Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Dr Gezairy,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
La première réunion du Comité régional en ce début de
millénaire s’ouvre à un moment où de formidables possibilités s’offrent
à nous et où les enjeux sont également considérables.
Je considère cette année comme un tournant dans notre effort
collectif pour améliorer la santé des populations les plus pauvres
du monde. Un réel changement commence à se faire jour dans la façon
dont l’importance absolue de la santé est perçue tant au niveau
national qu’au niveau international. Les décideurs apprécient en
effet mieux désormais les répercussions au plan économique d’une
amélioration de la santé.
J’ai toujours pensé qu’il était difficile d’apporter des
changements réels dans la société si les dimensions économiques
des problèmes n’étaient pas entièrement comprises par ceux qui
prennent les décisions. C’est, par exemple, ce qui a transformé
les préoccupations concernant l’environnement d’une cause que ne
défendaient que des écologistes convaincus mais parfois
marginalisés en une question qui interpelle désormais tous les
principaux acteurs sur la scène nationale et internationale, à
mesure que le coût de la dégradation de l’environnement apparaît
plus clairement.
Le même phénomène est en train de se produire dans le domaine de
la santé. Certains d’entre nous étaient réunis pour l’Assemblée
mondiale de la Santé à Genève en mai. Plusieurs signes prometteurs
laissaient déjà entrevoir que les décideurs de la planète étaient
en train de prendre conscience d’une relation nouvelle et importante,
à savoir que la santé est un facteur essentiel du développement
économique et social et que l’amélioration de la santé des plus
pauvres est essentielle pour briser les cycles de la pauvreté.
Depuis, nous avons constaté à certains signes que le monde était
disposé à agir. En juillet, la 13e Conférence internationale
sur le SIDA à Durban a établi de nouvelles normes, à savoir que
toutes les personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde doivent
avoir accès à des soins adéquats et que chacun, où qu’il se
trouve, doit être en mesure de se protéger contre l’infection par
le VIH.
A Durban également, la Commission européenne a annoncé qu’elle
mettait un nouvel accent sur la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme
et la tuberculose. Elle a ensuite annoncé l’adoption d’un cadre
politique prévoyant un accès amélioré aux biens et services
sanitaires essentiels pour les plus pauvres, une action visant à
réduire le prix des médicaments et produits vitaux et la création d’incitations
à la recherche stratégique afin de mettre au point de nouveaux
produits d’un meilleur rapport coût/efficacité pour la prévention,
le diagnostic et le traitement.
Le même mois, au Japon, j’ai rejoint les dirigeants des pays du
G8 lors de leur rencontre avec les dirigeants des pays clés du Groupe
des 77. Le G8 s’est engagé ultérieurement en faveur d’une
amélioration progressive de l’état de santé des communautés
pauvres. Il a fait siennes les cibles fixées dans les instances
internationales en vue de réduire d’ici à 2010 le nombre de
décès dus au VIH, au paludisme, à la tuberculose et aux maladies de
l’enfant.
Les perspectives de voir accroître le soutien accordé par les
Etats Membres et les institutions des Nations Unies aux efforts visant
à réduire les effets de ces maladies sur les plus pauvres sont
désormais bien réelles. Nous devons mettre en place les moyens d’améliorer
les résultats sur le plan sanitaire et d’accélérer les flux de
ressources nouvelles. Cette action exigera un effort d’envergure.
Ces déclarations sont le fruit du travail considérable qu’ont
accompli des milliers d’agents de santé, tous ceux qui sont
impliqués dans la politique locale et nationale et beaucoup d’autres
personnes présentes ici aujourd’hui. Vos efforts, que ce soit au
sein de programmes locaux ou nationaux, lors de manifestations
internationales ou d’initiatives régionales, ont permis d’appeler
l’attention sur les souffrances inutiles des millions de personnes
les plus pauvres du monde.
Monsieur le Président,
Si certains problèmes de santé ont fait la une des médias, nous
serons bientôt les témoins de plusieurs réalisations importantes.
Je voudrais parler d’abord de la poliomyélite. L’effort en
faveur de l’éradication mondiale se poursuit. Nous sommes en bonne
voie pour certifier l’éradication mondiale de la poliomyélite en
2005 comme prévu, même si nous ne verrons sans doute pas le dernier
cas de poliomyélite cette année comme nous l’avions espéré.
Pourtant, plus la réussite est proche, plus nous devons déployer
d’efforts. Le rapport qui vous a été distribué pour la présente
réunion indique qu'on observe encore des poliovirus sauvages
indigènes dans certains pays de la Région. N’oublions pas que,
tant qu’il subsiste des cas de poliomyélite dans le monde, nous
sommes tous vulnérables. Nous sommes capables de mener à bien l’éradication
mondiale si nous travaillons tous ensemble. C’est le message que
j'ai livré lors du Sommet des partenaires contre la poliomyélite à
New York au début de la semaine, lorsque nous avons lancé la
stratégie pour ces cinq prochaines années.
La pandémie de VIH/SIDA est mondiale. Cette
Région compte un très faible pourcentage du nombre estimatif total
des cas enregistrés dans le monde et nous devons veiller à ce qu'il
continue d'en être ainsi. Mais nous devons également reconnaître la
vulnérabilité de certains groupes à haut risque et la possibilité
que la population en général soit finalement affectée. La qualité
et la précision des données de surveillance varient
considérablement, d’où l’importance de renforcer nos efforts
dans ce domaine. Si nous voulons mettre en œuvre de meilleures
mesures de prévention, nous devons mieux comprendre les modes d’infection,
qui sont les groupes à risque et pourquoi ils continuent à s’infecter.
Nous pouvons nous inspirer d’un large éventail d’expériences,
ce qui est encourageant et nous donne lieu de nous montrer optimistes.
En particulier sur la question de l’accès aux médicaments pour les
personnes vivant avec le VIH/SIDA, plusieurs pays dans le monde ont
pris des mesures ambitieuses et courageuses. Alors que nous luttons
pour élargir l’accès aux soins à toutes les personnes vivant avec
le VIH/SIDA dans le monde, nous devons nous inspirer des expériences
mises en œuvre et en apprécier les réussites et les limites.
Une évolution intéressante s’est fait jour dans le domaine des
soins aux malades vivant avec le VIH/SIDA. Des gouvernements et des
organismes de développement travaillent ensemble depuis quelques mois
pour permettre à un nombre accru de personnes vivant avec le VIH d’avoir
accès aux soins dont elles ont besoin. Les beaux principes deviennent
réalité.
Après l’Assemblée mondiale de la Santé en mai, l’OMS, en
association avec l’ONUSIDA et d’autres institutions du système
des Nations Unies, et conformément à son mandat, a continué à
dialoguer avec l’industrie pharmaceutique. Un groupe de contact
vient de se réunir pour la première fois. Il associe les Etats
Membres, les institutions des Nations Unies et les représentants de l’industrie
et d'ONG. Nous espérons que cette réunion se traduira par une
augmentation substantielle du nombre de personnes qui, dans le monde,
ont accès à des soins efficaces grâce à la mise en place
croissante de systèmes de santé durables.
Cette initiative sera harmonisée avec les autres partenariats
mondiaux et régionaux contre le SIDA. Des efforts sont déployés
dans un premier temps dans la Région de l'Afrique, mais ils seront
étendus peu après à d’autres Régions et déboucheront rapidement
sur de réels changements.
Plusieurs autres problèmes de santé prioritaires sont maintenant
la cible d’actions novatrices et efficaces menées en partenariat.
Dans mon discours à l’Assemblée de la Santé en mai, j’ai
évoqué l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination
comme exemple majeur d’un nouveau modèle de partenariat pour la
santé internationale. Au cours de l’Assemblée, les délégués des
74 pays concernés ont reçu des principes directeurs pour la
soumission de propositions au Fonds mondial pour les vaccins de l’enfance
et je les ai encouragés à répondre rapidement pour que l’aide
puisse commencer à être acheminée aux pays avant la fin de l’année.
Cet appel a été entendu. Pas moins de 24 pays ont soumis des
propositions au Secrétariat de l’Alliance mondiale dans les délais
très brefs qui avaient été impartis. Un comité d’examen
indépendant a constaté que 13 de ces propositions permettaient
déjà aux pays concernés de recevoir des vaccins et/ou un appui
financier direct, les premiers versements commençant en septembre.
Les autres pays présenteront des informations supplémentaires pour
la prochaine phase afin qu’eux aussi puissent obtenir un appui le
plus rapidement possible. Et une vingtaine d’autres pays devraient
présenter des propositions lors du prochain examen en octobre.
Le Fonds mondial finance des programmes qui ont été conçus par
les pays. Il favorise la pérennité des systèmes de santé nationaux
et la synergie entre les services de vaccination et les autres
composantes des systèmes de santé.
Monsieur le Président,
Nous avons désormais établi clairement la relation entre l’idée
d’amélioration de la santé et celle de progrès économique et
social – aussi bien au plan individuel qu’au plan national.
Investir dans la santé, c’est investir dans un avenir meilleur.
Comme vous le savez, l’OMS consacre une énergie toute
particulière au renforcement de la lutte contre les maladies de la
pauvreté. Cette action contribue en même temps à améliorer l’échange
d’expérience, la collaboration et la synergie.
Les pays de toute cette Région aident à faire évoluer les
partenariats qui arrêtent la tuberculose, rendent la maternité plus
sûre et font reculer le paludisme. Les partenaires tirent des leçons
de leurs expériences respectives. Les partenariats ont un certain
nombre de traits communs : les pays occupent la position centrale,
les partenaires reflétant les buts, les stratégies et les valeurs qu’ils
partagent. Ils s’efforcent de répondre aux besoins des populations
en tenant compte à la fois des intérêts des populations et des
meilleures données factuelles disponibles. Les ressources sont
utilisées avec soin et des comptes précis sont rendus aux bailleurs
de fonds. L’établissement de partenariats dans le domaine de la
santé internationale aide à édifier des systèmes de santé plus
efficaces. Il permet aux autorités nationales de fixer le programme,
donnant aux partenaires la possibilité d’approfondir leur
engagement en faveur du développement sanitaire et de réactiver
leurs contributions financière et technique aux services de santé
des pays.
Pourtant, à mesure que nos objectifs deviennent plus ambitieux,
nous avons besoin de mécanismes améliorés pour appliquer à l’échelle
voulue des interventions d’une efficacité avérée. Il nous faut
pour cela reconnaître que c’est le plus souvent sur le foyer, et
non simplement à l’intérieur des services de santé, que doivent
être dirigés la prévention et les soins. Il faut aussi associer un
plus large éventail de partenaires. Les gouvernements ont en cela un
rôle clef à jouer : définir le cadre et assurer la direction.
Cet enjeu colossal requiert un effort international massif. Je suis
heureuse que le G8 ait reconnu la nécessité de cette action et se
soit engagé à soutenir la réalisation des buts fixés. La
Commission européenne a aussi traité de cette question jeudi, lors d’une
table ronde, et le G8 tiendra une réunion des partenaires sur les
modalités de l’action début décembre. L’OMS aidera à
déterminer par quels moyens seront acheminées les ressources
destinées à protéger la santé de ceux qui en ont besoin, à
assurer l’utilisation efficace des ressources et la justification de
leur utilisation.
Monsieur le Président,
Il y a quelques mois, les Etats Membres ont encouragé l’OMS à
accentuer les activités concernant la salubrité des aliments,
pressentant que ce domaine est appelé à revêtir une importance
croissante au cours des années à venir à mesure que les échanges
internationaux se multiplient et que les progrès scientifiques nous
confrontent à des possibilités, des choix et des dilemmes nouveaux.
Comme dans de nombreux autres domaines de la santé, les ressources
et la technologie permettant d’assurer la salubrité des aliments
existent dans les pays industrialisés alors que la grande majorité
des deux millions de décès annuels par des maladies d’origine
alimentaire et hydrique frappent les pays en développement. La
plupart de ceux-ci n’ont en effet ni la technologie, ni les
ressources, ni l’infrastructure nécessaires pour assurer que les
aliments produits et importés soient sûrs. Le rôle des institutions
internationales est donc d’autant plus important et l’OMS veillera
à ce que l’une de ses priorités fondamentales soit de diffuser
largement l’information et d’échanger les données concernant les
progrès des connaissances sur ce qui est sûr et ce qui ne l’est
pas.
Dans ce que nous pouvons peut-être appeler la première
génération de l’ingénierie biotechnologique, plusieurs produits
améliorés sont arrivés sur le marché, dont on a dit qu’ils
profitent aux producteurs plus qu’aux consommateurs. Le principal
défi a alors été d’assurer la sécurité du point de vue du
consommateur et de l’environnement.
Aujourd’hui, nous assistons à l’apparition d’une nouvelle
génération de produits de la biotechnologie qui permettent d’escompter
des améliorations de production et de la valeur nutritionnelle. Ces
découvertes posent pourtant des questions nouvelles et plus
compliquées en ce qui concerne la sécurité et les avantages.
Veiller à ce que tous les aspects potentiels associés aux
changements apportés à ces produits soient examinés minutieusement
représentera un défi majeur.
En compagnie de la FAO, l’OMS fera tout son possible pour fournir
aux décideurs l’information dont ils ont besoin sur ces questions.
Nous veillerons à ce que des données scientifiques indépendantes de
qualité soient réunies sous les auspices de l’OMS et diffusées
aux canaux intergouvernementaux existants, comme la Commission du
Codex Alimentarius. Le processus de réglementation de la qualité, de
l’innocuité et de l’efficacité des produits pharmaceutiques est
un élément important d’un système de santé. Les choix sont
difficiles à faire pour les gouvernements, spécialement dans le cas
de médicaments essentiels récents; ils ne peuvent pas investir dans
quelques médicaments coûteux sans se soucier des autres aspects des
soins. L’OMS continue à établir et à mettre au point des règles
et des normes claires et pratiques pour aider les pays à assurer la
qualité et l’innocuité de leurs médicaments. Conformément à la
Stratégie pharmaceutique révisée, nous continuons de conseiller les
gouvernements sur la manière d'évaluer les conséquences des accords
de commerce internationaux sur la santé publique et de les informer
des dispositions relatives à la protection de la santé publique
contenues dans l'accord sur les ADPIC.
Des données scientifiques indépendantes et de qualité et l’accès
de chacun à ces données sont au centre de nos efforts dans le
domaine de la recherche en santé. Dans quelques jours, j’assisterai
à la Conférence internationale pour la recherche en santé à
Bangkok. Le défi que nous avons à relever consiste à améliorer la
coordination, à fixer des priorités claires et à aider la recherche
dans les pays en développement tout en préservant la pléthore d’entités
de recherche en santé qui, avec force et dans la diversité, font
constamment avancer les connaissances.
Monsieur le Président,
Un effort renouvelé pour lutter contre les maladies de la
pauvreté peut contribuer au développement des systèmes de santé.
J'ai été très heureuse d'assister au Conseil des ministres arabes
de la santé à Beyrouth au début de l'année et de m'entretenir avec
vous de la réforme des systèmes de santé. Depuis, nous avons
accompli un énorme travail sur cette question.
La gestion d’un système de santé quel qu’il soit est une
question d’équilibre : il s’agit de répondre à des besoins
divergents, d’adapter les ressources aux besoins, de tenter de faire
en sorte que tous aient accès aux soins nécessaires pour rester en
bonne santé. Cet équilibre est particulièrement délicat à trouver
dans les pays dont les dépenses de santé par habitant sont
inférieures à, disons, US $100 par personne et par an. Il est
encore bien plus difficile à trouver dans les situations où les
institutions gouvernementales sont handicapées, voire paralysées,
par des conflits.
J’ai perçu la nécessité d’aider les ministres de la santé
à évaluer l’efficacité des systèmes de santé en tenant compte
de trois objectifs vitaux : améliorer les résultats sur le plan
sanitaire, répondre aux attentes de la population et assurer un
financement équitable. Comme vous le savez, cette année, l’OMS a
tenté une première évaluation de ce type, en utilisant des données
limitées dont elle disposait, dans le Rapport sur la santé dans le
monde, 2000.
Certes, le rapport a suscité de très larges
discussions dans les médias nationaux et internationaux et entre les
professionnels de la santé sur les meilleurs moyens d’évaluer les
systèmes de santé, ainsi qu’un débat plus fondamental sur ce qui
fait un bon système de santé.
J’espère que le débat aura aidé les législateurs et les
professionnels de la santé. Il m’a certainement fourni – ainsi
qu’à mes collaborateurs – de nouveaux éléments précieux.
Nous collaborerons désormais étroitement avec les Etats Membres pour
mieux utiliser les sources de données existantes et, le cas échéant,
pour réunir de nouveaux éléments pour les évaluations annuelles de
l’efficacité des systèmes de santé.
L’OMS collaborera en outre étroitement avec un certain nombre d’Etats
Membres dans le cadre d’une initiative visant à rendre les
systèmes de santé plus performants afin d’appliquer le nouveau
cadre d’évaluation de l’OMS aux niveaux national et infranational ;
d’utiliser cette analyse pour contribuer à la formulation d’une
politique nationale ; et d'œuvrer pour faciliter un changement
positif.
Monsieur le Président,
Les maladies non transmissibles posent de sérieux problèmes aux
systèmes de santé et des décisions difficiles devront être prises
concernant la répartition des ressources.
Pour la plupart des maladies non transmissibles, il existe un
décalage entre l’exposition au risque et les effets visibles. Or, c’est
maintenant que des décisions s’imposent pour faire face à cette
transition épidémiologique. Au cours de ces 12 prochains mois,
nous nous préoccuperons plus particulièrement de la santé mentale.
Il n’existe pas de pays ni de communauté qui soit à l’abri
des maladies mentales et de leur impact psychologique, social et
économique considérable. Pourtant, les sociétés dressent des
obstacles au traitement et à la réintégration des personnes
atteintes de troubles mentaux. Notre tâche est d’autant plus
urgente que ni l’inaction – ni moins encore l’exclusion de ces
personnes – ne se justifient. En 2001, la Journée mondiale de la
Santé, le 7 avril, l’Assemblée mondiale de la Santé en mai
et le Rapport sur la santé dans le monde auront tous pour thème la
santé mentale. Ensemble, nous trouverons des solutions et nous nous
efforcerons d’apporter les changements nécessaires.
Nous allons également apporter des changements dans un autre
domaine prioritaire – la lutte antitabac. L’OMS est en
première ligne dans ce combat mondial dont l’enjeu est la santé
publique.
Une guerre du tabac ne nous intéresse pas. Nous devons tout
simplement aider à réduire l'usage du tabac.
Nous disposons des éléments scientifiques pour convaincre. Nous
savons qu’une plus lourde imposition contribue à réduire la
consommation, mais se justifie également sur le plan économique, en
particulier parmi les jeunes et les plus pauvres. Nous savons que la
contrebande est un problème qui doit être résolu indépendamment de
la question du prix. Et nous savons qu’à long terme le
désengagement de l’Etat des sociétés productrices du tabac est
une politique responsable – aussi bien sur le plan économique
que sanitaire.
Les négociations sur la convention-cadre pour la lutte antitabac
débuteront dans deux semaines ; ce sera la première fois que
les responsables de la santé publique négocient un traité. Le
processus que nous avons déclenché a déjà suscité un débat
mondial et incité les pays, ainsi que les sociétés productrices de
tabac, à envisager leurs actions sous l’angle de la santé publique.
Le succès de la convention-cadre dépendra de notre capacité à
fonder des décisions énergiques sur des données éloquentes.
Il y aura d’abord deux journées d'auditions publiques à Genève.
Nous entendrons toutes les parties intéressées, y compris les
producteurs de tabac et l’industrie. Puis, les négociations
débuteront.
De nombreux pays de la Région ont appuyé les efforts accomplis en
vue de l’élaboration de la convention-cadre. Je m’en félicite et
je compte sur vous pour que ce soutien soit maintenu afin d’aboutir
à une convention-cadre qui devienne un instrument fort et efficace de
la lutte antitabac.
Monsieur le Président,
Il n’est nécessaire de rappeler à personne dans cette Région
que les catastrophes et les crises, naturelles ou dues à l’homme,
sont plus fréquentes et touchent toujours plus de gens dans le monde.
Ainsi, dans la Région de la Méditerranée orientale, des conflits
durent depuis des années en Afghanistan et en Somalie, et la lutte
perdure au Soudan méridional. Nous prêtons assistance dans le cadre
du programme d'échange de pétrole contre des denrées alimentaires
et des médicaments en Irak. Nous fournissons une aide et des conseils
en matière de santé à l'Autorité palestinienne. Des catastrophes
naturelles telles que des séismes, des inondations et la sécheresse
ont en outre affecté certains de ces pays, comme d'autres dans la
Région.
En matière de situation d’urgence, il n’y a pas de raccourci
possible. Se préparer aux catastrophes peut apparaître comme une
activité qui n’utilise pas pleinement les ressources disponibles,
mais l’expérience montre que chacun de nos pays est touché un jour
d’une manière ou d’une autre. Il faut mettre l’accent sur la
formation, sur la planification des services hospitaliers et
sanitaires et sur la constitution de réserves.
L’OMS a une importante fonction à assumer avant, pendant et
après les situations d’urgence. Nous devons aider les pays par une
évaluation précise des dégâts et des besoins. Il nous faut assurer
la meilleure coordination possible entre les organismes et veiller à
ce que les secours d’urgence envisagent aussi les perspectives
sanitaires à long terme pour que les dépenses consenties pour les
situations d’urgence servent également à satisfaire les besoins du
développement à long terme. Après quoi, l’OMS doit aider les pays
à échanger leurs données d’expérience.
La santé peut aussi jouer un rôle important en tant que
passerelle pour la paix, rapprochant ceux que les points de vue
opposent autour de valeurs communes comme la vaccination des enfants
et les soins aux infirmes.
Monsieur le Président,
Compte tenu des enjeux actuels pour nous tous – gouvernements et
organismes techniques – quelles mesures allons-nous prendre, et que
sont nos Etats Membres maintenant en droit d’attendre de l’OMS ?
L’OMS conserve son rôle unique. En toutes circonstances, notre
objectif est l’intérêt des populations que nous servons, à savoir
un état de santé optimal pour tous les habitants de nos 191 Etats
Membres.
Je tiens à remercier le Dr Gezairy et l'ensemble du personnel du
Bureau régional qui ont fait tout leur possible pour que nous
puissions nous réunir aujourd'hui dans les nouveaux locaux du Bureau
régional. Ce bâtiment est le fruit de la conjonction de nombreux
efforts et je remercie en particulier le gouvernement hôte de son
généreux soutien, ainsi que les autres donateurs de cette Région.
La modernité de ces nouveaux locaux facilitera grandement notre
tâche et nous serons ainsi mieux à même de vous servir.
En toutes circonstances, nous nous efforçons de nous appuyer dans
notre travail sur les meilleures données factuelles, issues d’une
minutieuse analyse de l’expérience acquise et des résultats de
recherches pertinentes.
Le meilleur témoignage des changements entrepris à l’OMS pour
mieux servir les Etats Membres est le budget programme 2002 -2003 que
vous examinerez cette semaine et qui jouera un rôle capital dans l’accélération
des changements et des réformes en cours à l’OMS. Tant par son
contenu que par la manière dont il est élaboré, il se distingue
sensiblement des précédents budgets biennaux.
Le budget reflète la nouvelle stratégie institutionnelle et
indique par quels moyens le Secrétariat de l’OMS entend relever les
défis liés à l’évolution rapide des problèmes de santé
internationaux. Pour chaque domaine d’activité, le programme et le
budget ont été élaborés selon un processus qui s’étend à toute
l’Organisation et qui associe des personnels des bureaux régionaux
et du Siège.
Trente-cinq domaines d’activités ont été recensés pour toute
l’Organisation et c’est sur ces bases communes que repose notre
travail. En même temps, les 11 priorités approuvées par le Conseil
exécutif sont clairement définies et des ressources supplémentaires
ont été allouées pour le financement de ces priorités.
Les propositions concernant l’exercice 2002-2003 font également
suite à la décision prise par l’Assemblée de la Santé en 1998 de
réorienter une partie des ressources du budget ordinaire entre les
Régions. Vu la marge de manoeuvre que me laisse l’Assemblée de la
Santé dans ce domaine, j’ai toutefois proposé un niveau de
réaffectation un peu inférieur pour le prochain exercice, ce qui
profitera aux Régions, comme celle de la Méditerranée orientale,
dont la part diminue.
Tout ceci explique qu’il faut davantage encore privilégier une
approche stratégique pour notre action dans les pays. Dans votre
Région, la présence dans les pays est déjà forte et nous pourrons
nous en prévaloir.
L'accueil favorable qui a été réservé au nouveau budget par les
cinq comités régionaux lors de leurs réunions auxquelles j'ai
assisté ces dernières semaines est des plus encourageants et
j'espère que vous partagerez leur avis. Il a fallu adapter quelque
peu les approches antérieures et les structures au niveau régional
et nous devrons peaufiner notre travail dans la mise au point des
propositions finales. Nous bénéficierons tous de cet effort
concerté.
Monsieur le Président,
Les mentalités évoluent. La santé est plus que jamais à la une
des médias. La santé est reconnue comme un élément central pour la
réduction de la pauvreté et l’instauration de la croissance
économique et du progrès social. Les bailleurs de fonds commencent
à allouer des montants accrus en faveur d’interventions destinées
à combattre la maladie. Les accords internationaux et la coopération
mondiale apparaissent de plus en plus indispensables contre les
menaces pour la santé telles que le tabac. Le fait est que la santé
occupe désormais une place centrale dans le programme pour le
développement.
La première décennie du siècle nouveau pourrait être celle qui
verra les deux milliards d’êtres humains les plus démunis de la
planète participer eux aussi à la révolution sanitaire.
Mais ce processus n’a rien d’irréversible.
Nous devons continuer à travailler avec acharnement pour maintenir l’élan.
Le moindre relâchement, et le rôle central de la santé dans le
développement, qu’on croyait définitif, ne sera guère plus que la
dernière théorie à la mode.
Une amélioration réelle et substantielle de la santé des plus
démunis est à portée de main, mais cela suppose que nous ayons une
conception réaliste de ce qu’il nous est possible de faire et de ce
dont nous avons besoin pour réussir.
Premièrement, il faut qu’augmentent les
ressources en faveur de la santé des plus démunis, fournies non
seulement par les gouvernements, mais aussi par les donateurs et les
fondations. Cette contribution doit s’ajouter aux engagements
financiers existants et non les remplacer.
Deuxièmement, des résultats toujours meilleurs et
mesurables seront constamment exigés. On verra se tarir les sources
de financement supplémentaire si l’on est incapable de démontrer
que des activités accrues ont permis d’améliorer les indicateurs
en relativement peu de temps.
Troisièmement, il va de soi que le défi concerne en premier lieu
les gouvernements de tous les Etats Membres. Le nouvel accent mis sur
la santé entraînera des dépenses accrues pour les pays, qui devront
renforcer leur capacité d’absorption et améliorer leur gestion.
Les habitants d’un pays et leur gouvernement resteront toujours le
principal moteur d’une amélioration sensible et durable de la
santé.
Ensemble, efforçons-nous de saisir cette
opportunité. Veillons à ce que, pendant cette décennie, la
révolution sanitaire profite à tous.
Je vous remercie.
|