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Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Organisation des Nations Unies, New York,
3 mars 1999

In English

Commission de la Condition de la Femme

Madame le Président,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Chers collègues et amis,

Je suis ici aujourd'hui pour affirmer la volonté de l'Organisation mondiale de la Santé de faire avancer la cause de la santé des femmes.

C'est d'abord pour elles-mêmes qu'il est important que les femmes soient en bonne santé. Mais c'est aussi important pour leurs familles, pour la communauté et pour la société. La santé des femmes est en réalité l'un des fondements d'un développement humain durable.

Promouvoir et garantir la santé de la femme est une priorité pour l'OMS, l'une des nombreuses organisations associées au processus qui a été entamé à Mexico, et même avant, et qui n'a pas pris fin au Caire ni à Beijing. Ce processus a été conduit et nourri par le mouvement international en faveur de la santé des femmes, l'un des mouvements sociaux les plus vastes et les plus efficaces de l'histoire contemporaine. Vous-mêmes en faites partie.

Les problèmes auxquels nous sommes tous confrontés sont au coeur du développement humain et de l'équité. Passons brièvement en revue quelques-uns d'entre eux :

Le problème de la pauvreté : 70% des 1,3 milliards d'habitants du globe vivant dans le dénuement sont des femmes.

Le problème de l'analphabétisme : sur 900 millions d'analphabètes, les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes.

Le problème de la malnutrition : les femmes sont deux fois plus nombreuses à souffrir d'anémie due à une carence en fer que les hommes.

Le problème de la mortalité maternelle : les femmes continuent de mourir en couches, drame inadmissible compte tenu des progrès technologiques actuels. Aujourd'hui encore, plus de 500 000 décès par an sont liés à la grossesse.

Le problème de l'inégalité de salaires : en moyenne, les femmes sont payées 30 à 40% de moins que les hommes pour un travail comparable.

Le problème du pouvoir économique : dans les pays en développement, un administrateur ou directeur sur sept seulement est une femme. Les pays développés ont aussi quant à eux beaucoup de progrès à faire pour arriver à la parité.

Le problème du pouvoir politique : au niveau mondial, 10% seulement des sièges de parlementaires et 6% des postes ministériels sont occupés par des femmes.

  • Si le développement consiste à élargir les choix offerts aux femmes comme aux hommes,
  • si le développement consiste à assurer une répartition équitable des ressources, des responsabilités et des rétributions qui permettent aux femmes et aux hommes d'élargir leurs choix, y compris en matière de santé,
  • alors l'interaction entre appartenance sexuelle et pauvreté constitue le principal facteur qui entrave le développement humain.

Les stratégies de développement montrent qu'un investissement dans la santé des femmes est aussi rentable sur le plan économique que social. Pour libérer le potentiel que représentent les femmes, nous devons mettre fin à la discrimination et nous attaquer franchement à ces problèmes fondamentaux.

Pour relever les défis que pose la santé des femmes, nous devons reconnaître plusieurs "réalités":

1. La première "réalité" est que, pendant longtemps, et à juste titre, l'accent a été mis sur les années de procréation. Les femmes étaient essentiellement assimilées à des "Amères". Le moment est venu, cependant, d'axer notre attention, par-delà la sexualité et la santé génésique des femmes, sur leurs différents besoins tout au long de la vie.

Si la sexualité et la santé génésique des femmes sont au coeur même de la question du renforcement de l'autonomie des femmes, Le Caire et Beijing nous ont mis au défi d'élargir notre vision.

Il me semble que nous nous sommes trop limités à la fourniture de services de planification familiale et à la distribution de contraceptifs principalement aux femmes. Je ne conteste certainement pas l'urgente nécessité des services de planification familiale et de l'accès aux technologies de la contraception, mais nous devons reconnaître que l'accès aux services de santé de la reproduction et la capacité à en faire usage dépendent de la possibilité qu'ont les femmes d'exercer leur droit à faire ces choix. Nous devons intégrer dans notre mode de pensée les notions de droits des femmes et de renforcement de leur autonomie, de rôle et de responsabilités des hommes dans la conception, la procréation, et la prévention et le traitement des infections génitales et des maladies sexuellement transmissibles, VIH/SIDA compris.

Le mois dernier, à La Haye, dans le cadre du bilan dressé à la suite de la CIPD, j'ai écouté les participants décrire comment les politiques avaient été modifiées et de nouvelles approches programmatiques adoptées dans le domaine de la sexualité et de la santé génésique. S'il reste beaucoup à faire, la sexualité et la santé reproductive, de même que les droits des femmes et des hommes dans ce domaine évoluent rapidement dans la plupart des pays.

2. La deuxième "réalité"est la nécessité pour nos institutions, dans le domaine de la santé des femmes, de travailler avec une multitude de partenaires. Les Conférences du Caire et de Beijing ont rappelé au monde qu'il n'était plus possible d'utiliser les femmes comme un instrument de politique publique sans les faire participer à l'élaboration d'un consensus en faveur du changement social. Je me suis engagée à faire en sorte que l'OMS travaille en partenariat, et s'inspire des avantages comparatifs de nombreux groupes d'intérêt.

3. La troisième "réalité" est que, lorsque nous parlons d'équité en matière de santé, nous oublions que cela concerne aussi la répartition des responsabilités dans le secteur de la santé. La santé des femmes ne se limite pas à l'état de santé des femmes; elle recouvre aussi les femmes qui travaillent dans le domaine de la santé à tous les niveaux. Je ne songe pas seulement aux agents de santé mais également aux millions de femmes à qui nous faisons appel chaque jour dans notre travail sur la santé aux niveaux national et communautaire. Où serions-nous sans ces femmes ? Les professionnels de la santé au niveau local sont parfaitement conscients de l'importance des femmes dans la réussite de leurs interventions. Mais on s'est surtout préoccupé de savoir comment utiliser les femmes pour accéder à d'autres personnes, qu'il s'agisse des membres de leur famille ou des communautés dans lesquelles elles vivent. La participation bénévole des femmes est recherchée pour atténuer l'impact de la réduction des ressources publiques et pour assurer l'utilisation plus efficace des ressources qui sont disponibles.

Si les femmes, mais aussi les hommes, doivent être associés aux faits et aux processus qui façonnent leur vie, nous devons prendre conscience des rôles multiples que les femmes en particulier endossent au cours d'une journée, et nous assurer que les activités de santé ne représentent pas un fardeau insupportable. Il est essentiel de veiller à ce que les femmes aient accès aux ressources et la possibilité de gérer les ressources nécessaires pour assumer des responsabilités communautaires en matière de santé.

4. La quatrième "réalité" est qu'il nous faut élargir notre vision de la santé des femmes et l'étendre à la vie dans toute sa durée. Nous avons tendance à diviser la vie des femmes et leur santé en petits compartiments bien distincts qui nous facilitent la tâche au niveau de l'Organisation. Nous devons tenir pleinement compte, dans notre travail, du lien qui existe entre le foetus de sexe féminin, la fillette, le développement de la jeune fille, son passage par l'adolescence et l'âge adulte, et la façon dont elle vivra la fin de sa vie. Et dans notre travail, nous devons réfléchir davantage à la santé des femmes âgées, en particulier après la période de procréation, pendant ces années de plus en plus nombreuses qui leur restent à vivre et dont elles profiteront d'autant mieux qu'elles seront en bonne santé.

Que fait l'OMS face à ce constat ?

Premièrement, nous ne pouvons envisager la santé des femmes de façon isolée. Les hommes, les pères, les frères, les époux, les fils jouent un rôle important. Les femmes vivent dans des contextes sociaux complexes et les rôles spécifiques des hommes et des femmes comme les relations entre hommes et femmes sont ancrés dans ce contexte. Pour améliorer la santé des femmes, nous devons analyser les déterminants de l'état de santé des femmes dans la réalité de leur vie. C'est pourquoi je me suis engagée à inscrire une perspective sexospécifique dans toute l'activité de santé de l'OMS.

C'est dans cet objectif que nous nous employons à définir une politique tenant compte des préoccupations des femmes à l'OMS. Cette question sera examinée par le Cabinet la semaine prochaine, par les comités régionaux cet automne et par les Etats Membres et l'Assemblée mondiale de la Santé en l'an 2000.

Pourquoi une perspective sexospécifique est-elle importante et que signifie-t-elle ? Une perspective sexospécifique est axée sur les rôles et les relations entre hommes et femmes et sur l'impact qu'ils ont sur leur santé et leur développement. Il faut aussi rappeler que la sexospécificité déborde le cadre des relations individuelles, à un niveau personnel, entre les sexes. Elle prend également en compte les valeurs et les normes qui imprègnent les sociétés et les institutions, les organisations, y compris les systèmes de santé et les systèmes juridiques.

A l'OMS, nous nous proposons de reconnaître comment l'interaction entre la sexospécificité et les différences biologiques entre les sexes déterminent l'exposition des femmes et des hommes à la maladie, et j'en ai pris l'engagement.

Permettez-moi de vous montrer, à l'aide de quelques exemples précis, comment une volonté d'équité entre les sexes pourra nous aider à agir plus efficacement dans toute l'OMS.

Au sujet du paludisme, nous savons que c'est en grande partie à cause de la biologie que les conséquences de la maladie sont plus graves pour les femmes. Mais, du fait de leur appartenance sexuelle, les femmes sont plus exposées à la maladie et en souffrent davantage. Dans les communautés où le paludisme est endémique, il est recommandé d'utiliser des moustiquaires imprégnées d'insecticide pour se protéger. Mais nous devons être sûrs que les femmes, comme les autres membres de la famille, puissent dormir à l'abri d'une moustiquaire.

Dans le domaine des maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH/SIDA, le fait d'être une femme peut être fatal puisque la vulnérabilité biologique des femmes à ces maladies est plus grande. Par ailleurs, les normes sociales qui imposent d'accepter la promiscuité masculine, donnent davantage de valeur à ce qui est masculin, encouragent la passivité des femmes et les privent d'une existence sociale sont des facteurs qui exposent les femmes à des risques accrus.

Pour ce qui est des systèmes et des services de santé, quand des hommes et des femmes demandent à être soignés pour la même maladie, le diabète ou l'hypertension par exemple, nous devons étudier comment les agents de santé sont influencés par d'éventuels préjugés sexistes dans la façon dont ils s'occupent des clients hommes ou femmes. Nous avons pu constater que, dans les dispensaires, les femmes attendent plus longtemps que les hommes, qu'elles sont souvent moins bien informées que les hommes sur leur maladie mais que, plus que les hommes, elles veillent à ce que leurs partenaires observent les traitements prescrits.

La violence et les troubles mentaux sont également vécus différemment selon que l'on est un homme ou une femme. Au sujet de la violence, les données montrent que la mortalité masculine par accidents et actes de violence est plus élevée. Nous devons étudier plus à fond l'influence des attitudes et des comportements considérés comme typiquement "masculins", l'agressivité et la prise de risque par exemple, afin que puissent être mises au point des actions efficaces dès l'enfance. Les données montrent que c'est à ces comportements que l'on doit les statistiques alarmantes sur les violences domestiques dont sont victimes les femmes dans les pays développés comme dans les pays en développement. Au sujet des troubles mentaux, les femmes souffrent deux fois plus de dépression que les hommes. Cet écart peut être attribué en partie à des différences biologiques, mais le fait que les femmes ne soient souvent pas maîtres de leur propre vie peut être un facteur aggravant.

Dans le domaine de l'hygiène du milieu, nous devons étudier comment interagissent les données biologiques et sexospécifiques pour protéger ou exposer différemment les hommes et les femmes aux risques liés à l'environnement. Il nous faut aussi approfondir nos connaissances de la façon dont les différences biologiques entre les sexes peuvent affecter différemment la santé d'hommes et de femmes exposés au même risque.

Comment les politiques de développement conduites par nos gouvernements touchent-elles différemment la santé et le bien-être des hommes et des femmes ? Certaines formulations qui paraissent s'appliquer indifféremment aux deux sexes ont en fait des implications sexistes cachées. Elles peuvent par exemple concerner des transferts de coûts du secteur structuré de l'économie au secteur informel qui, souvent, repose sur l'utilisation d'une main-d'oeuvre féminine non rémunérée.

La publicité agressive des marques de tabac utilise souvent des stéréotypes sexospécifiques dans des messages qui prennent pour cible les femmes et les jeunes filles pour les inciter à se mettre à fumer et à continuer. Les recherches montrent que les femmes réussissent moins facilement que les hommes à se débarrasser de l'habitude de fumer. Une approche sexospécifique pourrait nous aider à améliorer les programmes conçus pour aider les gens à s'arrêter de fumer.

Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup à gagner à intégrer une dimension sexospécifique dans toutes nos activités. Elle nous permettra de recueillir des informations supplémentaires à l'intention des décideurs, des administrateurs de programmes, des communautés et des femmes elles-mêmes. Elle permettra et accélérera le changement.

Mesdames et Messieurs les membres de la Commission, Mesdames et Messieurs les délégués,

Pour cela, nous avons besoin d'informations. Pour appliquer une approche intégrant la distinction hommes/femmes, nous avons d'abord besoin de données ventilées par sexe. Nous ne pouvons savoir ce qui se passe au sujet des hommes et des femmes si nous ne disposons pas de données sur lesquelles baser une analyse comparative. Vous devez contribuer à alimenter la base de connaissances mondiales dans ce domaine. Les données que recueillent vos pays sur les grands problèmes de santé doivent être classées par sexe. Si vous nous donnez de telles informations, l'OMS pourra constituer à son tour des bases de données par sexe à partir desquelles vous pourrez mettre au point des actions sanitaires plus équitables et plus efficaces.

Mais il ne suffit pas d'avoir des données par sexe. Nous devons aussi apprendre à analyser le sens des données. C'est pourquoi j'étudie le moyen le plus efficace d'inscrire une perspective sexospécifique au centre de toutes les activités de l'OMS.

Outre que j'ai entamé une politique favorable à l'égalité des sexes au sein de l'Organisation, j'ai créé un Groupe Bases factuelles et information à l'appui des politiques qui est chargé de recueillir des données mondiales par sexe et par âge sur toutes les questions de santé. C'est aussi dans ce Groupe que se trouve le point focal pour l'intégration de la perspective sexospécifique qui s'occupe de coordonner les activités à travers les programmes, les Régions et les pays. Je suis moi-même ce processus de très près.

Comme vous le savez peut-être, j'ai sensiblement augmenté le nombre des femmes qui occupent des postes aux plus hauts niveaux de l'Organisation. Je continuerai à oeuvrer pour l'égalité des sexes dans mon Organisation.

Notre mission est notamment d'améliorer la santé des femmes. Nous devons tirer les enseignements et nous inspirer des nombreuses initiatives que prennent les femmes, partout dans le monde, pour surmonter leurs difficultés économiques et faire valoir leurs droits afin d'obtenir un large débat public sur les valeurs et les aspirations qui influencent leurs décisions au sujet de leur santé.

Je vous remercie.

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