WHO Home Page

Office of the Director-General

World Health Organization
Organisation mondiale de la Santé

UPDATED: Mon Feb 18 16:59:04 2002

Dr. Gro Harlem Brundtland        
Directeur général
Organisation mondiale de la Santé

Beyrouth, Liban,
3 octobre 1998

In English
  

Comité régional de la Méditerranée orientale

Quarante-cinquième session, Beyrouth, Liban

Monsieur le Président,
Monsieur le Docteur Gezairy,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

C'est un message d'espoir et d'inspiration pour nous tous que cette réunion du Comité régional de la Méditerranée orientale qui s'ouvre aujourd'hui ici à Beyrouth et, pour ma part, je me félicite d'être au Liban pour prendre la parole devant ce groupe distingué de responsables de la santé.

J'espère pouvoir vous faire part de ma vision de l'avenir de l'OMS et de la santé mondiale, mais aussi écouter vos propres idées et préoccupations, et m'en pénétrer.

Lors de la création de l'OMS, six nations de la Méditerranée orientale seulement étaient là pour jeter les bases de l'Organisation. Aujourd'hui, ce sont 22 pays de la Région qui célèbrent notre cinquantième anniversaire. Nous avons derrière nous des réalisations remarquables, et pourtant, en abordant le siècle nouveau, personne ne pourra prétendre que notre programme a été rempli. Il reste encore tant à faire. La tâche qui nous attend est bien claire : veiller à ce qu'une OMS efficace soit là pour préparer la voie à une amélioration de la santé sur le territoire de tous ses Etats Membres.

C'est ici le sixième et dernier Comité régional auquel j'assiste depuis le début du mois de septembre. Harare, New Delhi, Manille, Copenhague, Washington et maintenant Beyrouth - autant de réunions qui représentent une occasion extraordinaire de me prévaloir de l'expérience des responsables de la santé dans le monde entier.

C'est bien là que réside l'essentiel pour moi : l'OMS n'est complète - notre identité n'est intacte, notre direction n'est la bonne - que si nous associons les dimensions régionales - si nous les ajoutons. C'est là pour moi un défi majeur : faire de l'OMS une seule organisation, et non sept - Genève et les six bureaux régionaux.

Je voudrais saisir cette occasion pour m'entretenir avec vous de quelques questions qui me semblent importantes pour notre Organisation et pour la Région, et de vous faire part du processus de changement que j'ai engagé avec mes collègues au Secrétariat de l'OMS.

Nous devons élargir notre perspective.

Ma première observation concerne les avantages d'une large perspective en matière de santé. D'importants déterminants de l'amélioration de la santé sont extérieurs au système de santé. Il y a notamment une meilleure éducation. Un environnement plus propre et plus sûr. Une réduction durable de la pauvreté. La fin des conflits armés et des dépenses militaires excessives. Nous ne pouvons tout simplement pas comprendre ni pleinement affronter les défis de la santé si nous confinons notre action au seul secteur de la santé.

Actuellement, de nombreuses populations de la Région doivent faire face à des conflits armés. L'infrastructure dans plusieurs pays a été et continue d'être détruite, des centres de santé sont dévastés, des milliers et des milliers de personnes en subissent le contrecoup dans leur santé mentale et physique.

Nous devons apporter notre contribution à la prévention des conflits. Et nous pouvons créer une différence. Par exemple, ce sera rendre un grand service à la santé de cette Région et du reste du monde que d'amener davantage de pays à ratifier le traité interdisant les mines antipersonnel, qui est entré en vigueur le mois dernier après la quarantième ratification. Je vous demande de vous associer à Djibouti et au Yémen qui, dans votre Région, ont ratifié le traité.

Que peut faire l'OMS ? Nous devons insister sur ce message adressé à la communauté internationale : la paix est une nécessité absolue pour un développement humain et sanitaire durable. Et l'OMS doit aider les victimes des conflits - contribuer à des services de santé appropriés pour les réfugiés, aux soins d'urgence, à la réadaptation de ceux qui ont subi des traumatismes ou des incapacités.

Les agents de santé se retrouvent en première ligne non seulement en cas de guerre ou de conflit, mais aussi face aux nombreux autres inégalités et problèmes sociaux. Souvent, ils sont confrontés aux effets des événements. Or, nous savons qu'un investissement judicieux pour la santé, effectué quand il le faut, profite à la société dans son ensemble.

Nous en avons les preuves : l'investissement en faveur de la santé donne des résultats tangibles. Moins de coûts sociaux et économiques. Plus de progrès humains. Une capacité accrue pour la société d'utiliser les ressources humaines qui seront à la pointe du développement au XXIe siècle.

Vous, les ministres de la santé, vous le savez déjà. Ensemble, nous devons aller plus loin et dire aux présidents, aux premiers ministres et aux ministres des finances qu'ils sont eux aussi en fait des ministres de la santé.

Je crois que nous pouvons réussir à mettre la santé au centre du développement. Mais pas seuls. Il s'agit de rassembler nos éléments, de les confronter à ceux des autres, de mieux plaider la cause de la santé, de nous adresser aux décideurs avec un discours convaincant. Pour cela, il faut un nouvel élan, de nouvelles méthodes de travail.

Nous devons privilégier l'ouverture.

Ma deuxième observation concerne les avantages de l'ouverture - ouverture vers les autres organismes des Nations Unies, vers les acteurs clefs dans le domaine de la santé, vers la société civile. La notion même d'institution spécialisée n'a plus guère de sens dans un monde fondamentalement interdépendant. Les projets et les plans de travail de l'OMS mettront spécifiquement l'accent sur ces partenariats. L'OMS peut mieux montrer la voie dans le domaine de la santé si elle établit des partenariats avec tous les groupes concernés.

L'OMS doit se concentrer sur les problèmes qui ignorent les frontières, générer et diffuser des bases factuelles mondiales, promouvoir une recherche qui dépasse le cadre étroit de l'entreprise ou du pays. C'est ainsi que nous pouvons vraiment être efficaces et créer la différence au niveau des pays - dans notre apport technique - dans notre activité normative. C'est ainsi que l'OMS fournira l'autorité intellectuelle et morale nécessaire à l'avènement de la santé pour tous.

C'est une démarche fondée sur ces thèmes qui doit dicter notre action dans la Région de la Méditerranée orientale. Nous devons maintenir des contacts étroits avec les structures régionales de nos partenaires des Nations Unies ainsi qu'avec les autres organisations régionales, notamment dans le domaine économique.

Nous pourrons ainsi affronter un problème clef qui, je le sais, préoccupe la Région, à savoir l'élaboration de stratégies meilleures liant les dossiers de la santé et des échanges commerciaux. Il s'agit de domaines de préoccupation connus, comme l'harmonisation des normes pour la santé professionnelle et la salubrité de l'environnement. Mais il s'agit aussi de concilier notre mandat de protection de la santé face aux dangers potentiels et la nécessité de ne pas ériger des règlements sanitaires en obstacle au commerce. Et il y a également des domaines nouveaux qui deviennent toujours plus cruciaux à mesure que la mondialisation progresse, par exemple les échanges de services et de produits liés à la santé.

Ouverture aussi vers le secteur privé. J'ai dit que l'OMS engagera un dialogue constructif avec le secteur privé et ce dialogue aura une importance critique en ce qui concerne le secteur pharmaceutique. Les politiques pharmaceutiques nationales et internationales doivent contribuer à améliorer l'accès aux médicaments essentiels dont la qualité, l'innocuité et l'efficacité seront assurées. Il faut pour cela des autorités nationales de réglementation fortes et des politiques nationales d'achat intelligentes.

Vos discussions techniques, qui ont porté cette année sur l'initiative régionale de l'autonomie en matière de production de médicaments et vaccins essentiels, viennent donc à point nommé. Le renforcement des capacités nationales de production, mais aussi d'assurance de la qualité des médicaments et vaccins fabriqués sur place, constitue une priorité majeure.

Nous devons trouver le dosage approprié. Les stratégies nationales doivent garantir l'équité d'accès, l'usage rationnel et l'assurance de la qualité des médicaments existants. La question du financement des médicaments et celle de leur coût abordable sont vitales. En même temps, pour répondre aux besoins pressants en matière de santé publique, nous avons besoin de médicaments et de vaccins nouveaux. C'est vrai pour les maladies émergentes, mais c'est vrai aussi face à la menace grave que constitue la résistance croissante aux médicaments utilisés contre des fléaux mortels que nous connaissons bien, comme la tuberculose, la méningite bactérienne et la pneumonie. Pour mettre au point des médicaments nouveaux, nous avons besoin d'efforts de recherche novateurs de la part de l'industrie et il faut stimuler l'innovation et protéger la propriété intellectuelle.

Les organisations internationales et les gouvernements doivent aborder les questions pharmaceutiques dans le cadre de leurs compétences et de leurs responsabilités, afin de traiter ces questions importantes de manière satisfaisante et en temps voulu.

Le moment est venu d'intensifier le dialogue entre l'OMS et l'Organisation mondiale du Commerce. Je dois rencontrer le Directeur général de l'OMC, M. Ruggiero, pour examiner comment nous pouvons ensemble trouver les moyens de promouvoir aussi bien le commerce international que les engagements internationaux en faveur de la santé.

Nous devons faire face à l'évolution de la morbidité.

Ma troisième observation concerne l'évolution de la morbidité mondiale et la transition des maladies transmissibles vers les maladies non transmissibles. Ce phénomène est ressenti par les pays de votre Région, et des dizaines de pays en développement du monde entier connaissent la même évolution qui constitue un défi particulièrement difficile à relever pour les systèmes de santé.

Le double fardeau des maladies transmissibles et des maladies non transmissibles est déjà là. De nombreux pays sont encore aux prises avec les infections courantes et les problèmes de santé reproductive. Sans avoir entièrement résolu ces problèmes, ils se trouvent déjà confrontés à ceux que soulèvent les maladies non transmissibles et les nouvelles infections.

Or, contrairement à ce qu'on croit souvent, et à tort, la frontière n'est pas nette : on ne peut pas dire que les maladies transmissibles sont avant tout le problème des pauvres alors que les maladies non transmissibles touchent le reste de la population. Le fait est que les deux types de morbidité frappent davantage les plus démunis.

Je voudrais évoquer quelques problèmes de santé qui touchent la Région.

On ne saurait trop insister sur la nécessité d'accélérer sensiblement les activités de lutte contre la poliomyélite. Malgré les progrès spectaculaires faits dans les régions les plus difficiles de l'Afghanistan, du Pakistan, de la Somalie, du Yémen, du sud du Soudan et du nord de l'Iraq, il reste beaucoup à faire.

L'initiative mondiale pour l'élimination doit conserver toute sa force. En 2010, nous devrions pouvoir dire, en pensant à l'an 2000, que nous avons atteint le but de l'éradication de la poliomyélite. Mais nous pouvons aussi échouer. Nous apprenons maintenant que les fonds pour la campagne d'éradication pourraient faire sérieusement défaut.

Cela n'est pas acceptable. Ce combat, il n'est simplement pas possible que nous le perdions en fin de compte. On estime à 600 millions de dollars les fonds nécessaires avant la fin de l'an 2000. Les donateurs doivent parcourir avec nous le chemin restant et débarrasser le monde de la poliomyélite et du terrible tribut qu'elle lève en décès et en incapacités. Tous les pays doivent renforcer l'effort déployé, et ce depuis le niveau supérieur.

Je m'y suis engagée, l'OMS est fermement décidée à conduire la nouvelle action internationale pour faire reculer le paludisme. Je suis heureuse de voir que l'un de vos documents techniques, cette année, analyse la situation. Dans certains pays de la Région, l'éradication a été possible, mais dans d'autres nous avons constaté une résurgence. Dans les pays les plus durement affectés, nous devons attaquer la maladie en renforçant les systèmes de santé. Le personnel du projet prépare actuellement le travail en concertation étroite avec les bureaux régionaux et, progressivement, avec les pays concernés. Je vous invite instamment à vous associer à cette action.

Plus de 90 % des cas de tuberculose dans la Région sont concentrés dans huit pays, le Pakistan, l'Afghanistan et le Soudan supportant la plus lourde part du fardeau. Les efforts déployés par le Bureau régional et les pays Membres depuis l'adoption de votre résolution régionale l'année dernière sont remarquables. Mais, faute d'une action puissante, nous continuerons pendant ces dix prochaines années de voir augmenter l'incidence de la tuberculose et la mortalité due à cette maladie dans la Région. L'OMS assumera le leadership, en replaçant dans un contexte élargi ses activités de lutte contre la tuberculose, en axant son attention sur le secteur de la santé et en resserrant sa collaboration avec d'autres partenaires.

Les pays, et l'OMS, n'ont d'autre choix que de s'attaquer simultanément au double problème des maladies transmissibles et des maladies non transmissibles. Nous en savons plus aujourd'hui sur la prise en charge des cas de maladies non transmissibles. Nous devons continuer le travail sur les initiatives déjà commencées dans certains pays de la Région pour mettre en place des programmes d'intervention communautaires pour le traitement primaire des maladies non transmissibles. Nous devons essayer de voir s'il est possible d'établir un réseau régional à cet effet.

Tout en continuant d'améliorer la prise en charge des cas, nous devons sérieusement nous attacher à réduire les facteurs de risque. Et ne nous le cachons pas : le tabac est de loin le plus important.

Le tabagisme est déjà une importante cause de décès dans la Région de la Méditerranée orientale. Trente-cinq pour cent des hommes fumaient dans la Région en 1990. On estime à plus de 100 000 le nombre des décès et à plus d'un million le nombre d'années de vie perdues au début des années 90 du fait du tabagisme dans la Région.

Vous prenez des mesures - et vous avez mon entier soutien. Le jour de mon entrée en fonctions, j'ai lancé l'Initiative contre le tabagisme, projet confié au Cabinet pour donner un élan accru à cette lutte essentielle pour la santé publique.

Je l'ai dit en mai à l'Assemblée mondiale de la Santé : je suis médecin. Et j'ai confiance dans la science et les données factuelles. Je tiens à le dire clairement : le tabac tue. Il ne doit faire l'objet d'aucune publicité, d'aucune subvention ni d'aucune représentation flatteuse. L'industrie ne devrait pas être autorisée à hypothéquer la vie des adolescents par des annonces publicitaires séduisantes.

L'Initiative contre le tabagisme vise à galvaniser l'opinion mondiale à l'appui de la lutte antitabac. Nous devons nous assurer que notre politique est soutenue par les populations, par des moyens financiers et par les institutions, pas seulement à Genève, mais aussi dans les Régions et dans tous les Etats Membres. Nous devons mener une politique d'ouverture et instaurer des partenariats avec une finalité pour combattre cette épidémie.

Il est important que les gens cessent de fumer. Aussi ai-je décidé que la Journée mondiale sans tabac en 1999 porterait sur ce problème. Ce sera l'occasion pour les professionnels de la santé, les gouvernements, les ONG, les médias et les compagnies pharmaceutiques de travailler ensemble à la réalisation d'un but commun.

Votre Plan d'action sur le tabac ou la santé 1995 fournit aux pays de la Région de la Méditerranée orientale le leadership et l'inspiration nécessaires pour lutter contre le tabagisme. Certains pays de la Région ont déjà interdit la publicité sur le tabac, instauré des zones non fumeurs dans les lieux publics et augmenté les taxes sur le tabac pour dissuader les jeunes.

Nous devons nous occuper de la réforme et du développement du secteur de la santé.

Comment édifier des systèmes de santé durables, capables de résister à l'épreuve des bouleversements qui marquent notre époque et des difficultés économiques ? Comment assurer l'accès aux services de santé de base lorsque tant de pressions s'exercent sur les finances publiques ?

Chaque pays doit choisir sa voie - selon son schéma de morbidité, ses institutions, ses ressources et les besoins de sa population. Mais l'OMS doit être là, en permanence, prête à vous aider et à vous faire part de l'expérience acquise grâce aux différents modèles appliqués dans divers pays.

Un mouvement en faveur d'une réforme des systèmes de santé s'est dessiné ces dernières années à l'échelle du monde. Un demi-siècle après la mise en place de la plupart des dispositions actuelles concernant l'organisation des soins de santé, nous traversons une nouvelle période d'innovation. La plupart des pays recherchent des solutions meilleures aux problèmes de santé complexes que nous connaissons actuellement.

Quels buts doivent guider la réforme du secteur de la santé ? Quels sont les critères du succès et de l'échec ? Je vois trois buts concrets :

  • une réduction mesurable des profondes inégalités qui continuent d'exister - inégalités à l'intérieur des pays et entre les pays;
  • une réduction durable et mesurable du fardeau de la morbidité;
  • l'accès universel à des services de santé efficaces respectant les besoins et la dignité de chacun.

L'une des principales responsabilités qui incombent aux gouvernements est d'assurer l'accès aux soins. Seul le secteur public peut garantir le respect des droits universels fondamentaux. Il est utile de le rappeler en ce cinquantième anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme et de notre propre Constitution.

Les forces du marché ont considérablement accru la productivité dans de nombreux secteurs de l'économie mondiale. Le secteur de la santé en bénéficie également. Mais si rentables soient les allocations de ressources du secteur privé à but lucratif, ce secteur est rarement le principal dispensateur de soins de santé primaires ou le garant de la fourniture de services de santé aux pauvres. Et ce n'est pas non plus ce secteur qui assurera l'accès universel.

Nous devons entamer un débat sur les normes d'un "nouvel universalisme" - nouvelle manière de traiter le problème de la couverture universelle. Ce sera là une question importante à l'ordre du jour de tous les pays. En conséquence, ce sera aussi une priorité pour l'OMS et nous organisons une partie de notre travail pour nous en occuper efficacement. Toute notre action doit favoriser le développement du secteur de la santé.

L'accès universel à des services de qualité est un principe fondamental. Les gouvernements doivent assurer le leadership stratégique - en fixant les priorités - conscients qu'il y a une limite aux soins qu'ils peuvent financer, limite qu'il appartient à chaque pays de fixer. Mais pour fixer des priorités et définir des limites, encore faut-il savoir quelles actions auront le plus d'effets, atteindront le plus grand nombre et auront les résultats les plus efficaces.

L'OMS devra être là pour vous conseiller. Le nouvel universalisme englobe tous ceux qui peuvent participer à l'amélioration de la santé - le secteur public, le secteur privé et les ONG. Les services financés par le secteur public doivent être fournis par les dispensateurs les plus efficaces, qui ne sont pas nécessairement les dispensateurs du secteur public.

Pour faire de la réforme des systèmes de santé un processus durable, nous devons nous engager dans un processus d'apprentissage mutuel. Toute expérience en matière de réforme renferme des leçons précieuses pour les autres pays. L'information systématique sur ces expériences est un bien public international. L'une des fonctions essentielles d'institutions telles que l'OMS est de susciter une action collective internationale pour faire en sorte que ce bien public soit effectivement produit et diffusé.

Dans tous les domaines, nous devons étayer solidement notre travail par des données factuelles. Nous devons avoir les bons chiffres et les meilleures données factuelles, pas seulement la conviction morale que l'essentiel est la santé. Nous avons créé un Groupe organique spécial, Bases factuelles et Information à l'Appui des Politiques. Ce fonds de connaissances est à votre disposition. Et vous êtes invités à l'enrichir. Nous annoncerons les faits importants. Et le fait est que des populations en bonne santé aident à construire des économies saines.

Pour terminer, je voudrais souligner certains éléments clefs du processus de réforme à l'OMS.

Le 21 juillet, j'ai pris mes fonctions et j'ai nommé une nouvelle équipe de direction au Siège. Nous sommes cinq du Sud et cinq du Nord. Six femmes et quatre hommes. Toutes les Régions de l'OMS sont représentées au sein d'une équipe mondiale solide.

En compagnie des Directeurs régionaux, des représentants de l'OMS et de plus de 3500 membres du personnel, nous entreprenons un processus de changement en suivant la voie que j'ai présentée en mai à l'Assemblée mondiale de la Santé.

Nous devons avoir une meilleure unité d'action dans ce que nous faisons. Nous devons faire très bien ce que nous décidons de faire - et ne pas avoir peur de dire que nous ne pouvons pas tout faire.

Nous devons pouvoir dire que l'OMS est une, qu'elle doit fixer ses priorités comme une seule organisation, obtenir des ressources supplémentaires comme une seule organisation, parler d'une seule voix. Ne l'oublions pas : l'OMS est une organisation de taille modeste comparativement à son mandat et à tous les besoins insatisfaits. L'OMS n'est pas là pour fournir des services de santé : c'est là le rôle des autorités nationales et régionales. C'est le rôle des ONG, des dispensateurs privés et des communautés. C'est votre rôle. Et c'est en conjuguant nos efforts que nous pouvons créer la différence.

Nous apportons cependant des changements à nos budgets. Lors de l'Assemblée mondiale de la Santé, les Etats Membres ont décidé, après de longues discussions, de modifier les crédits alloués aux Régions et d'accroître la part des ressources du budget ordinaire consacrée aux Régions de l'Afrique et de l'Europe.

Je sais que ce changement a mis les autres Régions devant des décisions difficiles, en particulier en ces temps de crise financière et économique. Je sais que des problèmes particuliers se posent dans cette Région; le Dr Gezairy m'a personnellement écrit à ce sujet et nous en avons débattu. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour mobiliser des fonds, en dehors du budget ordinaire, à l'appui de nos activités, notamment en faveur des pays les plus démunis.

Au Siège, nous avons maintenant réparti les programmes en neuf groupes organiques - chacun indiquant clairement le message de son action. Au cours des prochains mois, sous la responsabilité de son Directeur exécutif, chaque groupe organique restructurera ses activités afin de faire le mieux possible ce que nous pouvons faire ensemble - à l'échelle de l'Organisation et avec nos partenaires.

Nous continuerons à mettre l'accent sur les maladies transmissibles et les maladies non transmissibles et nous nous attacherons à relever les défis d'un monde en mutation. Le Groupe organique Changements sociaux et Santé mentale s'efforcera d'aborder les problèmes de santé dans les sociétés qui se transforment et vieillissent, en mettant particulièrement l'accent sur les besoins insatisfaits dans le domaine de la santé mentale. Le Groupe organique Développement durable et Milieux favorables à la Santé s'efforcera d'établir le lien entre la mondialisation et les tensions qui en résultent pour la santé du fait de la pauvreté et du poids croissant que doit supporter notre environnement.

Dans tout ce que nous faisons, nous ne devons jamais oublier que notre action à Genève ou à Alexandrie n'a guère d'importance si elle n'a pas d'impact dans les pays, s'il n'y a pas une meilleure collaboration de l'OMS, un meilleur regroupement des connaissances, une meilleure action de plaidoyer pour la santé et une meilleure mobilisation des ressources.

Il n'y a pas longtemps, j'ai eu avec les Directeurs régionaux une première discussion sur notre action commune. Je considère les Directeurs régionaux comme faisant partie intégrante de l'équipe de direction de l'Organisation, et j'ai l'intention d'établir et de maintenir des contacts plus étroits avec eux. Nous avons engagé une modernisation majeure de notre réseau de technologies de l'information qui nous permet de relier nos six Régions en appuyant sur un bouton, par la voix ou par l'image et en temps réel. La communication sera meilleure et nous ferons des économies en évitant les déplacements inutiles.

J'établirai des relations plus directes avec les représentants de l'OMS dans les pays et, dans quelques mois, j'inviterai tous les représentants de l'OMS à Genève pour connaître leur expérience et leur présenter la nouvelle OMS et ce qu'elle a à offrir - afin de resserrer les liens avec les Etats Membres - et en particulier les plus démunis.

J'inviterai le Conseil exécutif à entretenir des contacts plus étroits et à ouvrir des débats plus ciblés sur les défis que nous devons relever. Dans deux semaines, je rencontrerai les membres du Conseil lors d'une retraite informelle pour présenter le processus de changement et échanger des idées sur la stratégie à suivre.

J'établirai des relations plus étroites avec le secteur privé en invitant l'industrie à des tables rondes où nous discuterons et échangerons des idées - afin de voir ce que nous pouvons faire ensemble et de définir les points sur lesquels nos vues et nos intérêts divergent. Et je rencontrerai plus régulièrement les ONG et définirai de nouvelles occasions de collaborer avec elles.

Les nombreux appels lancés par les organes directeurs l'indiquent clairement : les Etats Membres veulent que nos efforts au niveau des pays donnent des résultats plus pertinents, plus tangibles. Le moment est venu pour le Secrétariat d'apporter sa réponse. Nous avons créé un groupe spécial d'action rapide chargé de formuler des recommandations concrètes sur la façon de passer des aspirations à la réalité.

Peu à peu, vous verrez que nous modifions notre façon de travailler. Une plus grande partie de notre action sera organisée sous la forme de projets qui recouperont les groupes organiques et les Régions et feront souvent appel à la participation d'autres partenaires. Transparence, efforts intensifs, cibles concrètes. Nous avons lancé deux projets de ce type depuis le 21 juillet - Faire reculer le paludisme et l'Initiative antitabac, à laquelle j'ai fait allusion plus haut.

En un mot, nous devons faire de l'OMS un ensemble plus convivial, davantage fondé sur des bases factuelles - et cela pour vous, les Etats Membres, qui en avez le plus besoin, afin que vous obteniez davantage de vos politiques de santé. C'est un processus fondé sur l'espoir. Nous pouvons faire mieux, nous ferons mieux.

Monsieur le Président, chers collègues, Mesdames et Messieurs,

Oui, les besoins insatisfaits sont nombreux. Mais les succès enregistrés par le secteur de la santé au cours des cinquante dernières années n'en sont pas moins réels; et c'est notre mandat, le vôtre, le mien, de poursuivre sur cette lancée. Nos progrès au cours du siècle prochain dépendront de notre capacité d'explorer le potentiel des ressources humaines. Nos efforts seront vains si nous ne parvenons pas à améliorer la santé des populations et celle des communautés.

La science nous a donné des outils puissants. Ce qu'il faut maintenant, c'est un engagement politique, financier, éthique. L'engagement et l'utilisation responsable des données scientifiques nous aideront à trouver des moyens toujours plus efficaces de prévenir et de résoudre les problèmes de santé auxquels nous sommes confrontés et qui évoluent sans cesse.

Votre Région a une longue histoire de coopération pour la santé. Nous avons toutes les raisons d'être satisfaits de ce que nous avons fait, mais nous devons aussi nous tourner vers l'avenir et affronter de nouveaux défis, dont beaucoup sont liés aux progrès mêmes qui ont été réalisés au cours du XXsiècle. D'autres résultent des manquements de notre action et d'autres encore vont poser des problèmes sans précédent auxquels nous devons nous préparer aujourd'hui.

Ces défis nous appellent à agir - sur des bases factuelles et dans le souci des véritables valeurs. Ensemble, nous pouvons créer la différence pour la santé - aujourd'hui et pour les temps à venir.

Je vous remercie.

Return to Director General's main page