Directeur général

Un monde plus sûr passe obligatoirement par une plus grande égalité sociale

Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Allocution d’ouverture prononcée à l’occasion de la soixante-troisième session du Comité régional des Amériques
Washington, États-Unis d’Amérique

26 septembre 2011

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les délégués, Dr Roses, Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse de participer à l'ouverture de la soixante-troisième session du Comité régional des Amériques. Cette année, les pays de la Région ont eu de la chance.

Malgré les perturbations et les revers auxquels vous avez dû faire face, vous n’avez pas été touchés par les soubresauts qui ont agité une grande partie de la planète.

Le ralentissement économique s'est aggravé. La crise financière sévit à peu près partout. Mais cette Région n'a pas connu d'incertitudes aussi grandes que celles provoquées par la crise de la dette en Europe.

Même si les Amériques sont souvent frappées par des catastrophes naturelles, elles n’ont pas été confrontées, comme le Japon, à une triple catastrophe naturelle, la plus chère à ce jour.

La Région est également mieux préparée que la plupart des autres à faire face aux catastrophes.

Je salue la solidarité manifestée lors de la reconstruction des infrastructures de santé d'Haïti, qui ont été pratiquement anéanties. Cette reconstruction prend du temps, certes, mais la menace permanente que font planer les maladies transmissibles et non transmissibles rend cette tâche d’autant plus urgente.

Comme l’indiquent vos documents, les trois principales causes de morbidité dans la Région sont les actes de violence, l'abus d'alcool et le tabagisme.

Les violences permanentes au Mexique et en Amérique centrale sont très inquiétantes. Mais les pays des Amériques n’ont pas connu de bouleversements comparables au printemps arabe, parfois porteur d’espoir mais aussi profondément inquiétant, qui a commencé au début de l'année et qui n’est pas encore fini.

Comme la crise financière de 2008, cette vague de soulèvements et de protestations semble avoir pris le monde par surprise. Avec le recul, les analystes politiques et économiques ont repéré les causes profondes qui nous permettent, aujourd'hui, de comprendre voire d’anticiper ces troubles.

Ces analystes signalent comme causes de ces troubles les énormes inégalités de revenus, de chances, particulièrement pour les jeunes, et d’accès aux services sociaux. Et ils en concluent que, sur les plans politique et économique, un monde plus sûr passe obligatoirement par une plus grande égalité sociale.

Les ministres de la santé présents dans cette salle savent parfaitement qu’il est important de réduire les inégalités. C’est dans la Région des Amériques que les inégalités sont les plus grandes concernant l’accès aux soins et les résultats sanitaires.

Mais c’est là aussi que les progrès dans la lutte contre les inégalités sont les plus grands, grâce à votre engagement indéfectible en faveur des soins de santé primaires, une approche soutenue avec conviction par votre Directeur régional. Les formidables progrès récents dans la couverture vaccinale de tous les enfants, n'en est qu'un exemple.

Mesdames et Messieurs,

La Région a eu de la chance à bien des égards, mais vos pays n'ont pas été épargnés par les assauts des maladies chroniques non transmissibles. Aucun pays dans le monde n’est à l’abri.

Les maladies non transmissibles touchent tous les pays, qu’ils soient dans l’hémisphère nord ou dans l’hémisphère sud, que leur climat soit tropical ou tempéré, qu’ils soient riches ou pauvres. Elles sévissent désormais partout, sous l’impulsion de forces universelles telles que l'urbanisation et la mondialisation de modes de vie malsains.

Comme l’a clairement montré la réunion de haut niveau de l'ONU de la semaine dernière, ces maladies représentent une menace d’un nouveau genre pour la santé et l’économie.

Cette réunion a pu avoir lieu grâce à la CARICOM. Je la remercie de son initiative qui a permis de mettre l’accent sur l’importance des cardiopathies, du diabète, du cancer et des affections respiratoires chroniques.

La session de l'Assemblée générale des Nations Unies a montré l'ampleur de la menace et a signalé qu’il fallait d’urgence prendre des mesures permettant d’y faire face, sous la responsabilité des gouvernements au plus haut niveau.

Nous espérons que cette attention accordée par l'ensemble des pouvoirs publics s’amplifiera lors de la Conférence mondiale sur les déterminants sociaux de la santé, qui se tiendra au Brésil le mois prochain.

La réunion des Nations Unies a un autre aspect positif: l'importance accordée aux soins de santé primaires. Il est désormais acquis qu'un système de soins de santé primaires robuste est la seule manière pour les pays de pouvoir supporter le fardeau de plus en plus lourd des maladies non transmissibles.

Quand vous examinerez les points de l’ordre du jour relatifs à l'urbanisation et à l'usage nocif de l'alcool, vous aborderez des éléments de la lutte contre les maladies non transmissibles.

Des efforts admirables ont été entrepris pour instaurer des mesures drastiques de la lutte antitabac, ici aux États-Unis d’Amérique, en Uruguay et ailleurs, mais l’industrie du tabac, dont les méthodes et les tactiques ne sont pas toujours très propres, se fait menaçante et va jusqu’à intenter des procès.

L’industrie du tabac a les moyens de faire appel aux meilleurs avocats et aux meilleurs cabinets de relations publiques. L’argent a plus de poids que la morale, l’éthique ou la santé publique et peut faire fi des preuves scientifiques les plus accablantes. Cela s’est déjà produit.

Supporter le poids financier des arbitrages commerciaux et d'investissement est difficile pour n'importe quel pays, mais surtout pour un petit pays comme l'Uruguay.

Je vous exhorte à ne pas céder. Si un pays cède à ces tactiques d'intimidation, cela entraînera un effet domino. C'est exactement ce que l'industrie du tabac recherche.

L'OMS est profondément attachée à la lutte contre l'épidémie du tabagisme afin que l’industrie du tabac cesse de semer la maladie et la mort.

Nous soutenons tous les pays qui consentent cet effort. Je sais que les pays dans les Amériques feront de même, dans l'esprit de solidarité et de soutien mutuel pour une meilleure santé qui caractérise cette Région.

Je vous remercie.

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