Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Nouvelle estimation des incapacités et charge mondiale de morbidité

Joshua A Salomon a

a. Harvard School of Public Health, 665 Huntington Avenue, Boston, MA, 02115, États-Unis d’Amérique.

Toute correspondance doit être envoyée à Joshua A Salomon: courriel: jsalomon@hsph.harvard.edu

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2010;88:879-879. doi: 10.2471/BLT.10.084301

Depuis son lancement au début des années 1990, l’étude sur la charge mondiale de morbidité a permis d’obtenir une série de résultats, qui ont eu beaucoup d’écho, concernant les conséquences de plusieurs maladies, traumatismes et facteurs de risque sur la santé de la population. 1,3

Cette étude a notamment contribué à la création de la notion d’année de vie ajustée sur l’incapacité (DALY), qui sert à mesurer les années de vie en bonne santé perdues en raison d’un décès prématuré ou d’une maladie. Afin de pouvoir mesurer ces deux types d’issue, il faut calculer, outre les DALY, une série de valeurs numériques («poids») correspondant aux conséquences non mortelles de plusieurs maladies et traumatismes. La conceptualisation et la mesure de ces «poids des incapacités» ont suscité beaucoup de commentaires et de débats. 4,6

Les études sur la charge de morbidité mondiale, régionale et nationale s’appuient aujourd’hui encore sur la série de poids des incapacités tirés de la révision de 1996 de la publication The global burden of disease. 7 Lors de cette étude, ces poids avaient été calculés par un groupe de professionnels de la santé à l’issue d’un débat. Ils ont d’abord évalué, à l’aide de la méthode dite de «l’arbitrage personnel», 22 affections servant d’indicateurs.

À partir des valeurs obtenues, les 22 affections ont ensuite été regroupées en sept catégories en fonction de leur gravité. Pour le reste des issues couvertes par l’étude (appelées « séquelles incapacitantes »), il a été demandé aux participants d’attribuer une série de cas typiques à une séquelle, dans les sept catégories. Dans chaque catégorie, les affections servant d’indicateur ont fourni une définition opérationnelle concrète du niveau de gravité moyen dans cette catégorie et donc permis de définir des points de référence sur l’échelle numérique allant de la parfaite santé à la mort.

Les détracteurs des DALY ont remis en question certains aspects de cette approche. Il a été suggéré que les mesures soient effectuées non par un groupe d’experts mais plutôt par un groupe plus large de gens représentant les points de vue des communautés et des sociétés. 4 D’autres chercheurs ont demandé si les évaluations des issues de santé variaient beaucoup selon les cultures et les environnements, 6,8,9 indiquant qu’il fallait effectuer davantage de mesures entre pays et de comparaisons. Certains détracteurs se sont opposés, pour des raisons d’étique, à la technique de l’arbitrage personnel utilisée par le groupe d’experts en 1996. 5

Ces deux dernières années, avec le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates, un consortium de recherche dont font partie l’Institute for Health Metrics and Evaluation, l’Université de Harvard, l’Université Johns Hopkins, l’Université du Queensland et l’Organisation mondiale de la Santé, a dirigé une révision importante de la charge mondiale de morbidité, en collaboration avec un réseau de centaines d’experts du monde entier. L’un des éléments essentiels de cette étude est une ré-estimation globale du poids des incapacités pour l’ensemble des 230 séquelles associées aux maladies et aux traumatismes objet de l’étude.

La conception de cette nouvelle étude répond, à plusieurs égards, aux critiques concernant les efforts accomplis par le passé. Avec deux éléments principaux de recueil de données sur la base d’une enquête, cette nouvelle étude repose sur des questions simples portant sur des comparaisons par paires. Les personnes interrogées doivent dire, entre deux individus hypothétiques atteints de limitations fonctionnelles différentes, lequel elles considèreraient comme étant en meilleure santé.

Ces questions simples permettent d’obtenir l’avis d’un large éventail de personnes représentant des réalités culturelles, environnementales et démographiques très différentes. Les approches analytiques simples permettent de faire des déductions à propos des valeurs correspondant aux poids au niveau de la population, en fonction du classement des réponses données par les individus. 10

Le premier élément de l’étude comprend de nouvelles enquêtes auprès des ménages menées dans six pays (l’Afrique du Sud, le Bangladesh, les États-Unis d’Amérique, l’Indonésie, le Pérou et la République-Unie de Tanzanie). Elles permettront d’obtenir des données empiriques sur des questions relatives à l’étendue des variations des évaluations de la santé dans différents contextes. Le deuxième élément est une enquête en libre accès sur Internet, destinée à étendre la portée de l’étude dans le monde.

L’enquête est actuellement disponible en anglais mais sa traduction en plusieurs langues élargira le public susceptible d’y participer. Le chevauchement avec l’enquête auprès des ménages permettra de faire des comparaisons directes et d’évaluer les éventuels biais de sélection résultant d’un échantillonnage non aléatoire, et l’accès libre à l’enquête sur Internet permettra à des personnes rarement entendues dans les débats sur les priorités sanitaires mondiales d’y participer.

Pour évaluer la santé des populations, la mesure fiable, valable et comparable des issues de santé non mortelles est aussi essentielle que la mesure exacte de la mortalité et des causes de décès. Les difficultés qui demeurent concernant le poids des incapacités exigent de mener d’autres études empiriques en recueillant des données de manière élargie.

Cette fois-ci, tout le monde est invité à faire part de son point de vue en en participant à l’enquête en ligne sur la mesure du poids des incapacités, à l’adresse suivante:


Références

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