Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Communiquer au sujet de la grippe saisonnière

Les campagnes de communication sur la grippe saisonnière dans le monde doivent être adaptées aux besoins de la population et à la culture du pays. Mais quel type de campagne fonctionne le mieux et quels sont les obstacles rencontrés? Ben Jones fait le point.

Un groupe d’enfants de la Sierra Leone, pays d’Afrique de l’Ouest à faible revenu, sont en rang, chacun tenant à la main une affiche portant le slogan: «Prévenir la nouvelle grippe».

C’est une manière simple de faire passer un message sur la grippe. Les messages peuvent être adressés au public sous diverses formes, que ce soit à travers les médias, les réseaux sociaux ou des méthodes simples comme celle que nous venons de décrire, mais ce n’est pas la question. La question est de savoir quel modèle fonctionne le mieux pour quel pays et pourquoi.

Julienne Ngoundoung Anoko
Des responsables communautaires informent au sujet de la grippe en Sierra Leone

Lorsque vous pensez que, d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la grippe saisonnière est responsable de trois à cinq millions de cas de maladies graves et de 250 000 à 500 000 décès par an, des campagnes de communication efficaces sont extrêmement importantes. Aussi, la question clé que les agents de santé doivent poser, c’est de savoir comment les personnes qui travaillent sur le terrain peuvent faire passer ces messages.

Prenons par exemple la Sierra Leone, un des pays les plus pauvres du monde, avec des dépenses de santé moyennes de seulement 41 dollar par habitant et par an, qui a fait l’objet d’une étude de l’OMS en automne 2009 visant à rechercher le meilleur moyen de faire passer des messages sanitaires pendant la pandémie de grippe A (H1N1) plus tôt cette année là.

Le projet, qui a pris la forme d’une campagne de sensibilisation, explique Nahoko Shindo, médecin à l’OMS, a posé divers problèmes, notamment dus à la nécessité de veiller à ce que le message atteigne le public cible : la communauté locale.

«En Sierra Leone, nous avons constitué deux groupes», explique-t-elle. «Un groupe venant de George Brook, zone semi-urbaine aux alentours de la capitale Freetown, l’autre de Blama, village situé à l’est du pays. On avait affaire à des cultures différentes et à des perceptions différentes de la maladie».

D’autres problèmes se posaient. «On ne peut pas vraiment parler de l’importance du lavage des mains dans des régions où il n’y a pas d’eau potable; il faut se concentrer alors sur les règles d’hygiène concernant la toux et les éternuements », déclare N. Shindo. On explique aux gens qu’il faut mettre sa main devant son nez ou sa bouche lorsque l’on éternue ou que l’on tousse et ne pas cracher à proximité d’autres personnes.

Dans le climat tropical de nombreux pays d’Afrique, où il n’existe que deux saisons, la saison sèche et la saison des pluies, le virus circule toute l’année.

Julienne Ngoundoung Anoko
Les enfants ont été associés à la campagne de diffusion de messages sur la grippe

Pour de nombreux habitants de la Sierra Leone, les guérisseurs traditionnels sont aussi importants que la médecine moderne. La plupart des gens ne savent ni lire ni écrire, ce qui fait que la campagne de lutte contre la grippe a dû rester simple. On a utilisé des crieurs publics pour répandre le message sur la «nouvelle grippe» et des chanteurs locaux interprétaient des chansons composées sur le virus en langue locale sur les marchés ou dans d’autres lieux de réunion.

Certaines couches de la société ont été plus particulièrement visées. Par exemple, les femmes enceintes étaient informées des dangers de la grippe pandémique par les sages femmes qui pouvaient, selon N. Shindo, «faire passer efficacement l’information à la population visée».

Pour évaluer le succès de la campagne, l’équipe du projet a mis au point deux questionnaires. Le premier portait sur la connaissance de la grippe dans la communauté et les questions étaient posées à des membres de la communauté choisis au hasard. Le second concernait l’engagement des responsables communautaires à poursuivre la sensibilisation après la fin du projet. Les dirigeants de la communauté impliqués dans la mise en œuvre du projet ont été interrogés. Dans chaque cas, les évaluateurs ont pris note des réponses données oralement aux questions posées et les ont traduites en anglais.

Les résultats de l’étude OMS ont montré que, d’une manière générale, les moyens de communication sur le terrain faisant appel aux dirigeants de la communauté avaient été plus efficaces que les méthodes statiques au moyen d’affiches ou que les médias pour faire passer les messages sur la grippe.

Différents pays informent sur la nécessité de combattre la grippe saisonnière de différentes façons. L’année dernière, le Brésil a entrepris sa treizième campagne de vaccination contre la grippe saisonnière, au cours de laquelle près de 32,75 millions de doses de vaccin ont été administrées. La campagne comportait une journée de mobilisation nationale le 30 avril et le ministère de la Santé a élargi l’administration des vaccins aux femmes enceintes, aux enfants de six mois à deux ans et aux agents de santé; les années précédentes, il n’avait été administré qu’aux populations et agents de santé autochtones.

Ce que montrent les campagnes organisées au Brésil et, de façon plus pertinente, en Sierra Leone, c’est que le manque de ressources dans un pays n’est pas nécessairement un obstacle à une bonne campagne de communication.

Julienne Ngoundoung Anoko
Défilé montrant l'adaptation des messages de prévention aux personnes visées.

En Nouvelle-Zélande, par exemple, le ministère de la Santé s’efforce d’accroître le recours à la vaccination chez les personnes les plus exposées à une maladie grave : les personnes âgées, les personnes souffrant d’affections chroniques et les femmes enceintes, en les vaccinant gratuitement.

Le slogan Don’t let the flu get you!, utilisé lors de la campagne néozélandaise, a pour but d’aider les professionnels de la santé à atteindre ces groupes. L’année dernière, un dossier d’information leur a été fourni comportant des indications sur les commandes de vaccins, des formulaires de consentement, des renseignements cliniques et des matériels de communication, tels que des affiches et des messages clés.

Toutefois, s’il est important d’informer la population sur les bonnes pratiques pour éviter la grippe saisonnière, il y a également un autre combat à mener: la nécessité de protéger les agents de santé contre la grippe saisonnière. Les agents de santé de première ligne sont en contact avec les patients quotidiennement, aussi peuvent ils être facilement infectés et transmettre à leur tour le virus à d’autres patients. Mais ces personnels de santé ne se font pas toujours vacciner. Par exemple, aux États-Unis d’Amérique, le taux de vaccination des agents de santé contre la grippe s’établit à près de 63,5%, selon les Centers for Disease Control and Prevention.

Une organisation indépendante à but non lucratif, la Joint Commission, s’emploie à surmonter ce problème. Cet organisme a produit une série de matériels pédagogiques gratuits qui peuvent être utilisés dans les établissements de santé pour informer les personnels sur les avantages de la vaccination contre la grippe saisonnière. En outre, une nouvelle norme qui doit entrer en vigueur le 7 juillet de cette année exigera des établissements de soins qu’ils proposent la vaccination contre la grippe aux praticiens indépendants autorisés à exercer et au personnel et qu’ils fixent des objectifs de vaccination en progression, dans le but d’atteindre l’objectif du pays qui est d’une couverture de 90% de la population d’ici 2020.

Robert Wise, conseiller médical de la Joint Commission, explique que si la couverture par la vaccination antigrippale est à présent trop faible, «elle évolue favorablement», ajoutant que le gouvernement fédéral, lesCenters for Disease Control and Prevention des États-Unis d’Amérique et d’autres organisations du pays s’y emploient.

La plupart des campagnes de vaccination visent cependant à atteindre l’ensemble de la population. Bram Palache, Directeur des Affaires internationales aux Laboratoires Abbott et auteur d’une étude sur l’administration des vaccins et ses liens avec les politiques nationales de santé publique, publiée dans la revue Vaccine en octobre 2011, déclare que les autorités sanitaires ont un rôle à jouer lorsqu’il s’agit de transmettre des messages efficaces sur la grippe saisonnière. Il explique: «Ce que nous avons constaté, c’est que les campagnes de sensibilisation des autorités sanitaires contribuent effectivement à inciter les gens à se faire vacciner. Il semble qu’elles soient un élément clé pour une bonne lutte contre la grippe, mais qu’elles ne soient pas toujours suffisamment efficaces.»

Une grande partie du problème réside dans le fait qu’un débat et des divergences quant à l’efficacité des différents vaccins subsistent au sein de la communauté scientifique. Ces controverses retentissent sur le public par l’intermédiaire des médias.

La grippe est une maladie qui touche tous les individus partout dans le monde. À ce titre, dans une note de synthèse de 2005, l’OMS a vivement souligné l’importance qu’il y avait à sensibiliser le public au sujet de la grippe et de ses complications, ainsi qu’aux avantages de la vaccination.

Diverses études ont montré que l’efficacité du vaccin antigrippal allait de 25% à 75%, en fonction de différents facteurs, notamment l’âge de l’individu, ses antécédents médicaux et son état immunitaire. Les scientifiques divergent au sujet de l’efficacité des vaccins antigrippaux, à savoir l’aptitude du vaccin à protéger une personne contre l’infection. C’est pourquoi les messages au sujet des mesures que le grand public peut prendre pour prévenir la grippe saisonnière – quelle que soit leur forme – doivent se fonder sur des données factuelles, être incontestables, faciles à comprendre et à mémoriser.

Quelle que soit la façon dont les campagnes de communication sur la grippe sont organisées et quels que soient les groupes de population visés – personnel de santé, personnes âgées ou jeunes enfants – les pouvoirs publics doivent y être associés. Comme le déclare Bram Palache: «Il faut qu’il y ait une réelle volonté de comprendre la nécessité de protéger la population contre les infections grippales et de mettre au point des programmes à cette fin.»

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