Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Faire connaître la recherche sur les politiques et les systèmes de santé

Abdul Ghaffar a, Nhan Tran a, Marie-Paule Kieny a & Carissa Etienne a

a. Organisation mondiale de la Santé, avenue Appia 20, 1211 Genève 27, Suisse.

Correspondance à adresser à Abdul Ghaffar: ghaffara@who.int

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2012;90:797-797A. doi: 10.2471/BLT.12.113118

Depuis quatre décennies, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est aux avant-postes de la recherche sur les politiques et les systèmes de santé (RPSS). En 1974, son Directeur général, M. Halfdan Mahler, reconnaissant l’importance de la recherche sur la conception de systèmes pérennes de prestation de soins de santé, préconisait de privilégier la recherche sur les services et les systèmes de santé.1 Deux ans plus tard, le Comité consultatif mondial de la Recherche médicale, institué par l’OMS en 1959, approuvait la définition de la recherche sur les services et les systèmes de santé comme «l’examen systématique et l’évaluation des aspects spécifiques de la mise en place et du fonctionnement des services de santé au regard des facteurs de santé».1

Ces efforts initiaux étaient importants pour sensibiliser davantage à l’intérêt de la RPSS et pour stimuler le débat scientifique sur sa nature et sa portée, comme le reflètent les nombreux cadres et définitions de la RPSS qui ont suivi depuis lors.

Vers la fin du XXe siècle, l’OMS a contribué à regrouper en un tronc commun les diverses disciplines de la recherche intervenant dans le renforcement des systèmes de santé. La création, en 1999, de l’Alliance pour la recherche sur les politiques et les systèmes de santé – partenariat hébergé par l’OMS – a marqué un tournant important pour le secteur de la RPSS.2 Elle l’a non seulement légitimée en mettant en évidence la solidité de l’engagement en sa faveur et de l’investissement en ressources humaines et financières consenti par l’OMS et d’autres organismes mondiaux de financement, mais a aussi servi de point de départ au partenariat et à la collaboration de niveau international et conféré une identité à ce domaine en plein essor.

La valeur de la RPSS a d’ailleurs été étayée par la publication du Rapport sur la santé dans le monde, 2000 qui a établi clairement le rôle prépondérant de la recherche sur les politiques et les systèmes de santé pour améliorer les performances des systèmes de santé.3 Cette reconnaissance de la nécessité d’une telle recherche et de sa validation en tant que domaine spécifique a permis de dynamiser son développement parmi les chercheurs et d’étoffer la dotation globale des organismes de financement mondiaux.

L’OMS s’est ensuite employée à rapprocher les mondes de la recherche et de l’élaboration des politiques. En 2004, elle a convoqué à Mexico le Sommet ministériel sur la recherche en santé et, en 2008, coparrainé à Bamako (Mali) le Forum ministériel mondial sur la recherche pour la santé. Ces deux réunions ont fourni aux responsables politiques une occasion exceptionnelle de nouer le dialogue avec différents protagonistes – universitaires, organismes de financement et médias;4,5 toutes deux ont joué un rôle essentiel pour créer des liens de nature à faciliter l’utilisation des données obtenues via la RPSS pour la prise de décisions dans le domaine des politiques sanitaires et de la gestion de la santé.

Ces discussions ont donné lieu à des innovations, parmi lesquelles diverses plates formes d’application des connaissances et le Réseau européen pour des politiques inspirées de bases factuelles (EVIPNet) créé par l’OMS, dans le but de matérialiser les recherches. Ce ferme engagement envers l’utilisation de données factuelles a été poursuivi par l’actuel Directeur général de l’OMS, Mme Margaret Chan, qui a constitué en 2008 le groupe de travail de haut niveau sur l’élargissement de la recherche et de l’apprentissage au service des systèmes de santé.6

Des actions plus récentes ont fait progresser davantage le domaine de la RPSS en aidant à définir les priorités de recherche et en facilitant l’interaction entre les générateurs de données factuelles et leurs utilisateurs. Parmi les plus importantes figurent le lancement, en 2006, de la Stratégie OMS de recherche pour la santé, l’organisation de colloques mondiaux pour la recherche sur les systèmes de santé tenus à Montreux (Suisse) et à Beijing (Chine), et la constitution d’une société de chercheurs spécialisés dans les systèmes de santé dénommée Health Systems Global.7,8

Aujourd’hui, avec le lancement, le 1er novembre 2012, de la Stratégie de recherche sur les politiques et les systèmes de santé, l’OMS contribue à institutionnaliser la RPSS et à favoriser la prise de décisions éclairée. À cette fin, la Stratégie encouragera une plus grande intégration de la recherche et de la décision dans le souci d’incorporer les données factuelles obtenues via la recherche à tous les stades du processus décisionnel. Il en résultera une plus grande transparence, responsabilisation et un apprentissage mutuel.

Cette stratégie propose des options tendant à resserrer la collaboration entre chercheurs et décideurs et s’appuie sur les enseignements tirés des pays qui, à tous les stades de développement, mettent en place des mécanismes institutionnels pour étayer la prise de décisions éclairée. Le succès de cette Stratégie dépend de tous les participants, et l’OMS assumera sa part pour veiller à ce que les objectifs de la stratégie se reflètent dans l’action qu’elle mène et soutient.

La première étape consistera à mettre en place au sein de l’OMS une plate-forme intergroupes destinée à faciliter la coordination, l’harmonisation des priorités et l’unification des positions sur la RPSS. Cette plate-forme s’attachera à promouvoir «une approche systémique» de l’exécution des programmes de santé et encouragera l’utilisation de la RPSS pour atteindre cet objectif. Puis, de concert avec ses partenaires, l’OMS encadrera les activités tendant à suivre, tous les deux ans, la capacité des États Membres à investir dans la recherche sur les politiques et systèmes de santé et à la conduire, ainsi que leur utilisation des données factuelles générées par la RPSS.

Ce faisant, elle vise à aider les États Membres et les bailleurs de fonds concernés à optimiser les ressources existantes et à définir les priorités pour les investissements futurs. Enfin, en collaboration avec les organisations pertinentes, notamment l’Université McMaster du Canada, qui héberge Health Systems Evidence,9 l’OMS soutiendra la création d’un système mondial d’archivage des données factuelles issues des évaluations programmatiques, de la littérature grise et de l’évaluation des meilleures pratiques. Ce système complétera les données provenant des publications soumises à un comité de lecture et fournira une base solide pour la prise de décisions en matière de santé et le renforcement des systèmes sanitaires.


Références

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