Alerte et action au niveau mondial (GAR)

Flambée de syndrome hémolytique et urémique en Allemagne

Une grave flambée épidémique inquiète en Allemagne, où trois femmes sont mortes et 276 cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU) ont été notifiés depuis la deuxième semaine de mai. Le SHU, qui peut entraîner une insuffisance rénale, est une complication d’une infection par une bactérie Escherichia coli particulière. Alors que la plupart des bactéries E. coli sont inoffensives, un groupe appelé E. coli entérohémorragique (ECEH) peut produire des toxines, de type Shiga ou vérotoxines, qui peuvent léser les cellules sanguines et les reins. On les appelle respectivement E. coli producteur de toxine de type Shiga (STEC) ou E. coli producteur de vérotoxine (VTEC). De nombreuses personnes ont été hospitalisées, plusieurs d’entre elles ont nécessité des soins intensif et l’on continue d’identifier de nouveaux cas, le plus récent étant apparu le 25 mai. D’autres pays ont signalé des cas, en particulier la Suède, qui a notifié dix cas de SHU, dont deux en soins intensifs. Toutes les personnes atteintes se sont rendues récemment en Allemagne, pour la plupart dans le Nord du pays.

Cette flambée n’est pas courante de par son développement très rapide et de par le nombre inhabituel d’adultes atteints (86 % sont des personnes âgées de 18 ans et plus), notamment des femmes (67 %), alors que, normalement, les groupes à haut risque sont les jeunes enfants et les personnes âgées. On a toutefois signalé des cas chez des enfants d’âge scolaire. On soupçonne le sérogroupe O104 inhabituel d’E. coli d’être l’agent pathogène associé cette flambée. L’enquête épidémiologique sur l’origine de la flambée est en cours. Bien que celle-ci n’ait pas été encore déterminée, on suspecte des concombres et l’Institut Robert Koch en Allemagne conseille à la population, à titre de précaution, d’éviter de manger des tomates, des concombres et des laitues, en plus de prendre les mesures habituelles d’hygiène pour manipuler des fruits ou des légumes.

L’Allemagne a notifié la flambée à l’OMS, dans le cadre du Règlement sanitaire international (RSI), en tant qu’événement pouvant constituer une urgence de santé publique de portée internationale, et l’OMS échange les informations avec les autorités sanitaires dans les autres pays. L’OMS a également proposé une assistance technique et se tient prête à faciliter la collaboration entre les laboratoires pour aider les pays qui n’ont pas les moyens de détecter le sérogroupe O104 inhabituel d’E. coli. Elle restera en contact étroit avec les autorités concernées.

ECEH peut provoquer des diarrhées sanglantes et des douleurs abdominales. Les personnes qui manifestent ces symptômes et qui se trouvent en Allemagne ou ont récemment visité ce pays, en particulier le Nord, doivent consulter un médecin d’urgence. Le SHU peut avoir comme complication une insuffisance rénale aiguë, pouvant apparaître après disparition de la diarrhée. On ne recommande pas en général de traiter avec des produits anti-diarrhéiques ou des antibiotiques car ils peuvent aggraver l’état du patient.

Le lavage régulier des mains, en particulier avant de préparer ou de consommer des aliments et après avoir été aux toilettes, est fortement recommandé, notamment pour ceux qui s’occupent de jeunes enfants ou qui souffrent d’immunodépression. La bactérie peut en effet se transmettre d’une personne à l’autre, ainsi que par les aliments, l’eau ou par contact direct avec des animaux.

L’OMS ne préconise pas de restrictions aux voyages en Allemagne ou aux échanges commerciaux avec ce pays.

Informations utiles

Le syndrome hémolytique et urémique (SHU) est une maladie potentiellement mortelle se caractérisant par une insuffisance rénale aiguë (urémie), une anémie hémolytique et une baisse de la numération plaquettaire (thrombopénie). Il affecte surtout, mais pas exclusivement, les enfants. Il provient d’une infection à ECEH et l’on estime que jusqu’à 10 % des patients atteints par cette infection peuvent développer le SHU, avec un taux de mortalité pouvant aller jusqu’à 5 %. Globalement, le SHU est la cause la plus fréquente d’insuffisance rénale aiguë chez le jeune enfant. On peut observer des complications neurologiques (convulsions, accident vasculaire cérébral et coma) chez 25 % des patients et des séquelles rénales chroniques, en général peu sévères, chez environ 50 % des survivants.

E. coliproduisant une toxine de type Shiga (STEC) ou E. coli entérohémorragique (ECEH) est une souche virulente d’E. coli que l’on trouve couramment dans les intestins des animaux, principalement chez les ruminants. Les ECEH produisent des toxines, appelées vérotoxines ou toxines de type Shiga, à cause de leur ressemblance avec les toxines produites par Shigella dysenteriae. Elles peuvent provoquer des toxi-infections alimentaires sévères. STEC se transmet à l’homme principalement par la consommation d’aliments contaminés, comme les viandes hachées crues ou pas assez cuites, le lait cru, l’eau contaminée, par contact direct avec des animaux ou par contact avec des sujets contaminés. Elle est détruite par la cuisson si les aliments atteignent dans leur intégralité une température égale ou supérieure à 70 °C. On observe dans les symptômes des crampes abdominales et des diarrhées, parfois sanglantes. Il peut également y avoir de la fièvre et des vomissements. La plupart des patients guérissent en 10 jours mais, dans quelques cas (notamment de jeunes enfants et des personnes âgées), l’infection peut entraîner une maladie potentiellement mortelle, comme le SHU. Les mesures de prévention pour les infections à STEC sont les mêmes que celles recommandées pour les autres toxi-infections alimentaires, à savoir les règles d’hygiène de base pour les aliments, telles qu’elles sont décrites dans les Cinq clés de l’OMS pour des aliments plus sûrs.

Pour en savoir plus

Partager