Directeur général

Le Directeur général de l'OMS fait le point de l’éradication de la poliomyélite

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Allocution liminaire prononcée lors de la réunion de haut niveau du groupe mondial des partenaires de la lutte contre la poliomyélite
Genève, Suisse

8 novembre 2012

Je souhaite remercier tout particulièrement M. l’ambassadeur Golberg et M. l’ambassadeur à la retraite Lange d’avoir dirigé ce groupe de haut niveau.

Vos opinions sont du plus grand intérêt alors que nous faisons le point des progrès accomplis, que nous préparons des stratégies pour la phase finale de l’éradication et que nous planifions la suite. Et nous avons raison d’agir ainsi.

Il y a un an, nous étions sur le point d’éradiquer la poliomyélite en Inde. Aujourd’hui, nous l’avons éradiquée et nous pouvons célébrer cette victoire avec assurance.

Je suis tout à fait d’accord avec le Comité de suivi indépendant. Il s’agit d’un «bel exploit». Cela montre au monde que le poliovirus peut effectivement être éliminé.

Il y a un an, le Comité de suivi indépendant a averti qu’il serait impossible d’éradiquer la poliomyélite si l’on poursuivait sur la même voie. Tout en se félicitant des succès remportés en Inde, le Comité soulignait que les pays où la transmission se poursuivait étaient confrontés à de sérieuses difficultés.

Cette appréciation était sévère mais correcte. Pour éradiquer la poliomyélite, il fallait réagir, s’y prendre autrement et aller plus vite.

Le Partenariat a examiné chaque critique sans complaisance et a décidé d’agir rapidement. L’Assemblée mondiale de la Santé a déclaré l’achèvement de l’éradication du poliovirus urgence programmatique pour la santé publique mondiale.

Le programme de lutte contre la poliomyélite a été restructuré. Tous les efforts sont désormais consacrés à l’action d’urgence. Cela exige de superviser directement les programmes par le biais d’un nouveau Conseil de supervision de la lutte contre la poliomyélite. Nous avons activé nos centres d’opération d’urgence, créé de nouveaux protocoles d’urgence et renforcé la direction des opérations dans les pays.

Nous avons recruté des milliers d’agents supplémentaires pour soutenir les efforts de lutte des gouvernements. L’Afghanistan, le Pakistan et le Nigéria ont lancé des plans d’action d’urgence supervisés par leurs présidents respectifs.

Fin septembre, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies a convoqué une réunion publique extraordinaire à laquelle ont pris part les présidents afghan, pakistanais et nigérian, M. Bill Gates, les chefs des organismes partenaires et moi-même. C’est une preuve de solidarité mondiale sans précédent.

Nous disposons de preuves irréfutables de l’efficacité des plans d’urgence nationaux. Pour la première fois, davantage d’enfants sont vaccinés dans les zones à haut risque. Nous pouvons l’affirmer avec assurance car nous disposons désormais de systèmes de suivi beaucoup plus précis et nous pouvons demander aux responsables locaux de rendre des comptes concernant la vaccination des enfants.

Dans son dernier rapport, du mois de juin, le Comité de suivi indépendant se félicitait de ces améliorations et observait que la poliomyélite se situait à son niveau le plus bas depuis le début de l’enregistrement des chiffres. Je vous rappelle que cette appréciation est émise huit mois à peine après le rapport publié par le Comité en octobre 2011.

Je crois que nous sommes à nouveau sur la bonne voie.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons vraiment la possibilité de réussir. Nous devons saisir cette chance très vite car la situation l’exige.

Nous avons raison de planifier dès maintenant la phase finale et la période post-éradication. Vous allez examiner le document de travail concernant le plan stratégique pour la phase finale de l’éradication (2013-2018), le plan de reconversion des moyens de lutte et les ressources financières nécessaires.

Ce document a été demandé par l’Assemblée mondiale de la Santé en mai dernier. Il propose une feuille de route pour achever l’éradication du poliovirus sauvage, abandonner le vaccin antipoliomyélitique oral et exploiter l’ensemble des moyens mis en place par cette immense initiative à la fois publique et privée.

De larges consultations se poursuivent pour améliorer la stratégie, qui doit encore être considérablement revue. Votre avis nous aidera à établir une stratégie solide à soumettre au Conseil exécutif en janvier prochain.

Comme le souligne le projet de plan stratégique, de véritables difficultés demeurent. Par exemple, il y a encore des lacunes persistantes de la couverture dans certaines régions du nord du Nigéria; dans certaines régions du Pakistan et de l’Afghanistan, la gestion est peu satisfaisante et l’insécurité règne; et un danger réel de nouvelle propagation internationale du virus est constamment présent, en particulier en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale.

Alors que les programmes sont appliqués avec un caractère d’urgence et que les résultats s’améliorent rapidement, le déficit financier reste le principal obstacle au succès. Tandis que nous établissons un plan pour la période 2013-2018, le déficit financier est un frein important. Le Comité de suivi indépendant a noté que la précarité du financement n’était «tout simplement pas compatible avec [l’]objectif ambitieux de faire cesser la transmission de la poliomyélite dans le monde».

Nous connaissons tous les enjeux. L’éradication de la poliomyélite apportera d’énormes bénéfices sur le plan humain et sur le plan économique. Elle permettra d’économiser plus de 50 milliards de dollars (US $) dans le monde au cours des 25 prochaines années, surtout dans les pays en développement. Plus jamais un enfant ne sera paralysé à vie à cause de la poliomyélite.

Et nous savons quels sont les risques si nous échouons. Plus de 250 000 personnes, y compris des adultes, seront atteintes de paralysie poliomyélitique chaque année.

Aujourd’hui, on compte moins de 200 nouveaux cas de poliomyélite dans le monde. Il est impensable de ne pas achever l’éradication de la maladie. Ce serait une catastrophe humanitaire, qu’il faut éviter à tout prix.

Je suis sûre que vous êtes d’accord. Nous sommes ici car nous sommes tous absolument déterminés à éradiquer la poliomyélite. Nous devons maintenir la pression sur les gouvernements afin qu’ils agissent d’urgence, qu’ils soient le plus efficaces possible et qu’ils rendent compte des résultats qu’ils ont obtenus.

Pour cela, nous devons gagner le soutien de nouveaux donateurs et du secteur privé. Les pays du G8, les pays du G20 et les pays islamiques doivent, en particulier, nous aider à éliminer définitivement la poliomyélite de la planète.

Je suis impatiente de connaître votre avis. Nous n’avons pas très souvent la possibilité d’améliorer définitivement les conditions de vie sur la terre ou de faire disparaître un fléau. L’éradication de la poliomyélite en est une.

Je vous remercie.

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