouvel accent mis sur la santé entraînera des dépenses accrues pour les pays, qui devront renforcer leur capacité d’absorption et améliorer leur gestion. Les habitants d’un pays et leur gouvernement resteront toujours le principal moteur d’une amélioration sensible et durable de la santé.

Ensemble, efforçons-nous de saisir cette opportunité. Veillons à ce que, pendant cette décennie, la révolution sanitaire profite à tous.

Je vous remercie.

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