Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Pourquoi ne parvenons-nous pas à promouvoir l’activité physique au niveau mondial?

Philipe de Souto Barreto a

a. Gérontopôle de Toulouse, Institut du Vieillissement, Centre Hospitalo-Universitaire de Toulouse (CHU Toulouse), 37 Allée Jules Guesde, 31000 Toulouse, France.

Correspondance avec Philipe de Souto Barreto: philipebarreto81@yahoo.com.br

Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé 2013;91:390-390A. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.13.120790

La sédentarité est l’un des facteurs qui contribuent à la mauvaise santé dans le monde les plus répandus et les plus persistants. Est sédentaire une personne qui ne parvient pas à pratiquer l’activité physique minimale recommandée, c’est-à-dire, pour les adultes, 150 minutes d’exercice aérobique modéré ou 75 minutes d’exercice aérobique intensif par semaine, soit une combinaison équivalente.1 Dans 72 des 159 pays pour lesquels des données sur l’inactivité physique étaient disponibles en 2008 (c’est-à-dire 59%) 2, la prévalence de celle-ci dans la population cette année-là dépassait 30%, et dans deux des Régions de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) – les Amériques et la Méditerranée orientale – cette prévalence dépassait 40%.

Selon les estimations de l’OMS, la sédentarité est le quatrième facteur de risque de mortalité au niveau mondial.1 En 2002, on estimait qu’elle était responsable de 1,9 million de décès dans le monde et avait représenté 19 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY).3 À l’heure actuelle, la sédentarité représenterait une moyenne annuelle d’environ 3,2 millions de décès et plus de 69 millions de DALY.4 Cela représente une augmentation de 68,4% du nombre de décès et une multiplication par 3,6 du nombre de DALY en un plus d’une décennie.

La sédentarité est un comportement complexe et multifactoriel dont les déterminants varient selon les pays.5,6 Ces déterminants comprennent plusieurs facteurs, dont l’âge et le sexe.7, ainsi que des facteurs environnementaux.8, géopolitiques et économiques. Parmi les raisons qui font que les gens ont du mal à pratiquer une activité physique régulière figurent des facteurs liés à la santé et des facteurs psychosociaux tels qu’une maladie chronique ou un sentiment d’efficacité personnelle insuffisante.9,10

Un taux de délinquance élevé, la densité du trafic et l’absence de parcs ou de trottoirs, pour ne citer que quelques exemples, peuvent décourager les gens de pratiquer une activité en plein air. D’autre part, la plupart des pays qui ont une faible prévalence de la sédentarité (c’est-à-dire <20%) 2 sont des pays d’Afrique et d’Asie dont les économies dépendent en grande partie d’activités exigeantes physiquement (agriculture et mines, par exemple).

Les taux de sédentarité dans le monde suggèrent que nous ne parvenons pas à promouvoir de manière efficace l’exercice physique régulier. Ce n’est pas faute de reconnaissance sociale de l’importance de l’activité physique ou faute d’intérêt de la part des décideurs et des organismes de santé publique. En réalité, le meilleur moyen de promouvoir l’activité physique régulière a fait l’objet de débats animés depuis des décennies, et les autorités de la santé publique et l’OMS.2 mènent depuis longtemps une bataille contre la sédentarité dans le cadre de campagnes de santé publique et de diverses interventions axées sur les bienfaits de l’activité physique pour prévenir les maladies non transmissibles.

Les professionnels de santé s’efforcent d’encourager les gens à faire de l’exercice en expliquant tous les bienfaits qu’ils peuvent retirer d’une activité physique pratiquée au niveau recommandé pour promouvoir la santé. Malgré tous ces efforts cependant, la sédentarité reste un facteur important de mauvaise santé dans le monde. Mais pourquoi? Les messages qui soulignent les bienfaits pour la santé de l’activité physique ne sont-ils pas le moyen le plus efficace de motiver les gens?

Notre échec persistant à promouvoir l’activité physique dans le monde suggère que les campagnes publiques et la reconnaissance par la société des bienfaits pour la santé de l’activité physique ne suffisent pas à modifier le comportement des gens. Or les campagnes de santé publique visant à améliorer la pratique de l’exercice physique ont été centrées presque exclusivement sur le message selon lequel l’inactivité physique et un mode de vie sédentaire étaient nocifs pour la santé et qu’inversement, la pratique des niveaux recommandés d’activité physique apportait de multiples bénéfices pour la santé. Mais la santé n’est qu’un seul parmi de nombreux facteurs qui peuvent encourager les gens à faire de l’exercice, et ne semble pas forcément le plus important.

Les modèles fondés sur la santé ayant échoué à promouvoir une activité physique dans la mesure nécessaire, nous devons changer notre argumentation et passer de l’argument mettant en avant la finalité ou l’utilité de l’activité physique (c’est-à-dire promouvoir la santé) à ce que ressent une personne physiquement active. Des données préliminaires suggèrent que l’association de l’activité physique et du bien-être psychologique, par exemple, ne dépend pas du niveau d’activité physique mais plutôt de ce que ressent la personne pendant qu’elle pratique une activité physique et après.11

Selon cette nouvelle approche, l’exercice physique régulier serait présenté comme une activité potentiellement intéressante et stimulante pouvant s’adapter à la situation de chacun (plutôt que l’inverse). Les informations sur les bienfaits pour la santé de l’activité physique devraient faire partie de ce nouveau modèle mais ne pas être au centre de celui-ci. Les lignes directrices concernant l’activité physique continueraient de constituer un objectif à atteindre par autant de personnes que possible mais ne constitueraient plus un objectif obligatoire pour tous, étant donné que beaucoup de gens ne sont pas capables de pratiquer une activité physique modérée ou intense pendant le minimum recommandé de 150 minutes par semaine.

Pour être efficace, cette nouvelle approche proposée de la promotion de l’activité physique doit être approuvée et diffusée par les autorités sanitaires nationales et internationales, et notamment par l’OMS. Étant donné que l’on a montré qu’il existait une relation dose-réponse entre les niveaux d’activité physique et les effets sur la santé, les meilleures lignes directrices pour certains – peut-être la plupart des gens – pourraient consister à considérer qu’une activité aussi faible soit-elle vaut mieux que pas d’activité du tout. Par ailleurs, les avantages sur la santé de l’activité physique ne se maintiennent que par si l’on pratique régulièrement.

Aussi pour améliorer la pratique suivie de l’activité physique, les professionnels devraient-ils renforcer le message sanitaire au moyen d’un argument plus convaincant, à savoir: «l’activité physique apporte quelque chose de plus à votre vie».


Références

Partager