Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé

Risques sanitaires mondiaux: progrès et défis

Gretchen Stevens a, Maya Mascarenhas a et Colin Mathers a

a. Département Statistiques de santé et informatique, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Geneva 27, Switzerland.

Correspondence avec Gretchen Stevens (courriel: stevensg@who.int).

Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:646-646. doi: 10.2471/BLT.09.070565

Le rapport que doit publier prochainement l’OMS sur les risques sanitaires mondiaux déterminera la charge de morbidité et de mortalité régionale et mondiale associée à 24 risques pour la santé. Ces facteurs de risque vont des risques environnementaux tels que l’exposition à la fumée due à l’utilisation de combustibles solides à l’intérieur des habitations aux risques métaboliques tels que l’hypertension.

Ce rapport constate que cinq principaux facteurs de risque (l’insuffisance pondérale pendant l’enfance, les rapports sexuels à risque, l’alcoolisme, l’eau non potable et l’assainissement médiocre et l’hypertension) sont responsables d’un quart des décès dans le monde et d’un cinquième des années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY). Le seul fait de réduire l’exposition à ces cinq facteurs de risque permettrait d’augmenter l’espérance de vie mondiale d’environ cinq ans.

Il décrit l’évolution des profils de risques des pays en développement. Les risques sanitaires mondiaux sont en cours d'évolution marqués par la baisse des taux de fécondité et de la mortalité due aux maladies infectieuses chez les plus jeunes, ce qui se traduit par une structure de la population où prédominent les personnes âgées.

En même temps, les modes d’activité physique, d’alimentation, de consommation d’alcool et de tabac changent. Les pays à revenu faible ou intermédiaire sont désormais confrontés à une charge croissante d’affections chroniques non transmissibles, en plus des maladies infectieuses.

Il est essentiel de comprendre les effets des risques pour la santé pour mieux concevoir et cibler les efforts de prévention. Or l’analyse des facteurs de risque est difficile en raison de la complexité inhérente à la collecte et à l’interprétation des données factuelles sur les risques et leur incrimination dans les maladies et incapacités.

L’évaluation des risques est limitée à la fois par les connaissances épidémiologiques et par le manque de données mondiales sur l’exposition aux facteurs de risque. Pour procéder à une évaluation quantitative des risques, on doit pouvoir disposer de données factuelles, d’abord pour montrer que l’exposition à chaque facteur de risque entraîne des pathologies, deuxièmement pour mesurer l’ampleur des dommages entraînée par chaque exposition et, enfin, pour évaluer la présence de chaque risque dans la population à l’échelle mondiale.

Certains facteurs de risque sont plus faciles à évaluer que d’autres. L’exposition aux risques biologiques tels qu’un indice élevé de masse corporelle (IMC) ou des carences en vitamines peut être mesurée avec relativement peu d’erreurs et rattachée à des problèmes de santé individuels.

Par contre, il est plus difficile de mesurer précisément l’exposition aux facteurs de risque alimentaires, environnementaux et comportementaux. Pour ces risques-là, le manque de mesures précises rend d’autant plus difficile de lier l’exposition à l’incidence de certaines maladies.

Parce qu’il est plus difficile de produire des données épidémiologiques sur les facteurs de risque alimentaires, environnementaux et comportementaux, ceux-ci sont moins susceptibles de figurer dans une évaluation comparative des risques. S’ils y figurent toutefois, leur charge sera sans doute estimée avec une plus grande marge d’incertitude que celle des risques plus faciles à mesurer. Cela produira inévitablement une série d’estimations des facteurs de risque qui ne seront pas parfaitement comparables et qui devront être interprétées avec prudence.

Les facteurs de risque ne sont pas tous aussi faciles à mesurer; de même, certains se prêtent mieux à des interventions que d’autres. Pour assurer la cohérence entre facteurs de risque, la charge de chacun est calculée en comparant la situation réelle à une situation fictive dans laquelle l’exposition au facteur de risque en question se situerait à un niveau idéal.

Pour certains facteurs de risque, tels que les carences en micronutriments, on sait quelles sont les politiques efficaces pour garantir une nutrition adéquate dans les milieux qui manquent de ressources. Il est possible et d’un coût abordable d’obtenir un niveau d’exposition idéal.

Toutefois, pour un facteur de risque tel qu’un indice élevé de masse corporelle, peu d’interventions présentent une efficacité démontrée. Alors que certaines populations isolées ont un IMC moyen qui se situe dans une fourchette idéale, un IMC moyen peu élevé dans une population paraît aujourd’hui un objectif très difficile à atteindre.

L’évaluation et l’interprétation de l’impact des risques sur la santé sont des tâches ambitieuses en raison de la complexité inhérente à la collecte et à l’interprétation de données factuelles sur les risques et leur incrimination dans des maladies et incapacités au niveau de la population. [1]

Le cadre d’analyse comparatif des risques utilisé dans le rapport sur les risques sanitaires mondiaux représente l’effort mondial interdisciplinaire le plus complet pour relever ces défis.

Les conclusions du rapport constituent une contribution utile à l’élaboration de politiques en les associant aux informations dont on dispose sur les coûts et l'efficacité des interventions. Elles recensent également les facteurs de risque pour lesquels des recherches plus approfondies sont nécessaires afin d’élaborer des interventions efficaces, notamment le surpoids et la sédentarité.

Une révision et une actualisation complètes de la charge attribuable aux facteurs de risque pour la santé sont en cours dans le cadre de l’étude sur la charge mondiale des maladies, traumatismes et facteurs de risque. [2]

La nouvelle étude mesurera les effets des facteurs de risque pour 1990 et 2005, ce qui permettra une analyse des tendances, de l’exposition et des effets des risques. Elle portera également sur des facteurs de risque additionnels tels que la consommation de sel, la carence en acide folique et la violence exercée par un partenaire intime. Les méthodes d’évaluation comparative des risques continueront à évoluer à mesure que de nouvelles données épidémiologiques seront disponibles. ■


Références

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