Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Garantir la sécurité sanitaire des aliments et protéger la santé des consommateurs: les 50 ans de la Commission du Codex Alimentarius

Angelika Tritscher a, Kazuaki Miyagishima a, Chizuru Nishida b & Francesco Branca b

a. Département Sécurité sanitaire des aliments et zoonoses, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27 (Suisse)
b. Département Nutrition pour la santé et le développement, Organisation mondiale de la Santé, Genève (Suisse).

Correspondance à adresser à Angelika Tritscher :tritschera@who.int).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2013;91:468-468A. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.13.125518

La mondialisation du commerce, qui a amélioré l'offre alimentaire et contribué à sa diversification dans le monde entier, a aussi multiplié les risques qu’un aliment produit dans un endroit affecte la santé et l’alimentation de populations vivant ailleurs. En conséquence, des mesures mondiales portant sur la sécurité sanitaire des aliments et la nutrition au-delà des frontières, les institutions et les disciplines, ainsi que l’établissement de normes fondées sur des bases factuelles, sont plus importantes que jamais. Depuis ses débuts en 1963, la Commission du Codex Alimentarius a élaboré des centaines de ces normes et fourni des orientations pour améliorer la sécurité sanitaire des aliments et la nutrition dans chacun de ses États Membres et à l’échelle mondiale.

La Commission, dont les 186 membres représentent 99% de la population mondiale, est le principal organe du Programme mixte de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur les normes alimentaires.1 En plus des normes sur la sécurité sanitaire des aliments et la nutrition, elle élabore des directives et des codes de pratiques destinés aussi à protéger la santé des consommateurs tout en garantissant des pratiques équitables dans le commerce des aliments.

Ces normes et les textes qui s’y rapportent couvrent un éventail impressionnant de sujets d’importance internationale ayant trait aux biotechnologies, aux pesticides, aux agents pathogènes, aux additifs, aux contaminants, à l’étiquetage des aliments, aux valeurs de référence pour les nutriments (en particulier celles qui sont en rapport avec le risque de maladies non transmissibles) et à de nombreux autres domaines. En 1995, l’Accord de l’Organisation mondiale du Commerce sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires demandait aux Membres de l’Organisation mondiale du Commerce d’harmoniser leurs réglementations nationales avec les normes du Codex, 2 qui sont devenues depuis lors des références internationales en matière de sécurité sanitaire des aliments.

Pendant toutes ces décennies, la Commission a bénéficié des avis scientifiques et techniques de l’OMS. En collaboration avec la FAO, l’OMS a organisé des réunions internationales d’experts pour traiter les problèmes émergents ou urgents et fournir des évaluations indépendantes du risque; les recommandations de ces réunions ont alimenté directement le processus de fixation des normes de la Commission. Quatre groupes d’experts se réunissent régulièrement:

  • le Comité mixte FAO/OMS d’experts des Additifs alimentaires a procédé à des évaluations des risques liés aux additifs alimentaires, aux contaminants, aux toxines naturelles et aux résidus de médicaments vétérinaires dans les aliments depuis 1956;
  • les réunions conjointes FAO/OMS sur les résidus de pesticides ont évalué depuis 1963 leurs effets potentiels pour la santé et ont recommandé des limites maximales de résidus dans des produits alimentaires particuliers;
  • les réunions conjointes d’experts FAO/OMS sur l’évaluation des risques microbiologiques se sont intéressées depuis 2000 à des évaluations du risque pour certaines associations agent pathogène-produit alimentaire; et
  • les réunions conjointes d’experts FAO/OMS sur la nutrition, nouvellement créées, donnent des avis scientifiques sur les questions de nutrition.

Bien que les normes du Codex soient parfois considérées comme des «normes commerciales», leur première finalité est de protéger la santé des consommateurs en garantissant la sécurité sanitaire et la qualité nutritionnelle des produits alimentaires dans le commerce mondial. L’importance de ce travail est mise en évidence par la lourde charge de morbidité due aux troubles et aux maladies liés aux aliments et à l’alimentation. Les maladies diarrhéiques transmises par les aliments ou par l’eau tuent, selon les estimations, 2,2 millions de personnes par an, principalement des enfants3, et les aliments contenant des teneurs nocives en produits chimiques peuvent provoquer de graves problèmes de santé, dont des cancers.

Une alimentation trop riche en calories peut entraîner l’obésité et des affections comme le diabète, les cardiopathies coronariennes, le cancer, l’hypertension et les accidents vasculaires cérébraux.4,5 D’un autre côté, une alimentation insuffisante et des carences en vitamines ou sels minéraux peuvent également provoquer un nombre énorme de décès et d’incapacités. Le retard de croissance, qui signe la sous-alimentation chronique, touche 165 millions d’enfants de moins de 5 ans et l’on estime que 35% des décès d’enfants de cet âge s’associent à ce problème.6 Les maladies d’origine alimentaire et la malnutrition compromettent non seulement la santé et la productivité, mais aussi le potentiel de développement durable des pays.

Alors que la Commission célèbre 50 années de travaux fructueux, le moment est peut-être venu de réfléchir à ses orientations et aux moyens pour elle de servir encore mieux les intérêts du public. Au cours des ans, la Commission a eu un champ d’action de plus en plus large. Grâce aux travaux du Projet et fonds fiduciaire FAO/OMS visant à faciliter la participation au Codex, lancé en 2003, davantage de pays en développement ou en économie de transition participent activement à la Commission. L’ouverture, la transparence et la précision de ses procédures de rapports et d’établissement des priorités se sont améliorées. Néanmoins, les évolutions rapides des échanges commerciaux et des voyages de nos jours nécessitent un système international de fixation des normes qui soit capable de réagir plus rapidement aux nouvelles situations.

L’un des moyens d’y parvenir pourrait être de mieux utiliser les technologies modernes de l’information. Un appui plus solide aux relais nationaux du Codex est également nécessaire, de même qu’une volonté politique renforcée et une reconnaissance de l’importance de la sécurité sanitaire des aliments et de la nutrition pour la santé publique. Comme le commerce, la nutrition et la sécurité sanitaire des aliments sont si étroitement interconnectés, une plus proche collaboration entre les différents secteurs et des interactions plus fortes entre le Codex et d’autres acteurs d’envergure mondiale seront essentielles.


Références

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