Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner les
paramètres initiaux de ce qui est en passe de devenir la première
convention de l’Organisation mondiale de la Santé sur la santé
publique. Nous avons entamé un débat mondial sur le tabac. Nos Etats
Membres ont hâte d’analyser le coût du tabagisme pour les
personnes et les gouvernements et ils sont tout aussi impatients de
disposer des données sur lesquelles fonder leur action. Tout décès
dû au tabac est évitable – tel est notre postulat.
Ce qui nous est proposé dans la convention-cadre
pour la lutte antitabac est un premier catalogue – un
menu –d’options possibles qui restera dans l’histoire comme
ce que nous avons fait pour que la santé publique ne connaisse plus
ce drame : la mort d’un être humain toutes les huit secondes
dans le monde. Ensemble, nous avons pris la mesure du problème.
Ensemble, nous lui trouverons une solution. Faisons en sorte que notre
génération soit la dernière à désespérer de ce fléau.
La tâche qui nous échoit est gigantesque, mais
force est d’admettre que nos difficultés, par rapport à la menace
que font peser sur la santé publique la consommation et la vente de
tabac, sont bien peu de choses. Les informations de plus en plus
précises issues de la recherche mondiale nous le montrent : nous
avons largement sous-estimé le nombre des victimes du tabagisme dans
le monde. Des informations récentes en provenance de l’Inde et de
la Chine révèlent que le tabac tue plus d’adultes qu’on ne le
pensait auparavant. Des données qui nous parviennent de pays tels que
le Brésil, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, Oman, l’Egypte, la
Chine et l’Inde indiquent à quel point le tabagisme est maintenant
répandu chez les jeunes et combien de nouveau-nés et d’enfants
sont affectés par le tabagisme passif. Bientôt, ce sera le tour d’autres
pays.
Nous allons consacrer ces deux journées à
définir les questions qui feront l’objet des négociations
intergouvernementales en octobre 2000.
En mai 1999, lorsque nous avons commencé, je vous
ai dit que la tâche ne serait pas facile – ni pour l’OMS ni
pour nos Etats Membres. Ces derniers mois, nous avons dû emprunter
des chemins inexplorés et traverser des zones de turbulence. De plus
en plus conscients que les obstacles que nous rencontrons sont dus à
l’ignorance plus qu’à une volonté réelle, nous devrons nous
assurer le concours de nombreux secteurs si nous voulons proposer au
monde un accord véritablement satisfaisant pour la santé publique.
La convention-cadre est un processus politique au
service de la santé publique. Et, comme tout processus politique,
elle n’aboutira que si nous assurons une participation plus large,
garantissons une réelle transparence et précisons le but ultime de
cet exercice.
Ce n’est pas seulement à Genève que cela se
passe. Dans toutes nos Régions, la logique de la convention-cadre est
désormais bien ancrée, les gouvernements se consultent et nous
consultent dans leur quête de solutions : une réunion de
parlementaires en Afrique ; une flamme antitabac qui sillonne l’Asie ;
la création prochaine, dans tous les pays des Amériques, de
commissions nationales qui formuleront des propositions pour la
convention-cadre ; l’adoption par l’Union européenne de
directives limitant de plus en plus la promotion, la propagation et la
consommation du tabac – la liste est longue et elle est loin d’être
close.
Nous ne sommes pas seuls. Nos partenaires de la
famille des Nations Unies et des institutions de Bretton Woods
sont aujourd’hui engagés sérieusement dans cette lutte pour sauver
des vies et préserver les économies. La création par le Secrétaire
général de l’Organisation des Nations Unies d’un Groupe spécial
interinstitutions, placé sous l’autorité de l’OMS, a multiplié
les possibilités de collaboration multisectorielle dans tout le
système ; la préparation technique de la convention-cadre a
déjà débuté sous l’égide de ce Groupe spécial. Les
participants à une réunion de ce Groupe, tenue à Rome au début du
mois, ont défini de nouveaux domaines de coopération technique entre
l’OMS et l’Organisation mondiale du Commerce afin de trouver des
éléments de synergie entre les accords de l’OMC et la
convention-cadre.
Depuis que nous avons entamé ce processus, nos
connaissances au niveau mondial ont fait des progrès considérables.
Par exemple, le travail d’élaboration de la convention-cadre
touchera progressivement le domaine tout entier de la réglementation
des produits du tabac. En réponse aux conclusions d’une réunion de
l’OMS tenue à Oslo le mois dernier, j’annoncerai bientôt la
création d’un comité consultatif scientifique sur la
réglementation des produits du tabac.
Au moment où nous abordons la phase cruciale des
négociations, nous avons déjà beaucoup appris et je suis convaincue
que nous continuerons à tirer de nombreux enseignements du débat qui
vient de s’ouvrir.
Les faits montrent que les producteurs de tabac, y
compris les ouvriers, qui perdent leur emploi le doivent davantage à
l’évolution des techniques et aux fusions entre multinationales du
tabac qu’à la stratégie de réduction progressive de la demande de
tabac que nous proposons. Ce changement que nous souhaitons prendra
des décennies. Si les taux actuels de consommation ne bougent pas, on
comptera en 2020 près de 400 millions de fumeurs de plus qu’aujourd’hui
si bien que, dans l’intervalle, la demande de cigarettes ne se sera
pas simplement maintenue, mais aura de fait augmenté.
L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation
et l’Agriculture examine à l’heure actuelle l’impact socio-économique
potentiel, sur les pays producteurs, d’une diminution mondiale à
long terme de la demande de tabac. L’OMS est en contact avec les
organisations qui représentent les ouvriers de l’industrie du tabac
ainsi que les planteurs afin de déterminer les mesures que les
pouvoirs publics pourraient être amenés à prendre.
Mesdames et Messieurs, le monde compte aujourd’hui
1 milliard 200 millions de fumeurs et, si les prévisions
actuelles se confirment, il pourrait y en avoir 400 millions de plus
en 2020. Notre but est d’inverser cette tendance et d’empêcher
les générations futures d’être victimes du tabac. Si nous
réussissons comme nous l’espérons, nous pourrions ramener ce
chiffre à 1 milliard d’ici à 2020.
Les dimensions transnationales de l’épidémie de
tabagisme qui déferle sur les pays exigent des solutions à la mesure
d’un problème mondial. Il faudra notamment appuyer la mise en
oeuvre des législations nationales existantes et à venir, et nous
doter aussi d’instruments internationaux pour protéger les
générations futures. Les pays ne peuvent s’attaquer seuls aux
problèmes que sont la publicité et la contrebande.
J’invite toutes les parties qui ont
véritablement à coeur l’amélioration de la santé publique à
travailler avec nous de manière constructive. L’OMS va organiser un
débat public sur la convention-cadre – le premier de ce type
dans son histoire. Ce débat, de deux jours, aura lieu à la fin du
mois de septembre ou au début du mois d’octobre 2000. Toutes les
parties intéressées seront invitées à fournir des commentaires
écrits et des témoignages, avec les documents de base correspondants.
Après le débat, l’OMS invitera toutes les parties qui le
souhaiteront à soumettre des argumentations écrites en réponse à
ces témoignages. Toutes les argumentations et tous les témoignages
seront officiellement enregistrés et communiqués aux délégués
appelés à participer aux négociations sur la convention-cadre.
Ainsi, le débat restera public.
Alors que je regarde autour de moi dans cette salle
et pense au travail que nous avons déjà accompli ensemble, un mot
– un seul – me vient à l’esprit : félicitations.
Il y a vingt mois, rares étaient ceux qui pensaient que nous
pourrions nous engager dans cette voie ensemble, et encore moins que
nous pourrions aller aussi loin. Il y a vingt mois, nombreux étaient
ceux qui, dans le secteur de la santé publique, se demandaient s’il
était possible de faire ce que nous disions. Il nous faut maintenant
continuer à aller de l’avant avec détermination, compétence et la
volonté de réussir.
Je vous remercie.