Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Prévention de la cryptosporidiose: l’importance d’une eau de boisson sans risque sanitaire

Rachel Peletz a, Thomas Mahin b, Mark Elliott c, Margaret Montgomery d & Thomas Clasen a

a. London School of Hygiene and Tropical Medicine, Keppel Street, Londres, WC1E 7HT, Angleterre.
b. Massachusetts Department of Environmental Protection, Boston, États Unis d’Amérique.(USA).
c. University of Alabama, Tuscaloosa, États Unis d’Amérique.
d. Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse.

Correspondance à adresser à Rachel Peletz: courriel: RachelPeletz@gmail.com

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2013;91:238. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.13.119990

Cryptosporidium, un des parasites intestinaux les plus courants, est une cause fréquente de diarrhée sévère chez le sujet immunodéprimé et le jeune enfant.13 On trouve ce protozoaire dans les eaux de surface et les eaux souterraines exposées aux inondations ou à une contamination fécale et sa présence a été observée dans les réseaux «améliorés» d’eau courante qui s’y approvisionnent. Les infections opportunistes à Cryptosporidium peuvent provoquer la cryptosporidiose, une maladie parfois grave susceptible d’engager le pronostic vital.

Avant la découverte du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), la cryptosporidiose était une des maladies servant à définir le syndrome d’immunodéficience acquise (sida).2 En 1993, à Milwaukee, dans le Wisconsin (États-Unis d’Amérique), une flambée à Cryptosporidium a provoqué 400 000 infections et 50 décès.4 L’analyse de 46 études sur la diarrhée chronique chez les personnes vivant avec le VIH en situation défavorisée a permis de définir Cryptosporidium comme l’agent pathogène à transmission hydrique le plus fréquent associé à la diarrhée chronique et au risque accru de mortalité.3

La plupart des cas d’infection par le VIH se situent en Afrique subsaharienne, la région qui est la moins bien dotée en moyens d’assainissement et qui vient en avant-dernière position en ce qui concerne la couverture par l’eau de boisson saine.5

La cryptosporidiose est aussi une pathologie significative du jeune enfant.1 Il ressort de l’étude multicentrique sur les infections intestinales dans le monde que Cryptosporidium constitue un des principaux agents étiologiques des maladies diarrhéiques du nourrisson et du jeune enfant dans sept pays d’Afrique et d’Asie.6

La cryptosporidiose a été associée à un taux de létalité relativement élevé ainsi qu’au retard de croissance d’origine nutritionnelle. Les récentes données provenant de régions à forte prévalence d’infection par le VIH ont montré qu’elle était plus répandue et à l’origine d’une proportion plus importante de cas de morbidité et de mortalité diarrhéique chez le jeune enfant qu’on ne le pensait auparavant.6

Dans certains pays à haut revenu, un degré satisfaisant d’élimination et/ou d’inactivation des oocystes de Cryptosporidium est désormais exigé en matière d’approvisionnement public en eau pour le traitement des sources risquant d’être contaminées.

En l’absence de systèmes efficaces de traitement communautaire, il existe toute une série de moyens de traitement domestique de l’eau – ébullition, filtration, floculation et désinfection solaire par les rayons ultraviolets – qui permettent à des degrés divers d’éliminer ou d’inactiver les trois classes d’agents pathogènes – virus, bactéries et parasites.7 Il est possible d’associer plusieurs méthodes de traitement domestique pour couvrir tout l’éventail des agents infectieux. Ainsi par exemple, les produits à base de chlore qui sont efficaces contre la plupart des bactéries et des virus peuvent être associés à des filtres à gravité dont le diamètre des pores permet de retenir les cystes parasitaires, assurant ainsi une protection complète.

Il est particulièrement important pour les personnes vivant avec le VIH de disposer d’une méthode de traitement domestique permettant de lutter contre toutes les classes d’agents pathogènes car on a constaté que plusieurs types distincts d’agents sont associés à des diarrhées chroniques.3 Mais, s’il faut lutter contre toutes les catégories d’agents pathogènes, la solution optimale pour le traitement domestique de l’eau devra concilier différents objectifs – efficacité sur le plan microbiologique, coût abordable, facilité d’accès – et peut-être surtout être employée de manière régulière et correctement.8

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère le traitement domestique de l’eau comme l’une des interventions les plus importantes pour les personnes vivant avec le VIH dans les zones à revenu modeste9 et en 2008 plusieurs organisations internationales, notamment USAID, la Banque mondiale et l’OMS ont lancé un appel en faveur de l’intégration des activités concernant l’eau et l’assainissement dans les programmes de lutte contre le VIH.10

Le plan d’aide d’urgence du Président des États-Unis (PEPFAR) consacre actuellement plus de 6 milliards de dollars (US $) par an à la lutte contre le sida dont une petite partie vise à améliorer la qualité de l’eau, les moyens d’assainissement et l’hygiène. Si les efforts visant à améliorer l’eau de boisson pour les personnes vivant avec le VIH ont donné des résultats prometteurs, la portée et l’impact de ces programmes restent encore limités.

Ainsi, dans les plans opérationnels nationaux PEPFAR de 2010, la chloration a été la technique de traitement domestique de l’eau la plus employée et la plupart des interventions prévues dans les modules de base pour les personnes vivant avec le VIH faisaient appel à des produits chlorés. Or la chloration seule n’est pas efficace contre les oocystes de Cryptosporidium.11

En 2011, l’OMS a formulé des recommandations pour l’évaluation des options concernant le traitement domestique de l’eau.12 Les programmes de traitement domestique destinés aux personnes vivant avec le VIH qui sont uniquement fondés sur le chlore ne permettent pas de lutter contre le risque de Cryptosporidium car le parasite résiste au chlore. Les recommandations de l’OMS offrent une base pour la sélection des méthodes optimales de traitement domestique de l’eau et les programmes de lutte contre le VIH doivent utiliser celles qui sont efficaces contre Cryptosporidium afin de protéger les personnes vulnérables.


Déclaration d'intérêt

Rachel Peletz et Thomas Clasen ont participé à des recherches et des services de consultation appuyés par Unilever et Vestergaard-Frandsen, qui fabriquent et vendent des dispositifs de filtration de l’eau à usage domestique ou autre.

Références

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