Monsieur le Président,
Monsieur le Docteur Gezairy,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
C'est un message d'espoir et d'inspiration pour nous tous que cette
réunion du Comité régional de la Méditerranée orientale qui s'ouvre
aujourd'hui ici à Beyrouth et, pour ma part, je me félicite d'être au Liban
pour prendre la parole devant ce groupe distingué de responsables de la santé.
J'espère pouvoir vous faire part de ma vision de l'avenir de l'OMS et
de la santé mondiale, mais aussi écouter vos propres idées et préoccupations, et
m'en pénétrer.
Lors de la création de l'OMS, six nations de la Méditerranée orientale
seulement étaient là pour jeter les bases de l'Organisation. Aujourd'hui, ce
sont 22 pays de la Région qui célèbrent notre cinquantième anniversaire. Nous avons
derrière nous des réalisations remarquables, et pourtant, en abordant le siècle
nouveau, personne ne pourra prétendre que notre programme a été rempli. Il reste encore
tant à faire. La tâche qui nous attend est bien claire : veiller à ce qu'une
OMS efficace soit là pour préparer la voie à une amélioration de la santé sur le
territoire de tous ses Etats Membres.
C'est ici le sixième et dernier Comité régional auquel j'assiste depuis le
début du mois de septembre. Harare, New Delhi, Manille, Copenhague, Washington et
maintenant Beyrouth - autant de réunions qui représentent une occasion
extraordinaire de me prévaloir de l'expérience des responsables de la santé dans
le monde entier.
C'est bien là que réside l'essentiel pour moi : l'OMS n'est
complète - notre identité n'est intacte, notre direction n'est la
bonne - que si nous associons les dimensions régionales - si nous les ajoutons.
C'est là pour moi un défi majeur : faire de l'OMS une seule organisation, et
non sept - Genève et les six bureaux régionaux.
Je voudrais saisir cette occasion pour m'entretenir avec vous de quelques
questions qui me semblent importantes pour notre Organisation et pour la Région, et de
vous faire part du processus de changement que j'ai engagé avec mes collègues au
Secrétariat de l'OMS.
Nous devons élargir notre perspective.
Ma première observation concerne les avantages d'une large perspective en
matière de santé. D'importants déterminants de l'amélioration de la santé
sont extérieurs au système de santé. Il y a notamment une meilleure éducation. Un
environnement plus propre et plus sûr. Une réduction durable de la pauvreté. La fin des
conflits armés et des dépenses militaires excessives. Nous ne pouvons tout simplement
pas comprendre ni pleinement affronter les défis de la santé si nous confinons notre
action au seul secteur de la santé.
Actuellement, de nombreuses populations de la Région doivent faire face à des
conflits armés. L'infrastructure dans plusieurs pays a été et continue
d'être détruite, des centres de santé sont dévastés, des milliers et des
milliers de personnes en subissent le contrecoup dans leur santé mentale et physique.
Nous devons apporter notre contribution à la prévention des conflits. Et nous pouvons
créer une différence. Par exemple, ce sera rendre un grand service à la santé de cette
Région et du reste du monde que d'amener davantage de pays à ratifier le traité
interdisant les mines antipersonnel, qui est entré en vigueur le mois dernier après la
quarantième ratification. Je vous demande de vous associer à Djibouti et au Yémen qui,
dans votre Région, ont ratifié le traité.
Que peut faire l'OMS ? Nous devons insister sur ce message adressé à la
communauté internationale : la paix est une nécessité absolue pour un
développement humain et sanitaire durable. Et l'OMS doit aider les victimes des
conflits - contribuer à des services de santé appropriés pour les réfugiés, aux
soins d'urgence, à la réadaptation de ceux qui ont subi des traumatismes ou des
incapacités.
Les agents de santé se retrouvent en première ligne non seulement en cas de guerre ou
de conflit, mais aussi face aux nombreux autres inégalités et problèmes sociaux.
Souvent, ils sont confrontés aux effets des événements. Or, nous savons qu'un
investissement judicieux pour la santé, effectué quand il le faut, profite à la
société dans son ensemble.
Nous en avons les preuves : l'investissement en faveur de la santé donne des
résultats tangibles. Moins de coûts sociaux et économiques. Plus de progrès humains.
Une capacité accrue pour la société d'utiliser les ressources humaines qui seront
à la pointe du développement au XXIe siècle.
Vous, les ministres de la santé, vous le savez déjà. Ensemble, nous devons aller
plus loin et dire aux présidents, aux premiers ministres et aux ministres des finances
qu'ils sont eux aussi en fait des ministres de la santé.
Je crois que nous pouvons réussir à mettre la santé au centre du développement.
Mais pas seuls. Il s'agit de rassembler nos éléments, de les confronter à ceux des
autres, de mieux plaider la cause de la santé, de nous adresser aux décideurs avec un
discours convaincant. Pour cela, il faut un nouvel élan, de nouvelles méthodes de
travail.
Nous devons privilégier l'ouverture.
Ma deuxième observation concerne les avantages de l'ouverture
- ouverture vers les autres organismes des Nations Unies, vers les acteurs clefs dans
le domaine de la santé, vers la société civile. La notion même d'institution
spécialisée n'a plus guère de sens dans un monde fondamentalement interdépendant.
Les projets et les plans de travail de l'OMS mettront spécifiquement l'accent
sur ces partenariats. L'OMS peut mieux montrer la voie dans le domaine de la santé
si elle établit des partenariats avec tous les groupes concernés.
L'OMS doit se concentrer sur les problèmes qui ignorent les frontières,
générer et diffuser des bases factuelles mondiales, promouvoir une recherche qui
dépasse le cadre étroit de l'entreprise ou du pays. C'est ainsi que nous
pouvons vraiment être efficaces et créer la différence au niveau des pays - dans
notre apport technique - dans notre activité normative. C'est ainsi que l'OMS
fournira l'autorité intellectuelle et morale nécessaire à l'avènement de la
santé pour tous.
C'est une démarche fondée sur ces thèmes qui doit dicter notre action dans la
Région de la Méditerranée orientale. Nous devons maintenir des contacts étroits avec
les structures régionales de nos partenaires des Nations Unies ainsi qu'avec les
autres organisations régionales, notamment dans le domaine économique.
Nous pourrons ainsi affronter un problème clef qui, je le sais, préoccupe la Région,
à savoir l'élaboration de stratégies meilleures liant les dossiers de la santé et
des échanges commerciaux. Il s'agit de domaines de préoccupation connus, comme
l'harmonisation des normes pour la santé professionnelle et la salubrité de
l'environnement. Mais il s'agit aussi de concilier notre mandat de protection de
la santé face aux dangers potentiels et la nécessité de ne pas ériger des règlements
sanitaires en obstacle au commerce. Et il y a également des domaines nouveaux qui
deviennent toujours plus cruciaux à mesure que la mondialisation progresse, par exemple
les échanges de services et de produits liés à la santé.
Ouverture aussi vers le secteur privé. J'ai dit que l'OMS engagera un
dialogue constructif avec le secteur privé et ce dialogue aura une importance critique en
ce qui concerne le secteur pharmaceutique. Les politiques pharmaceutiques nationales et
internationales doivent contribuer à améliorer l'accès aux médicaments essentiels
dont la qualité, l'innocuité et l'efficacité seront assurées. Il faut pour
cela des autorités nationales de réglementation fortes et des politiques nationales
d'achat intelligentes.
Vos discussions techniques, qui ont porté cette année sur l'initiative
régionale de l'autonomie en matière de production de médicaments et vaccins
essentiels, viennent donc à point nommé. Le renforcement des capacités nationales de
production, mais aussi d'assurance de la qualité des médicaments et vaccins
fabriqués sur place, constitue une priorité majeure.
Nous devons trouver le dosage approprié. Les stratégies nationales doivent garantir
l'équité d'accès, l'usage rationnel et l'assurance de la qualité
des médicaments existants. La question du financement des médicaments et celle de leur
coût abordable sont vitales. En même temps, pour répondre aux besoins pressants en
matière de santé publique, nous avons besoin de médicaments et de vaccins nouveaux.
C'est vrai pour les maladies émergentes, mais c'est vrai aussi face à la
menace grave que constitue la résistance croissante aux médicaments utilisés contre des
fléaux mortels que nous connaissons bien, comme la tuberculose, la méningite
bactérienne et la pneumonie. Pour mettre au point des médicaments nouveaux, nous avons
besoin d'efforts de recherche novateurs de la part de l'industrie et il faut
stimuler l'innovation et protéger la propriété intellectuelle.
Les organisations internationales et les gouvernements doivent aborder les questions
pharmaceutiques dans le cadre de leurs compétences et de leurs responsabilités, afin de
traiter ces questions importantes de manière satisfaisante et en temps voulu.
Le moment est venu d'intensifier le dialogue entre l'OMS et
l'Organisation mondiale du Commerce. Je dois rencontrer le Directeur général de
l'OMC, M. Ruggiero, pour examiner comment nous pouvons ensemble trouver les moyens de
promouvoir aussi bien le commerce international que les engagements internationaux en
faveur de la santé.
Nous devons faire face à l'évolution de la morbidité.
Ma troisième observation concerne l'évolution de la morbidité mondiale et
la transition des maladies transmissibles vers les maladies non transmissibles. Ce
phénomène est ressenti par les pays de votre Région, et des dizaines de pays en
développement du monde entier connaissent la même évolution qui constitue un défi
particulièrement difficile à relever pour les systèmes de santé.
Le double fardeau des maladies transmissibles et des maladies non transmissibles est
déjà là. De nombreux pays sont encore aux prises avec les infections courantes et les
problèmes de santé reproductive. Sans avoir entièrement résolu ces problèmes, ils se
trouvent déjà confrontés à ceux que soulèvent les maladies non transmissibles et les
nouvelles infections.
Or, contrairement à ce qu'on croit souvent, et à tort, la frontière n'est
pas nette : on ne peut pas dire que les maladies transmissibles sont avant tout le
problème des pauvres alors que les maladies non transmissibles touchent le reste de la
population. Le fait est que les deux types de morbidité frappent davantage les plus
démunis.
Je voudrais évoquer quelques problèmes de santé qui touchent la Région.
On ne saurait trop insister sur la nécessité d'accélérer sensiblement les activités
de lutte contre la poliomyélite. Malgré les progrès spectaculaires faits dans les
régions les plus difficiles de l'Afghanistan, du Pakistan, de la Somalie, du Yémen,
du sud du Soudan et du nord de l'Iraq, il reste beaucoup à faire.
L'initiative mondiale pour l'élimination doit conserver toute sa force. En
2010, nous devrions pouvoir dire, en pensant à l'an 2000, que nous avons atteint le
but de l'éradication de la poliomyélite. Mais nous pouvons aussi échouer. Nous
apprenons maintenant que les fonds pour la campagne d'éradication pourraient faire
sérieusement défaut.
Cela n'est pas acceptable. Ce combat, il n'est simplement pas possible que
nous le perdions en fin de compte. On estime à 600 millions de dollars les fonds
nécessaires avant la fin de l'an 2000. Les donateurs doivent parcourir avec nous le
chemin restant et débarrasser le monde de la poliomyélite et du terrible tribut
qu'elle lève en décès et en incapacités. Tous les pays doivent renforcer
l'effort déployé, et ce depuis le niveau supérieur.
Je m'y suis engagée, l'OMS est fermement décidée à conduire la nouvelle
action internationale pour faire reculer le paludisme. Je suis heureuse de voir que
l'un de vos documents techniques, cette année, analyse la situation. Dans certains
pays de la Région, l'éradication a été possible, mais dans d'autres nous
avons constaté une résurgence. Dans les pays les plus durement affectés, nous devons
attaquer la maladie en renforçant les systèmes de santé. Le personnel du projet
prépare actuellement le travail en concertation étroite avec les bureaux régionaux et,
progressivement, avec les pays concernés. Je vous invite instamment à vous associer à
cette action.
Plus de 90 % des cas de tuberculose dans la Région sont concentrés dans
huit pays, le Pakistan, l'Afghanistan et le Soudan supportant la plus lourde part du
fardeau. Les efforts déployés par le Bureau régional et les pays Membres depuis
l'adoption de votre résolution régionale l'année dernière sont remarquables.
Mais, faute d'une action puissante, nous continuerons pendant ces dix prochaines
années de voir augmenter l'incidence de la tuberculose et la mortalité due à cette
maladie dans la Région. L'OMS assumera le leadership, en replaçant dans un contexte
élargi ses activités de lutte contre la tuberculose, en axant son attention sur le
secteur de la santé et en resserrant sa collaboration avec d'autres partenaires.
Les pays, et l'OMS, n'ont d'autre choix que de s'attaquer
simultanément au double problème des maladies transmissibles et des maladies non
transmissibles. Nous en savons plus aujourd'hui sur la prise en charge des cas de
maladies non transmissibles. Nous devons continuer le travail sur les initiatives déjà
commencées dans certains pays de la Région pour mettre en place des programmes
d'intervention communautaires pour le traitement primaire des maladies non
transmissibles. Nous devons essayer de voir s'il est possible d'établir un
réseau régional à cet effet.
Tout en continuant d'améliorer la prise en charge des cas, nous devons
sérieusement nous attacher à réduire les facteurs de risque. Et ne nous le cachons
pas : le tabac est de loin le plus important.
Le tabagisme est déjà une importante cause de décès dans la Région de la
Méditerranée orientale. Trente-cinq pour cent des hommes fumaient dans la Région en
1990. On estime à plus de 100 000 le nombre des décès et à plus d'un million le
nombre d'années de vie perdues au début des années 90 du fait du tabagisme
dans la Région.
Vous prenez des mesures - et vous avez mon entier soutien. Le jour de mon entrée en
fonctions, j'ai lancé l'Initiative contre le tabagisme, projet confié au
Cabinet pour donner un élan accru à cette lutte essentielle pour la santé publique.
Je l'ai dit en mai à l'Assemblée mondiale de la Santé : je suis
médecin. Et j'ai confiance dans la science et les données factuelles. Je tiens à
le dire clairement : le tabac tue. Il ne doit faire l'objet d'aucune
publicité, d'aucune subvention ni d'aucune représentation flatteuse.
L'industrie ne devrait pas être autorisée à hypothéquer la vie des adolescents
par des annonces publicitaires séduisantes.
L'Initiative contre le tabagisme vise à galvaniser l'opinion mondiale à
l'appui de la lutte antitabac. Nous devons nous assurer que notre politique est
soutenue par les populations, par des moyens financiers et par les institutions, pas
seulement à Genève, mais aussi dans les Régions et dans tous les Etats Membres. Nous
devons mener une politique d'ouverture et instaurer des partenariats avec une
finalité pour combattre cette épidémie.
Il est important que les gens cessent de fumer. Aussi ai-je décidé que la Journée
mondiale sans tabac en 1999 porterait sur ce problème. Ce sera l'occasion pour les
professionnels de la santé, les gouvernements, les ONG, les médias et les compagnies
pharmaceutiques de travailler ensemble à la réalisation d'un but commun.
Votre Plan d'action sur le tabac ou la santé 1995 fournit aux pays de la Région
de la Méditerranée orientale le leadership et l'inspiration nécessaires pour
lutter contre le tabagisme. Certains pays de la Région ont déjà interdit la publicité
sur le tabac, instauré des zones non fumeurs dans les lieux publics et augmenté les
taxes sur le tabac pour dissuader les jeunes.
Nous devons nous occuper de la réforme et du développement du secteur de la
santé.
Comment édifier des systèmes de santé durables, capables de résister à
l'épreuve des bouleversements qui marquent notre époque et des difficultés
économiques ? Comment assurer l'accès aux services de santé de base lorsque
tant de pressions s'exercent sur les finances publiques ?
Chaque pays doit choisir sa voie - selon son schéma de morbidité, ses institutions,
ses ressources et les besoins de sa population. Mais l'OMS doit être là, en
permanence, prête à vous aider et à vous faire part de l'expérience acquise
grâce aux différents modèles appliqués dans divers pays.
Un mouvement en faveur d'une réforme des systèmes de santé s'est dessiné
ces dernières années à l'échelle du monde. Un demi-siècle après la mise en
place de la plupart des dispositions actuelles concernant l'organisation des soins de
santé, nous traversons une nouvelle période d'innovation. La plupart des pays
recherchent des solutions meilleures aux problèmes de santé complexes que nous
connaissons actuellement.
Quels buts doivent guider la réforme du secteur de la santé ? Quels sont les
critères du succès et de l'échec ? Je vois trois buts concrets :
- une réduction mesurable des profondes inégalités qui continuent d'exister -
inégalités à l'intérieur des pays et entre les pays;
- une réduction durable et mesurable du fardeau de la morbidité;
- l'accès universel à des services de santé efficaces respectant les besoins et la
dignité de chacun.
L'une des principales responsabilités qui incombent aux gouvernements est
d'assurer l'accès aux soins. Seul le secteur public peut garantir le respect
des droits universels fondamentaux. Il est utile de le rappeler en ce cinquantième
anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme et de notre propre
Constitution.
Les forces du marché ont considérablement accru la productivité dans de nombreux
secteurs de l'économie mondiale. Le secteur de la santé en bénéficie également.
Mais si rentables soient les allocations de ressources du secteur privé à but lucratif,
ce secteur est rarement le principal dispensateur de soins de santé primaires ou le
garant de la fourniture de services de santé aux pauvres. Et ce n'est pas non plus
ce secteur qui assurera l'accès universel.
Nous devons entamer un débat sur les normes d'un "nouvel
universalisme" - nouvelle manière de traiter le problème de la couverture
universelle. Ce sera là une question importante à l'ordre du jour de tous les pays.
En conséquence, ce sera aussi une priorité pour l'OMS et nous organisons une partie
de notre travail pour nous en occuper efficacement. Toute notre action doit favoriser le
développement du secteur de la santé.
L'accès universel à des services de qualité est un principe fondamental. Les
gouvernements doivent assurer le leadership stratégique - en fixant les priorités -
conscients qu'il y a une limite aux soins qu'ils peuvent financer, limite
qu'il appartient à chaque pays de fixer. Mais pour fixer des priorités et définir
des limites, encore faut-il savoir quelles actions auront le plus d'effets,
atteindront le plus grand nombre et auront les résultats les plus efficaces.
L'OMS devra être là pour vous conseiller. Le nouvel universalisme englobe tous
ceux qui peuvent participer à l'amélioration de la santé - le secteur public, le
secteur privé et les ONG. Les services financés par le secteur public doivent être
fournis par les dispensateurs les plus efficaces, qui ne sont pas nécessairement les
dispensateurs du secteur public.
Pour faire de la réforme des systèmes de santé un processus durable, nous devons
nous engager dans un processus d'apprentissage mutuel. Toute expérience en matière
de réforme renferme des leçons précieuses pour les autres pays. L'information
systématique sur ces expériences est un bien public international. L'une des
fonctions essentielles d'institutions telles que l'OMS est de susciter une
action collective internationale pour faire en sorte que ce bien public soit effectivement
produit et diffusé.
Dans tous les domaines, nous devons étayer solidement notre travail par des données
factuelles. Nous devons avoir les bons chiffres et les meilleures données factuelles, pas
seulement la conviction morale que l'essentiel est la santé. Nous avons créé un
Groupe organique spécial, Bases factuelles et Information à l'Appui des Politiques.
Ce fonds de connaissances est à votre disposition. Et vous êtes invités à
l'enrichir. Nous annoncerons les faits importants. Et le fait est que des populations
en bonne santé aident à construire des économies saines.
Pour terminer, je voudrais souligner certains éléments clefs du processus de
réforme à l'OMS.
Le 21 juillet, j'ai pris mes fonctions et j'ai nommé une nouvelle
équipe de direction au Siège. Nous sommes cinq du Sud et cinq du Nord. Six femmes et
quatre hommes. Toutes les Régions de l'OMS sont représentées au sein d'une
équipe mondiale solide.
En compagnie des Directeurs régionaux, des représentants de l'OMS et de plus de
3500 membres du personnel, nous entreprenons un processus de changement en suivant la
voie que j'ai présentée en mai à l'Assemblée mondiale de la Santé.
Nous devons avoir une meilleure unité d'action dans ce que nous faisons. Nous
devons faire très bien ce que nous décidons de faire - et ne pas avoir peur de dire que
nous ne pouvons pas tout faire.
Nous devons pouvoir dire que l'OMS est une, qu'elle doit fixer ses priorités
comme une seule organisation, obtenir des ressources supplémentaires comme une seule
organisation, parler d'une seule voix. Ne l'oublions pas : l'OMS est
une organisation de taille modeste comparativement à son mandat et à tous les besoins
insatisfaits. L'OMS n'est pas là pour fournir des services de santé :
c'est là le rôle des autorités nationales et régionales. C'est le rôle des
ONG, des dispensateurs privés et des communautés. C'est votre rôle. Et c'est
en conjuguant nos efforts que nous pouvons créer la différence.
Nous apportons cependant des changements à nos budgets. Lors de l'Assemblée
mondiale de la Santé, les Etats Membres ont décidé, après de longues discussions, de
modifier les crédits alloués aux Régions et d'accroître la part des ressources du
budget ordinaire consacrée aux Régions de l'Afrique et de l'Europe.
Je sais que ce changement a mis les autres Régions devant des décisions difficiles,
en particulier en ces temps de crise financière et économique. Je sais que des
problèmes particuliers se posent dans cette Région; le Dr Gezairy m'a
personnellement écrit à ce sujet et nous en avons débattu. Je ferai tout ce qui est en
mon pouvoir pour mobiliser des fonds, en dehors du budget ordinaire, à l'appui de
nos activités, notamment en faveur des pays les plus démunis.
Au Siège, nous avons maintenant réparti les programmes en neuf groupes organiques
- chacun indiquant clairement le message de son action. Au cours des prochains mois,
sous la responsabilité de son Directeur exécutif, chaque groupe organique restructurera
ses activités afin de faire le mieux possible ce que nous pouvons faire ensemble -
à l'échelle de l'Organisation et avec nos partenaires.
Nous continuerons à mettre l'accent sur les maladies transmissibles et les
maladies non transmissibles et nous nous attacherons à relever les défis d'un monde
en mutation. Le Groupe organique Changements sociaux et Santé mentale s'efforcera
d'aborder les problèmes de santé dans les sociétés qui se transforment et
vieillissent, en mettant particulièrement l'accent sur les besoins insatisfaits dans
le domaine de la santé mentale. Le Groupe organique Développement durable et Milieux
favorables à la Santé s'efforcera d'établir le lien entre la mondialisation
et les tensions qui en résultent pour la santé du fait de la pauvreté et du poids
croissant que doit supporter notre environnement.
Dans tout ce que nous faisons, nous ne devons jamais oublier que notre action à
Genève ou à Alexandrie n'a guère d'importance si elle n'a pas
d'impact dans les pays, s'il n'y a pas une meilleure collaboration de
l'OMS, un meilleur regroupement des connaissances, une meilleure action de plaidoyer
pour la santé et une meilleure mobilisation des ressources.
Il n'y a pas longtemps, j'ai eu avec les Directeurs régionaux une première
discussion sur notre action commune. Je considère les Directeurs régionaux comme faisant
partie intégrante de l'équipe de direction de l'Organisation, et j'ai
l'intention d'établir et de maintenir des contacts plus étroits avec eux. Nous
avons engagé une modernisation majeure de notre réseau de technologies de
l'information qui nous permet de relier nos six Régions en appuyant sur un bouton,
par la voix ou par l'image et en temps réel. La communication sera meilleure et nous
ferons des économies en évitant les déplacements inutiles.
J'établirai des relations plus directes avec les représentants de l'OMS
dans les pays et, dans quelques mois, j'inviterai tous les représentants de
l'OMS à Genève pour connaître leur expérience et leur présenter la nouvelle OMS
et ce qu'elle a à offrir - afin de resserrer les liens avec les Etats
Membres - et en particulier les plus démunis.
J'inviterai le Conseil exécutif à entretenir des contacts plus étroits et à
ouvrir des débats plus ciblés sur les défis que nous devons relever. Dans deux
semaines, je rencontrerai les membres du Conseil lors d'une retraite informelle pour
présenter le processus de changement et échanger des idées sur la stratégie à suivre.
J'établirai des relations plus étroites avec le secteur privé en invitant
l'industrie à des tables rondes où nous discuterons et échangerons des idées
- afin de voir ce que nous pouvons faire ensemble et de définir les points sur
lesquels nos vues et nos intérêts divergent. Et je rencontrerai plus régulièrement les
ONG et définirai de nouvelles occasions de collaborer avec elles.
Les nombreux appels lancés par les organes directeurs l'indiquent
clairement : les Etats Membres veulent que nos efforts au niveau des pays donnent des
résultats plus pertinents, plus tangibles. Le moment est venu pour le Secrétariat
d'apporter sa réponse. Nous avons créé un groupe spécial d'action rapide
chargé de formuler des recommandations concrètes sur la façon de passer des aspirations
à la réalité.
Peu à peu, vous verrez que nous modifions notre façon de travailler. Une plus grande
partie de notre action sera organisée sous la forme de projets qui recouperont les
groupes organiques et les Régions et feront souvent appel à la participation
d'autres partenaires. Transparence, efforts intensifs, cibles concrètes. Nous avons
lancé deux projets de ce type depuis le 21 juillet - Faire reculer le paludisme
et l'Initiative antitabac, à laquelle j'ai fait allusion plus haut.
En un mot, nous devons faire de l'OMS un ensemble plus convivial, davantage fondé
sur des bases factuelles - et cela pour vous, les Etats Membres, qui en avez le plus
besoin, afin que vous obteniez davantage de vos politiques de santé. C'est un
processus fondé sur l'espoir. Nous pouvons faire mieux, nous ferons mieux.
Monsieur le Président, chers collègues, Mesdames et Messieurs,
Oui, les besoins insatisfaits sont nombreux. Mais les succès enregistrés par le
secteur de la santé au cours des cinquante dernières années n'en sont pas moins
réels; et c'est notre mandat, le vôtre, le mien, de poursuivre sur cette lancée.
Nos progrès au cours du siècle prochain dépendront de notre capacité d'explorer
le potentiel des ressources humaines. Nos efforts seront vains si nous ne parvenons pas à
améliorer la santé des populations et celle des communautés.
La science nous a donné des outils puissants. Ce qu'il faut maintenant,
c'est un engagement politique, financier, éthique. L'engagement et
l'utilisation responsable des données scientifiques nous aideront à trouver des
moyens toujours plus efficaces de prévenir et de résoudre les problèmes de santé
auxquels nous sommes confrontés et qui évoluent sans cesse.
Votre Région a une longue histoire de coopération pour la santé. Nous avons toutes
les raisons d'être satisfaits de ce que nous avons fait, mais nous devons aussi nous
tourner vers l'avenir et affronter de nouveaux défis, dont beaucoup sont liés aux
progrès mêmes qui ont été réalisés au cours du XXe siècle.
D'autres résultent des manquements de notre action et d'autres encore vont
poser des problèmes sans précédent auxquels nous devons nous préparer
aujourd'hui.
Ces défis nous appellent à agir - sur des bases factuelles et dans le souci des
véritables valeurs. Ensemble, nous pouvons créer la différence pour la santé -
aujourd'hui et pour les temps à venir.
Je vous remercie.