Directeur général

Le Directeur général s’adresse à l’ensemble des ONG

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Allocution d’ouverture lors d’une consultation sur l’engagement de l’OMS auprès des organisations non gouvernementales
18 octobre 2012

Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations non gouvernementales, Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse de vous accueillir pour cette consultation informelle.

En mai 2012, l’Assemblée de la Santé a confié à l’OMS un certain nombre de tâches pour soutenir le processus de réforme en cours. Dans le cadre des efforts visant à renforcer la gouvernance, il nous a été demandé d’élaborer un projet de document sur l’engagement de l’OMS auprès des ONG, qui fera l’objet de discussions au cours du Conseil exécutif de janvier.

Nous tenons aujourd’hui cette consultation pour rassembler vos avis et vos recommandations. Nous axerons en particulier nos travaux sur un cadre permettant d’assurer de manière régulière la consultation, la collaboration et l’accréditation.

Les délibérations de la présente consultation seront résumées et mises à la disposition des États Membres. Elles serviront à l’élaboration du projet de document pour le mois de janvier. À la suite des observations formulées lors du Conseil exécutif, le document sera à nouveau revu avant d’être présenté à l’Assemblée de la Santé en mai 2013.

Ce que vous allez dire aujourd’hui est très important. Je veux entendre vos opinions, vos souhaits, vos préoccupations et vos réclamations.

Plusieurs d’entre vous m’ont déjà fait part de leurs vues par écrit, ce que j’apprécie puisque cela me permet de mieux comprendre certaines de vos préoccupations particulières et de savoir quels moyens vous suggérez pour améliorer l’engagement de l’OMS auprès des organisations de la société civile.

Cette tâche n’est ni facile ni tout à fait simple. Comme vous le savez, on s’est intéressé, dans le cadre de plusieurs autres enceintes, notamment l’Initiative Société civile, à la nécessité d’améliorer l’engagement de l’OMS auprès de la communauté des ONG.

Certaines questions sont encore un peu confuses. Certaines questions rendent encore les États Membres quelque peu nerveux.

Je pense que nous pouvons tous être d’accord avec l’opinion exprimée par les organes directeurs de l’OMS, à savoir la nécessité de réexaminer et d’actualiser les principes régissant les relations de l’OMS avec les ONG.

Permettez-moi de souligner un point particulier. Personne ne remet en question la contribution que vos organisations apportent aux travaux de l’OMS. Dans le monde entier, le nombre des ONG a considérablement augmenté au cours des dernières années, tout comme votre influence sur les politiques en matière de santé, et votre impact sur la situation dans ce domaine.

Votre influence est particulièrement visible au cours de la négociation d’instruments pour la gouvernance mondiale de la santé, tels que ceux destinés à la lutte contre le tabagisme ou l’accès aux médicaments. Votre impact est particulièrement visible au niveau des pays, où bon nombre d’entre vous travaillent en tant qu’organismes chargés de la mise en œuvre.

Comme je l’ai dit à plusieurs occasions, les améliorations dans les résultats en matière de santé au sein des pays constituent le meilleur moyen de mesurer l’efficacité de l’ensemble des activités de l’OMS.

Les ONG occupent un espace politique unique. Vous rassemblez et exprimez le pouvoir social des gens ordinaires, par opposition aux pouvoirs coercitifs et réglementaires des gouvernements et au pouvoir économique du marché.

Les ONG mettent en pratique les recommandations techniques de l’OMS, faisant en sorte notamment qu’elles arrivent jusqu’aux populations défavorisées et marginalisées. Dans les situations de conflit, ou dans les pays les plus pauvres ou ceux où les gouvernements sont les plus faibles, les ONG peuvent être les principaux prestataires des services de santé. Il en va de même au cours des situations d’urgence humanitaires.

Vous rassemblez des chercheurs, des associations professionnelles, des instituts médicaux et des étudiants en médecine pour qu’ils influent sur des problèmes de santé spécifiques. Vous vous battez pour les droits humains.

Du fait de l’espace politique unique que vous occupez, vous pouvez vous exprimer franchement alors que les organisations internationales, telles que l’OMS, doivent se montrer diplomatiquement discrètes. Il ne nous est pas permis de fulminer ou de tempêter, mais certains d’entre vous le font très bien.

Votre importance s’est accrue au fur à mesure de l’évolution du monde. À une époque d’interdépendance extrême, les systèmes internationaux, tels que ceux qui régissent le commerce, les marchés financiers et les relations commerciales, ont parfois plus de pouvoir qu’un gouvernement souverain pour influer sur les vies et les possibilités offertes aux citoyens, y compris sur les chances qu’ils ont de bénéficier d’une espérance de vie en bonne santé.

Les évolutions et les menaces transnationales ont créé un nouvel espace. Vous occupez cet espace de manière judicieuse, en tant que contrepoids aux intérêts commerciaux et aux opinions politiques.

Vous menez des campagnes pour le commerce équitable, l’accès aux médicaments essentiels – et notamment des prix plus bas, la recherche et développement pour les maladies négligées, pour que les populations passent avant les profits, pour l’allaitement exclusif, la lutte contre le tabagisme, et pour mettre fin à la conduite en état d’ivresse.

Mesdames et Messieurs,

Je comprends pleinement vos préoccupations quant à l’insuffisance des mesures de protection contre les conflits d’intérêts, des préoccupations dont nos États Membres se font largement l’écho.

Et pourtant, la communauté des ONG n’est pas un groupe uniformément composé d’organisations altruistes.

Je crois savoir que les sous-catégories sont nombreuses: parmi celles-ci les BINGOS (ONG ayant un intérêt commercial), les PINGOS (ONG d’intérêt public), les GONGOS (ONG administrées par les gouvernements), voire même les CONGOS (ONG organisées par communauté) et les TANGOS (ONG pour l’assistance technique).

Les cadres institutionnels et opérationnels diffèrent d’une organisation à l’autre. La taille des interventions est variable, tout comme le degré d’efficacité et de viabilité des résultats. Dans le meilleur des cas, vos programmes sont étroitement alignés sur les lignes directrices techniques de l’OMS, mais ce n’est pas toujours le cas.

Les États Membres de l’OMS ont soulevé des interrogations sur votre légitimité. Vous intervenez, souvent en grands nombres, au sein des différents pays, mais généralement vous n’êtes pas soumis à la réglementation nationale.

J’ai entendu des protestations. Où est le contrôle gouvernemental ? À qui les ONG doivent-elles rendre des comptes ? Aux populations et au gouvernement du pays qu’elles servent ou aux personnes qui fournissent les fonds ?

Rien n’est jamais tout à fait positif ou négatif.

Les sources de financement peuvent-elles à elles seules définir la légitimité d’une ONG ? Je ne le pense pas. De nombreuses ONG hautement respectées et très efficaces reçoivent la majeure partie de leur financement de sources gouvernementales. Mais rares sont ceux qui accuseraient ces ONG de n’être que le bras armé de la politique étrangère.

Pour prendre un autre exemple, les ONG représentant le transport aérien sont clairement liées aux intérêts commerciaux. Mais la collaboration de l’OMS avec le secteur du transport aérien lors des enquêtes en cas de flambées ou de la lutte contre celles-ci est absolument indispensable et, je le crois, entièrement justifiée.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais souligner deux derniers points que je vous demande de garder à l’esprit. Ils sont particulièrement importants, puisqu’ils illustrent les convictions des États Membres de cette Organisation.

Le premier est simple. Même si la collaboration avec de multiples parties prenantes, dont les ONG, est essentielle, la prise de décision reste la prérogative des gouvernements. La nature intergouvernementale de la prise de décision à l’OMS reste primordiale.

En deuxième lieu, l’OMS s’est considérablement élargie et étendue, ce qui est l’une des raisons justifiant la réforme. L’un des objectifs prioritaires de la réforme est de rationaliser l’OMS, de la rendre plus légère, plus souple et plus apte à répondre à l’évolution rapide des besoins en matière de santé.

À maintes reprises, nos États Membres ont rejeté les propositions de réforme qui entraînaient l’instauration de nouveaux mécanismes ou l’ajout de nouveaux niveaux de complexité.

En d’autres termes, ma capacité à répondre à certaines de vos demandes pourra être limitée par les souhaits explicites formulés par les États Membres. Après tout, ils sont les parties prenantes et les propriétaires de cette Organisation.

Je vous remercie.

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