WHO Home Page

Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

27 Mars 2000


In English

Deuxième réunion du groupe de travail de l’OMS sur la convention-cadre pour la lutte antitabac

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner les paramètres initiaux de ce qui est en passe de devenir la première convention de l’Organisation mondiale de la Santé sur la santé publique. Nous avons entamé un débat mondial sur le tabac. Nos Etats Membres ont hâte d’analyser le coût du tabagisme pour les personnes et les gouvernements et ils sont tout aussi impatients de disposer des données sur lesquelles fonder leur action. Tout décès dû au tabac est évitable – tel est notre postulat.

Ce qui nous est proposé dans la convention-cadre pour la lutte antitabac est un premier catalogue – un menu –d’options possibles qui restera dans l’histoire comme ce que nous avons fait pour que la santé publique ne connaisse plus ce drame : la mort d’un être humain toutes les huit secondes dans le monde. Ensemble, nous avons pris la mesure du problème. Ensemble, nous lui trouverons une solution. Faisons en sorte que notre génération soit la dernière à désespérer de ce fléau.

La tâche qui nous échoit est gigantesque, mais force est d’admettre que nos difficultés, par rapport à la menace que font peser sur la santé publique la consommation et la vente de tabac, sont bien peu de choses. Les informations de plus en plus précises issues de la recherche mondiale nous le montrent : nous avons largement sous-estimé le nombre des victimes du tabagisme dans le monde. Des informations récentes en provenance de l’Inde et de la Chine révèlent que le tabac tue plus d’adultes qu’on ne le pensait auparavant. Des données qui nous parviennent de pays tels que le Brésil, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, Oman, l’Egypte, la Chine et l’Inde indiquent à quel point le tabagisme est maintenant répandu chez les jeunes et combien de nouveau-nés et d’enfants sont affectés par le tabagisme passif. Bientôt, ce sera le tour d’autres pays.

Nous allons consacrer ces deux journées à définir les questions qui feront l’objet des négociations intergouvernementales en octobre 2000.

En mai 1999, lorsque nous avons commencé, je vous ai dit que la tâche ne serait pas facile – ni pour l’OMS ni pour nos Etats Membres. Ces derniers mois, nous avons dû emprunter des chemins inexplorés et traverser des zones de turbulence. De plus en plus conscients que les obstacles que nous rencontrons sont dus à l’ignorance plus qu’à une volonté réelle, nous devrons nous assurer le concours de nombreux secteurs si nous voulons proposer au monde un accord véritablement satisfaisant pour la santé publique.

La convention-cadre est un processus politique au service de la santé publique. Et, comme tout processus politique, elle n’aboutira que si nous assurons une participation plus large, garantissons une réelle transparence et précisons le but ultime de cet exercice.

Ce n’est pas seulement à Genève que cela se passe. Dans toutes nos Régions, la logique de la convention-cadre est désormais bien ancrée, les gouvernements se consultent et nous consultent dans leur quête de solutions : une réunion de parlementaires en Afrique ; une flamme antitabac qui sillonne l’Asie ; la création prochaine, dans tous les pays des Amériques, de commissions nationales qui formuleront des propositions pour la convention-cadre ; l’adoption par l’Union européenne de directives limitant de plus en plus la promotion, la propagation et la consommation du tabac – la liste est longue et elle est loin d’être close.

Nous ne sommes pas seuls. Nos partenaires de la famille des Nations Unies et des institutions de Bretton Woods sont aujourd’hui engagés sérieusement dans cette lutte pour sauver des vies et préserver les économies. La création par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies d’un Groupe spécial interinstitutions, placé sous l’autorité de l’OMS, a multiplié les possibilités de collaboration multisectorielle dans tout le système ; la préparation technique de la convention-cadre a déjà débuté sous l’égide de ce Groupe spécial. Les participants à une réunion de ce Groupe, tenue à Rome au début du mois, ont défini de nouveaux domaines de coopération technique entre l’OMS et l’Organisation mondiale du Commerce afin de trouver des éléments de synergie entre les accords de l’OMC et la convention-cadre.

Depuis que nous avons entamé ce processus, nos connaissances au niveau mondial ont fait des progrès considérables. Par exemple, le travail d’élaboration de la convention-cadre touchera progressivement le domaine tout entier de la réglementation des produits du tabac. En réponse aux conclusions d’une réunion de l’OMS tenue à Oslo le mois dernier, j’annoncerai bientôt la création d’un comité consultatif scientifique sur la réglementation des produits du tabac.

Au moment où nous abordons la phase cruciale des négociations, nous avons déjà beaucoup appris et je suis convaincue que nous continuerons à tirer de nombreux enseignements du débat qui vient de s’ouvrir.

Les faits montrent que les producteurs de tabac, y compris les ouvriers, qui perdent leur emploi le doivent davantage à l’évolution des techniques et aux fusions entre multinationales du tabac qu’à la stratégie de réduction progressive de la demande de tabac que nous proposons. Ce changement que nous souhaitons prendra des décennies. Si les taux actuels de consommation ne bougent pas, on comptera en 2020 près de 400 millions de fumeurs de plus qu’aujourd’hui si bien que, dans l’intervalle, la demande de cigarettes ne se sera pas simplement maintenue, mais aura de fait augmenté.

L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture examine à l’heure actuelle l’impact socio-économique potentiel, sur les pays producteurs, d’une diminution mondiale à long terme de la demande de tabac. L’OMS est en contact avec les organisations qui représentent les ouvriers de l’industrie du tabac ainsi que les planteurs afin de déterminer les mesures que les pouvoirs publics pourraient être amenés à prendre.

Mesdames et Messieurs, le monde compte aujourd’hui 1 milliard 200 millions de fumeurs et, si les prévisions actuelles se confirment, il pourrait y en avoir 400 millions de plus en 2020. Notre but est d’inverser cette tendance et d’empêcher les générations futures d’être victimes du tabac. Si nous réussissons comme nous l’espérons, nous pourrions ramener ce chiffre à 1 milliard d’ici à 2020.

Les dimensions transnationales de l’épidémie de tabagisme qui déferle sur les pays exigent des solutions à la mesure d’un problème mondial. Il faudra notamment appuyer la mise en oeuvre des législations nationales existantes et à venir, et nous doter aussi d’instruments internationaux pour protéger les générations futures. Les pays ne peuvent s’attaquer seuls aux problèmes que sont la publicité et la contrebande.

J’invite toutes les parties qui ont véritablement à coeur l’amélioration de la santé publique à travailler avec nous de manière constructive. L’OMS va organiser un débat public sur la convention-cadre – le premier de ce type dans son histoire. Ce débat, de deux jours, aura lieu à la fin du mois de septembre ou au début du mois d’octobre 2000. Toutes les parties intéressées seront invitées à fournir des commentaires écrits et des témoignages, avec les documents de base correspondants. Après le débat, l’OMS invitera toutes les parties qui le souhaiteront à soumettre des argumentations écrites en réponse à ces témoignages. Toutes les argumentations et tous les témoignages seront officiellement enregistrés et communiqués aux délégués appelés à participer aux négociations sur la convention-cadre. Ainsi, le débat restera public.

Alors que je regarde autour de moi dans cette salle et pense au travail que nous avons déjà accompli ensemble, un mot – un seul – me vient à l’esprit : félicitations. Il y a vingt mois, rares étaient ceux qui pensaient que nous pourrions nous engager dans cette voie ensemble, et encore moins que nous pourrions aller aussi loin. Il y a vingt mois, nombreux étaient ceux qui, dans le secteur de la santé publique, se demandaient s’il était possible de faire ce que nous disions. Il nous faut maintenant continuer à aller de l’avant avec détermination, compétence et la volonté de réussir.

Je vous remercie.

Return to Director General's main page