Directeur général

Financement de la recherche-développement: répondre aux besoins des plus démunis

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’OMS

Remarques liminaires à l’occasion de la Réunion des États Membres à composition non limitée sur le suivi du rapport du groupe de travail consultatif d’experts sur le financement et la coordination de la recherche-développement (CEWG)
Genève, Suisse

26 novembre 2012

Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les délégués, Mesdames et Messieurs,

La présente réunion à composition non limitée a été organisée à votre demande en vue d’examiner en profondeur le rapport du groupe de travail consultatif d’experts sur le financement et la coordination de la recherche-développement (CEWG). Il vous est demandé, en particulier, d’évaluer la faisabilité des recommandations qui y figurent.

Je tiens à remercier chaleureusement le Président, le Vice-Président et les membres du CEWG pour le travail considérable qu’ils ont fourni afin de rédiger ce rapport. Je leur sais gré de la sagesse, de la rigueur et du souci du compromis dont ils ont fait preuve ainsi que de la manière très ouverte et transparente avec laquelle ils ont examiné les propositions et formulé leurs recommandations.

Je tiens également à les remercier de l’attention évidente qu’ils accordent à la question de la santé publique. Tout au long du rapport, il apparaît clairement que la vie des personnes qui n’ont pas accès aux avantages de la R&D figure au cœur des préoccupations des membres du CEWG. Il en va de même pour moi.

Votre travail fait fond sur les consultations nationales et sur celles organisées par les bureaux régionaux de l'OMS. La présente réunion bénéficie en outre d’un large soutien, qui va au-delà même de l’OMS et dont témoigne l’intérêt porté par la société civile, plusieurs auteurs d’articles et éditoriaux récemment publiés dans des revues médicales, et d’autres réunions d’experts organisées pour examiner les différentes modalités recommandées de mise en œuvre.

Nombreux sont ceux qui pensent que cette initiative aurait dû être entreprise il y a déjà longtemps, et que le fruit des efforts ainsi engagés pourrait transformer la santé publique.

Vous avez eu l’occasion d’examiner un large éventail de recommandations et de possibilités dans trois grands domaines : le suivi des flux de R&D, la coordination de la R&D et les mécanismes de financement. Ces aspects sont interdépendants. Et ils sont tous trois nécessaires.

Nous avons besoin d'argent, bien sûr. Mais il nous faut aussi savoir comment il est dépensé. Et la coordination permet de garantir qu’il est judicieusement investi.

C’est le seul moyen dont nous disposons pour savoir, par exemple, si la priorité pour une maladie donnée est d’améliorer les outils de diagnostic ou les médicaments, et pour affecter ensuite les ressources en conséquence.

Les recommandations que vous allez examiner sont diverses: elles vont de la création d’un observatoire de la recherche-développement à la mise en place d’un instrument international de financement commun, en passant par le lancement de négociations sur un cadre mondial ou une convention.

Parmi les possibilités à l'examen figurent des règles de droit souple, mais aussi des dispositions juridiques contraignantes. Permettez-moi de vous le rappeler: les dispositions juridiques contraignantes, notamment les conventions et traités, ne garantissent nullement que les financements suivront, en particulier lorsque les mécanismes d’application sont peu développés.

Pour leur part, les règles de droit souple – à l’instar des déclarations politiques et des codes de bonne pratique – ne mèneront nulle part si l’on ne garantit pas des financements adéquats et durables. Tout est une question de volonté politique.

Il a notamment été proposé de créer un organe consultatif mondial chargé de faciliter l’établissement des priorités. Mais le poids de cette instance dépendra de la volonté qui sera manifestée de s’atteler aux priorités mises en évidence.

Avec de la volonté politique et de la détermination, des solutions viables pourront être trouvées. Il est grand temps d’agir en ce sens.

Mesdames et Messieurs,

Globalement, les travaux du CEWG et des initiatives qui l’ont précédé ont pour objet de pallier aux insuffisances du régime d’incitation et de récompense en place en matière de recherche-développement.

Ce régime a comme moteur le marché et ce qu’il est prêt à payer. Il fait reposer le financement de l’innovation sur les brevets et leur protection et favorise l’investissement dans les innovations à potentiel commercial.

Dans ce contexte, les maladies qui touchent de manière disproportionnée les plus démunis ne recevront jamais leur juste part d’investissement. Le marché en question peut être immense, mais la demande ne peut s'exprimer du fait d’un pouvoir d'achat trop faible, voire nul.

D'autres problèmes apparaissent lorsque les priorités sont fixées en fonction de critères financiers. Par exemple, le monde manque de plus en plus d’antibiotiques – une tendance qui affecte tous les pays, riches ou pauvres. Mais les antibiotiques ne seront jamais aussi lucratifs que les traitements pour les maladies chroniques.

En vue d’atténuer cette distorsion en faveur des innovations à potentiel commercial, vous allez évaluer des mécanismes, des stratégies et des instruments qui pourraient inciter à investir dans la R&D pour les produits moins rentables, faire en sorte que le programme de R-D soit défini en fonction des besoins, et dissocier le coût de la R&D du prix des produits.

Nous avons besoin de nouvelles méthodes créatives et pratiques, mais aussi de nouvelles ressources financières. Le CEWG a d’ores et déjà écarté sur des bases factuelles certaines propositions de financement qui semblaient incapables de mobiliser des fonds suffisants ou étaient insuffisamment viables. L’analyse de faisabilité que vous allez conduire revêtira à cet égard une importance particulière.

Avant de conclure, permettez-moi d'énoncer un fait sur lequel nous pouvons tous nous entendre: la tâche qui vous attend est loin d’être simple.

Comme le rappelle la préface du rapport du CEWG, la problématique à l'étude est apparue il y a au moins une vingtaine d'années. Le rapport s’efforce, sinon de mener à son terme cette longue discussion, en tous cas de lui faire prendre un tournant décisif.

Je voudrais comme beaucoup d'autres exprimer mon plein appui à cette réunion qui peut contribuer à clore le débat en proposant des solutions, justes, clairvoyantes et réalistes.

Ce faisant, vous allez transformer au mieux les perspectives sanitaires de millions de personnes. Les plus démunis méritent les meilleurs soins médicaux car la vie leur a si peu donné.

Je vous remercie.

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