Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Réflexions à contre-courant: pourquoi l’assainissement et l’hygiène sont-ils si importants pour les mères et leurs filles?

Clarissa Brocklehurst a & Jamie Bartram b

a. Section Eau, assainissement et hygiène du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), New York, États-Unis d’Amérique.
b. The University of North Carolina at Chapel Hill, 135 Dauer Drive, Chapel Hill, NC, États-Unis d’Amérique.

Toute correspondance destinée à Jamie Bartram doit être envoyée à l’adresse suivante: jbartram@email.unc.edu.

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2010;88:482-482. doi: 10.2471/BLT.10.080077

La santé et le bien-être des femmes en âge de procréer dépendent de nombreux facteurs, dont les plus sous-estimés sont l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, pourtant essentiels pour les femmes et leurs filles depuis des générations.

Prenons le cas d’une femme enceinte. En prévision de son accouchement, elle devra probablement aller puiser de l’eau hors de chez elle à l’aide d’une pompe manuelle puis la transporter. À l’échelle mondiale, plus de 40% des ménages ne disposent pas d’un approvisionnement en eau à leur domicile. Dans le pire des cas, cette femme sera parmi les 13% qui ne disposent même pas d’une pompe manuelle et qui ne peuvent compter que sur une source d’eau non améliorée, d’autant plus dangereuse que la plupart des gens du voisinage n’ont même pas de toilettes rudimentaires. Ce manque d’hygiène est particulièrement néfaste au moment du sevrage de l’enfant. La diarrhée tue 1,5 million d’enfants par an [1] et il existe un lien évident entre diarrhée et malnutrition.

À six ans environ, l’enfant devrait aller à l’école mais, s’il s’agit d’une fille, celle-ci devra consacrer une grande partie de son temps aux tâches domestiques et notamment à aller chercher de l’eau. La moitié des ménages du monde doivent apporter l’eau au domicile et, dans 72% des cas, ce sont d’abord les femmes et les jeunes filles qui s’en chargent. Les jeunes filles ont deux fois plus de probabilité de devoir ramener l’eau que les garçons [2]. Hors de leur foyer, les jeunes filles sont exposées à un éventail de plus en plus large d’infections. Les helminthiases intestinales touchent 400 millions d’écoliers – soit un sur trois.

Les parasites tels que l’ankylostome freinent la croissance et le développement intellectuel [3]. Les jeunes filles, affaiblies par une perte d’énergie, par des vers intestinaux et par des infections à répétition, sont prédisposées aux anémies, particulièrement graves à partir de l’entrée dans la puberté, moment qui marque aussi la fin d’une courte scolarisation. L’absence dans les écoles de toilettes assurant l’intimité et permettant d’effectuer une toilette intime pendant les règles nuit à l’assiduité et contribue à l’abandon de la scolarité. Si les jeunes filles ne parviennent pas à surmonter ces obstacles et abandonnent l’école, elles risquent d’être précocement mariées et enceintes.

Il est possible de rompre ce cercle vicieux. L’une des cibles des objectifs du Millénaire pour le développement – réduire de moitié, entre 1990 et 2015, «la proportion de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre et à des services d’assainissement de base» – reflète l’importance de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène pour la santé et le développement.

Le manque d’assainissement et d’hygiène au moment de la naissance est le premier obstacle auquel sont confrontés les mères et les enfants. Une étude menée au Népal a montré que lorsque les accoucheuses et les mères se lavaient les mains, le taux de survie des nouveau-nés pouvait augmenter de 44% [4] . On a constaté que la promotion de l’hygiène était l’une des mesures les plus efficaces et les plus rentables sur le plan de la santé, en particulier si elle s’appuyait sur des techniques de marketing similaires à celles utilisées par les entreprises privées.

Bien qu’au niveau mondial, peu de progrès aient été faits en matière d’assainissement, certains pays en développement sont parvenus à faire baisser de 60% la proportion de la population qui n’a pas accès à des moyens d’assainissement améliorés. Ce sont probablement la volonté politique, un financement modeste mais utilisé intelligemment et une modification des comportements et des normes, et pas seulement l’installation d’infrastructures, qui ont contribué à cette progression rapide. Susciter la demande de toilettes, notamment de la part de gens qui ont déféqué à l’air libre toute leur vie, pousse les ménages à investir. L’efficacité de ces approches est prouvée, ce qui montre qu’il est possible de progresser plus vite.

Les obstacles à l’approvisionnement en eau de boisson sont également surmontables. Il existe plusieurs innovations, dont des techniques de forage peu coûteuses et des pompes manuelles moins chères, le recours à des systèmes à petite échelle gérés localement, l’installation de kiosques à eau privés et la médiation de la société civile entre les communautés pauvres et les prestataires de services.

L’approvisionnement en eau et l’installation de moyens d’assainissement et d’hygiène dans les écoles devient une priorité pour les ministères de l’éducation des pays en développement. De nouvelles toilettes assurant l’intimité et permettant d’effectuer une toilette intime pendant les règles présentent de nombreux avantages. Par exemple, la probabilité de mourir en couches est moindre pour les femmes qui ont été scolarisées – chaque année d’instruction supplémentaire évite deux décès maternels pour 1000 femmes [5] .

Le manque d’eau, de moyens d’assainissement et d’hygiène qui contribue à la mauvaise santé, au manque d’instruction et à la pauvreté des femmes, mais aussi à la mauvaise santé des enfants qu’elles portent, est un cercle vicieux qu’il est possible de briser. Les outils nécessaires existent. L’eau, l’assainissement et l’hygiène permettent également aux femmes de participer au développement de leur communauté et notamment, bien entendu, à la prise de décisions et à la gestion concernant les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement.


Références

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