Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Créer un stock de vaccin anticholérique oral

Stephen Martin a, Alejandro Costa a & William Perea a

a. Unité de lutte contre les maladies épidémiques, Département Pandémies et épidémies, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27, Suisse.

Correspondance à adresser à Stephen Martin: courriel:martins@who.int

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2012;90:714-714. doi: 10.2471/BLT.12.112433

Le choléra fait sa réapparition et menace à nouveau la santé publique mondiale. Le nombre de cas notifiés dans le monde a atteint à nouveau le pic observé il y a vingt ans1, de nouvelles souches de Vibrio cholerae sont apparues et la résistance aux antimicrobiens a augmenté.

Des systèmes de surveillance déficients et le risque de sanctions sur le plan des voyages et du commerce ont contribué à une large sous-notification des cas de choléra, qui se traduit par une grande incertitude quant aux estimations mondiales de la charge de la maladie.

D’après ces estimations, il y aurait près de 1,4 milliard de personnes exposées au choléra, le risque étant le plus élevé chez les enfants de moins cinq ans. Chaque année 2,8 millions de cas et 91 000 décès par choléra sont enregistrés dans les pays d’endémie, 87 000 cas et 2500 décès2 dans les autres pays.

Bien qu’il existe des mesures de prévention et de traitement efficaces, il est toujours difficile de maîtriser aussi bien les flambées que les situations d’endémie. La morbidité et la mortalité liées au choléra sont particulièrement élevées pendant les crises humanitaires. D’importantes épidémies au Zimbabwe (2008-2009), en Haïti (2011) et à présent en Sierra Leone (2012) ont rendu la communauté internationale attentive à la nécessité non seulement de maîtriser la maladie endémique mais également de renforcer les capacités de préparation et d’action en cas d’épidémie.

En 2011, la Soixante-Quatrième Assemblée mondiale de la Santé a adopté une résolution appelant à se concentrer à nouveau avec force sur le choléra et définissant une série de mesures demandées à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et à ses États Membres afin de créer une stratégie intégrée et globale de lutte contre le choléra3.

Dans le cadre de cette stratégie, l’OMS anime une initiative de différents partenaires visant à créer un stock de vaccin anticholérique oral (VCO) destiné à riposter en cas de flambée et à compléter les mesures de prévention et de lutte mises en place. Cette approche a été entérinée en septembre 2011 par des experts mondiaux du choléra, qui ont confirmé qu’un tel stock était à la fois nécessaire et réalisable4. Il existe à l’heure actuelle deux vaccins anticholériques oraux candidats, présélectionnés par l’OMS.

Un groupe de travail technique de l’OMS s’est réuni en avril 2012 et a défini les caractéristiques requises d’un vaccin de réserve, les considérations épidémiologiques et opérationnelles relatives à son déploiement et les mécanismes de gestion, réapprovisionnement et appréciation du stock5.

Ce groupe de travail a convenu d’un stock de VCO initial de 2 millions de doses annuelles à mettre à disposition pour la riposte en cas d’épidémie dans les pays à faible revenu. Le groupe de coordination international (ICG) peut se prévaloir de dix années d’expérience en tant que partenariat décisionnel chargé de superviser les stocks de vaccin antiméningoccique et antiamaril et leur déploiement.

L’ICG est composé d’experts de quatre organisations: Médecins sans Frontières, la Fédération internationale des sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance et l’OMS, à la fois partenaire décisionnel et secrétariat de l’ICG. Tous les membres de l’ICG, y compris l’OMS superviseront le stock proposé de VCO.

Le groupe de travail technique de l’OMS a souligné que le déploiement des stocks de vaccin devait être guidé par des éléments épidémiologiques, techniques et opérationnels, dont certains sont encore incomplets et devront être complétés à mesure que l’on aura acquis une certaine expérience.

Tout en reconnaissant qu’il est difficile de prévoir les flambées ainsi que la nécessité de pouvoir disposer de données empiriques plus détaillées, le groupe de travail a élaboré un cadre consultatif pour évaluer la gravité d’une flambée en se fondant sur trois critères : la sensibilité biologique de la population, la vulnérabilité sociale de la population et le risque d’extension géographique.

Pour chacun de ces critères, le groupe de travail a défini des indicateurs épidémiologiques et démographiques, des seuils pour décider quand déployer le vaccin et des indicateurs pour déterminer l’impact prévu d’une campagne de vaccination. Le cadre proposé par le groupe de travail est uniquement destiné à informer les responsables ; le déploiement effectif du VCO à partir du stock exigera non seulement une analyse de ces indicateurs, mais également l’évaluation de facteurs programmatiques tels que la capacité locale d’organiser une campagne de vaccination de masse et les conditions de sécurité.

Les plans d’action du groupe de travail pour 2012 progressent. Le travail est axé sur l’action de plaidoyer en faveur du financement, les négociations avec les fabricants de vaccin et la planification de la préparation dans les pays et régions. Un groupe d’évaluation du stock a été chargé de définir et de mettre en œuvre le suivi détaillé requis.

À mesure que l’on accumulera des données et de l’expérience, les résultats de cette évaluation devraient permettre d’améliorer de manière continue la structure et le fonctionnement du stock. Une bonne évaluation d’une campagne de vaccination au moyen du stock exigera le renforcement des systèmes de surveillance dans la plupart des lieux où une épidémie est susceptible de se produire. Les interventions de santé publique telles que la prise en charge des cas, la lutte environnementale renforcée, l’amélioration de l’hygiène et de l’assainissement et la mobilisation sociale devraient constituer le fer de lance de tous les programmes de lutte contre le choléra. Ces interventions dépendent elles-mêmes d’une surveillance efficace et de systèmes de santé solides.

Ce premier stock nécessairement réduit de VCO ne constituera pas une préparation suffisante en cas d’épidémie importante ou durable, mais son utilisation devra compléter les mesures existantes dans le cadre d’une approche renforcée et complète visant à relever les nouveaux défis de la lutte contre le choléra au niveau mondial.


Références

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