Directeur général

Le Directeur général de l’OMS informe les missions auprès de l’Office des Nations Unies à Genève au sujet de la flambée de maladie à virus Ebola

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Séance d’information à l’intention des États Membres de l’Organisation des Nations Unies concernant la flambée de maladie à virus Ebola et l’action menée en Guinée, au Libéria, au Nigéria et en Sierra Leone
12 août 2014

Distingués représentants des États Membres de l’Organisation des Nations Unies, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et diplomates, Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie. Je suis venue vous faire part de l’évaluation de la flambée de maladie à virus Ebola et de l’action de l’OMS.

Nous sommes confrontés à une urgence de santé publique de portée internationale.

La flambée de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest est une crise non seulement pour les pays touchés et leurs voisins et pour le continent africain, mais aussi pour la communauté internationale.

La flambée est sans précédent de par sa dimension, sa gravité et sa complexité. Des cas surviennent dans des zones rurales reculées, difficiles d’accès, mais aussi dans les capitales.

La confirmation du premier cas à Lagos, au Nigéria, a été un signal d’alarme. La maladie à virus Ebola peut se propager à l’occasion de voyages internationaux, faisant courir à chaque ville dotée d’un aéroport international un risque de cas importés.

À ce jour, près de 2000 personnes ont été infectées et plus de 1000 sont décédées. On ne prévoit pas de sitôt la fin de l’épidémie.

Il s’agit d’une crise sanitaire grave qui pourrait rapidement devenir une crise humanitaire si nous ne faisons pas plus pour stopper la transmission.

La décision de fermer la zone de plus forte transmission de la maladie, c’est-à-dire la zone située à l’intersection des frontières de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone, est essentielle si l’on veut empêcher la réinfection à travers les mouvements transfrontaliers de populations.

Plus d’un million de personnes sont touchées et ces personnes ont besoin d’une aide matérielle au jour le jour, notamment alimentaire. L’isolement de cette zone a rendu encore plus difficile pour les organismes comme MSF d’envoyer du personnel et de livrer des fournitures.

Je me suis entretenue de cette situation avec les Présidents des trois pays touchés. La communauté internationale doit se rassembler pour leur fournir les ressources dont ils ont besoin.

Le nombre d’agents de santé qui ont été infectés est sans précédent. Au cours des flambées passées, la transmission du virus dans les établissements de soins avait été stoppée dès lors que le virus Ebola avait été identifié et que des mesures de lutte contre l’infection avaient été mises en place.

Or cela n’a pas été le cas pour la flambée en cours. À ce jour, près de 170 agents de santé ont été infectés et plus de 80 sont décédés.

Les infections et les décès d’agents de santé ont trois conséquences majeures. Premièrement, ils réduisent les effectifs des personnels de santé, l’un des principaux atouts dans l’action contre l’épidémie.

Deuxièmement, ils peuvent conduire à la fermeture d’hôpitaux et de salles d’isolement, notamment lorsque le personnel refuse de venir travailler.

Troisièmement, ils peuvent susciter la peur, déjà forte, à de nouveaux extrêmes. Le grand public se pose cette question: si des médecins et des infirmières formés et bien équipés sont infectés, quel espoir nous reste-t-il ?

C’est d’ailleurs ce que j’ai entendu hier lors d’une réunion avec les ambassadeurs d’un petit groupe de pays africains. Beaucoup se sentent impuissants face à cette épidémie qui dépasse largement leur capacité de riposte. D’autres personnes ici feront part de leur expérience.

À titre d’exemple, un établissement traitant 70 malades d’Ebola doit pouvoir compter sur au moins 250 agents de santé. Dans cette région, le personnel manque et les hôpitaux disposant de salles d’isolement sont pratiquement inexistants.

De nombreux établissements ne sont pas alimentés de façon fiable en électricité et en eau courante. D’autres maladies infectieuses graves, comme le paludisme, la fièvre typhoïde et la fièvre de Lassa, et de nombreuses maladies chroniques sont négligées, les gens ayant peur de se rendre à l’hôpital.

La Guinée, le Libéria et la Sierra Leone n’ont retrouvé la stabilité politique que récemment après des années de guerre civile et de conflits, qui ont en grande partie détruit ou gravement endommagé leurs systèmes de santé.

La flambée épidémique, qui a déjà de graves conséquences économiques, menace de faire reculer ces pays. Les compagnies aériennes suppriment des vols. Certaines sociétés évacuent leur personnel.

Je vais être claire. Interdire les voyages n’arrêtera pas l’épidémie. Mais les efforts de prévention, si.

Les mesures standard, telles que la détection précoce et l’isolement des cas, la recherche des contacts et le suivi, et des procédures rigoureuses de lutte contre l’infection ont mis fin aux précédentes flambées d’Ebola et peuvent, cette fois aussi, être efficaces. Nous avons beaucoup appris lors des précédentes flambées, notamment en Ouganda, en République démocratique du Congo et au Gabon.

Mais comme l’épidémie, les difficultés auxquelles nous nous heurtons pour l’endiguer sont sans précédent. La recrudescence récente du nombre de cas a sollicité à l’extrême toutes les capacités.

Les stocks d’équipements de protection individuelle et de désinfectants sont insuffisants. Les rumeurs et les idées fausses sont nombreuses. Les moyens de diagnostic continuent d’être débordés, retardant la confirmation ou l’exclusion de cas et empêchant la recherche des contacts.

Certains établissements de traitement sont débordés. Tous les lits sont occupés et on refuse des malades.

D’autres établissements sont vides. Le fait de savoir qu’il n’y a pas de traitement pour Ebola pousse les familles à vouloir prendre soin de leurs proches à domicile ou à recourir à des guérisseurs traditionnels. Or ces deux pratiques favorisent la transmission.

Des pratiques funéraires traditionnelles profondément ancrées, qui supposent un contact étroit avec des dépouilles mortelles très contagieuses, constituent également un obstacle majeur à la lutte. En Guinée, par exemple, près de 60% des cas sont associés à des pratiques funéraires.

Les données provenant du terrain montrent que les risques de transmission sont considérablement diminués lorsque les enterrements sont pratiqués dans la dignité par des équipes convenablement formées, rémunérées, dotées de téléphones portables et de véhicules dédiés.

Six mois après le début de la flambée, la peur s’avère l’obstacle le plus difficile à surmonter. C’est la peur qui incite les contacts de cas à échapper au système de surveillance, les familles à cacher les malades et les malades à fuir les centres de traitement. La peur, et l’hostilité qu’elle engendre, menacent la sécurité des équipes nationales et internationales d’intervention.

Mesdames et Messieurs,

Il s’agit d’une épidémie qui progresse rapidement. Elle est survenue en trois vagues, la vague actuelle étant de loin la plus grave. L’OMS et ses partenaires adaptent rapidement leur action.

J’ai personnellement pris la responsabilité de coordonner l’action sous l’autorité de l’OMS et de mobiliser l’aide de la communauté internationale.

Les pays touchés sont bien équipés de systèmes et de programmes de technologie de l’information qui permettent une notification des cas en temps réel. La flambée épidémique est actuellement cartographiée de sorte que toutes les zones de transmission soient repérées et que des priorités puissent être définies.

L’aide internationale continue d’arriver. Les logisticiens de l’OMS coordonnent cette aide afin de garantir qu’elle va bien là où elle est le plus nécessaire et qu’elle aide les pays sans les surcharger.

Le Secrétaire général de l’ONU a demandé au Dr David Nabarro de coordonner l’action dans le cadre du système des Nations Unies. Celui ci a accepté de le faire et est à Genève depuis le début de la semaine.

Je m’entretiens fréquemment avec Jim Kim, le Président du Groupe de la Banque mondiale. Nous voulons tous deux faire en sorte que le soutien financier serve également à renforcer les systèmes de santé. Mais la priorité immédiate la plus importante est de stopper la propagation du virus, tant dans les pays touchés que vers d’autres pays. C’est indispensable pour mettre fin à la flambée.

Le niveau de vigilance et d’alerte est élevé partout dans le monde, comme en témoigne le nombre de fausses alarmes dans les aéroports et les services d’urgence. Un niveau élevé de vigilance aide à faire en sorte que les cas importés soient repérés et isolés avant de risquer de propager l’infection. Cela a été fait convenablement au Nigéria.

J’ai bon espoir qu’avec l’aide de nos partenaires, en collaboration avec les organismes des Nations Unies et d’autres partenaires représentés ici, nous arrivions à maîtriser cette épidémie. Les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis ne sont pas représentés ici aujourd’hui, mais nous apportent également un soutien solide dans les pays.

Mais je l’ai dit, nous ne voyons pas arriver rapidement la fin de l’épidémie. C’est une épidémie extraordinaire dont l’endiguement exige des mesures extraordinaires. Ensemble, nous pouvons y parvenir, chacun a un rôle à jouer.

Je vous remercie.

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