Directeur général

Conséquences de la variabilité du climat sur la santé

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Discours prononcé lors de la session extraordinaire du Congrès météorologique mondial
Genève, Suisse

29 octobre 2012

Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les délégués, Mesdames et Messieurs,

La prévention et la préparation sont au cœur de la santé publique. La gestion des risques est notre pain quotidien. Les informations scientifiques sur la variabilité du climat et sur les changements climatiques sont précieuses car elles nous aident dans notre tâche mais, jusqu’à présent, on ne les utilise pas assez.

Grâce au Cadre mondial pour les services climatologiques et au plan de mise en œuvre que vous allez examiner au cours de cette session, la situation devrait radicalement s’améliorer.

Le plan porte sur les quatre domaines où l’application d’informations climatologiques a le plus de chances d’avoir un effet immédiat sur la vie de l’être humain. La santé en est un. Les trois autres sont des déterminants fondamentaux de la santé: l’agriculture et la sécurité alimentaire, la gestion des risques de catastrophe et l’eau.

Le climat et la météorologie ont des conséquences sur l’air que nous respirons, sur les aliments que nous consommons et sur l’eau que nous buvons.

Les variables climatologiques contribuent à la survenue de catastrophes naturelles, qui entraînent des déplacements de populations, la perte des moyens de subsistance, la destruction d’infrastructures et une surpopulation et une insalubrité qui favorisent l’apparition d’épidémies, par exemple de maladies diarrhéiques, deuxième cause de mortalité chez le jeune enfant dans le monde.

Les cycles de transmission de beaucoup de maladies parmi les plus inquiétantes dans le monde sont déterminés par la chaleur, l’humidité et le régime des pluies.

Le paludisme en est un exemple. La variabilité du climat influe énormément sur le parasite à l’origine de la maladie, sur les moustiques vecteurs et sur la maladie elle-même et elle a plusieurs fois été liée à des épidémies.

Pour prédire une augmentation inhabituelle de la transmission du paludisme et faciliter la préparation, les scientifiques utilisent des jeux de données climatologiques, basées sur les progrès des prévisions saisonnières. C’est essentiel car, en l’absence de médicaments, un enfant atteint de paludisme peut mourir dans un délai de 24 heures.

Le paludisme est d’une extrême importance. Dans les zones d’endémie, en particulier en Afrique, cette maladie est le principal obstacle d’ordre sanitaire au développement économique.

Les maladies à potentiel épidémique, comme le choléra, la dengue et la méningite bactérienne, en sont un autre exemple. Ces maladies, que contractent beaucoup de gens, sont toutes très sensibles à la variabilité du climat.

L’apparition du choléra est favorisée par les pluies abondantes et les inondations mais la maladie peut aussi survenir lorsqu’une sécheresse compromet la qualité de l’eau et l’hygiène des aliments.

Au cours des cinquante dernières années, l’incidence mondiale de la dengue a été multipliée par 30. Aujourd’hui, la dengue est l’une des principales maladies virales transmise par les moustiques dans le monde. Partout, elle entraîne des coûts humains et économiques gigantesques. Les études montrent qu’il existe une corrélation entre la chaleur, l’humidité et la faiblesse du vent d’une part et les épidémies d’autre part.

La méningite bactérienne est la probablement la maladie infectieuse la plus crainte en Afrique subsaharienne. Pratiquement chaque année, des épidémies mortelles et invalidantes sévissent dans toute la ceinture africaine de la méningite. On ne comprend pas encore bien ce qui déclenche ces épidémies mais il est clair qu’elles sont étroitement liées au climat. Elles se produisent toujours lorsque souffle l’harmattan, un vent chaud et chargé de poussière.

Ces épidémies perturbent souvent la société, et les équipes chargées d’y faire face sont confrontées à de lourdes exigences logistiques. Les prévisions permettent aux responsables de la santé de pré-positionner des médicaments, des vaccins et d’autres moyens de lutte contre la maladie afin d’éviter les décès.

Le climat a également une influence sur l’apparition de nouvelles maladies. Près de 80% des nouvelles maladies qui touchent l’être humain ont leur origine chez les animaux domestiques ou sauvages. Les variables climatiques, y compris celles qui influent sur la disponibilité des denrées alimentaires et de l’eau, ont un impact direct sur les populations d’animaux sauvages, leur concentration et leur incursion dans des zones habitées.

À la suite de déplacements de populations animales liés au climat, un agent pathogène présent chez l’animal peut sauter la barrière des espèces et infecter l’être humain, comme c’est le cas pour le virus Nipah en Malaisie et pour les hantavirus aux États-Unis d’Amérique. Dans le cas des hantavirus, une nouvelle pathologie respiratoire sévère est apparue après une longue période de sécheresse suivie de fortes pluies, qui ont eu une incidence sur les populations de souris de chasse.

Prenons aussi l’exemple des oiseaux migrateurs qui peuvent propager, à travers les continents et les océans, des maladies telles que la fièvre à virus West Nile et la grippe aviaire à virus H5N1, potentiellement mortelle. Les oiseaux migrent en fonction des conditions climatiques, y compris des vents et des fronts froids. Lorsque les agents infectieux ont un hôte intermédiaire – le porc pour le virus Nipah et la volaille pour le virus de la grippe aviaire –, les coûts économiques peuvent être énormes.

Pour toutes ces maladies, les États Membres de l’OMS souhaitent privilégier l’évaluation anticipée des risques, les systèmes d’alerte rapide et les mesures préventives par rapport à la riposte en situation d’urgence. Les services climatologiques constituent une ressource précieuse à cet égard.

Mesdames et Messieurs,

La troisième Conférence mondiale sur le climat, organisée par l’Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM) en 2009, a bien montré la pertinence des informations climatologiques pour tous les pays dans la quasi-totalité des secteurs de la société. Elle a également conclu qu’il fallait de toute urgence conclure des partenariats beaucoup plus étroits entre les prestataires et les usagers des services climatologiques.

Les débats de la semaine dernière sur les services climatologiques sont venus réaffirmer ces messages grâce à des exemples parlants de collaboration entre les services de santé et les services climatologiques, du niveau mondial au niveau national.

Ces réunions nous permettent de parvenir à une conclusion importante : la contribution des services climatologiques à la santé est maximale lors que les utilisateurs finals participent à la définition, à la gestion et à la mise en œuvre de ces services.

Je ne vous ai donné qu’un petit aperçu des domaines où les services météorologiques et hydrologiques peuvent faciliter la planification et l’action sanitaires. Il y en a beaucoup d’autres. Le climat a de grandes conséquences sur les conditions de vie – et la survie – des populations. Les services climatologiques peuvent réellement améliorer ces conditions de vie, notamment en permettant aux gens d’être en meilleure santé.

Avec la poursuite du changement climatique dans le monde, les liens entre climat et santé apparaîtront de plus en plus clairement et seront de plus en plus considérés comme des priorités appelant une action d’urgence.

L’OMS accueille avec satisfaction la création du Cadre mondial pour les services climatologiques. Je suis heureuse que le projet de de mise en œuvre mentionne explicitement l’OMS en tant que partenaire potentiel et principal utilisateur des informations climatologiques.

Comme l’OMS, ce cadre donne la priorité aux besoins des groupes vulnérables et au renforcement des capacités dans les pays en développement. Nous nous en réjouissons car, par exemple, l’utilisation de données climatologiques pour prévoir la transmission du paludisme est limitée du fait que, pour une grande partie de l’Afrique, où la charge du paludisme pèse le plus lourdement, on ne dispose pas de données de qualité venant de stations météorologiques.

La collaboration entre l’OMS et l’OMM est depuis longtemps très fructueuse. Nous espérons poursuivre sur cette base avec la mise en œuvre du Cadre mondial.

Je vous remercie.

Partager

Liens connexes