Succès sur les plans anthropométrique et immunologique du traitement antirétroviral et prédiction de son succès virologique chez les adultes d’Afrique de l’Ouest
Eugène Messou, Delphine Gabillard, Raoul Moh, André Inwoley, Souleymane Sorho, Serge Eholié, François Rouet, Catherine Seyler, Christine Danel, Xavier Anglaret
Objectif
L’évaluation sur 6 mois de la réponse au traitement antirétroviral (ART) est une étape critique. En Afrique sub-saharienne, peu de personnes ont accès à la mesure de la charge virale plasmatique. Nous avons évalué le gain ou la perte d’indice de masse corporelle (IMC), isolément ou en association avec le gain ou la perte de cellules T CD4+ (CD4), en tant qu’outils pour prédire la réponse au traitement ART.
Méthodes
Parmi une cohorte de 622 adultes d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, nous avons calculé la sensibilité, la spécificité et les valeurs prédictives de l’IMC et des CD4 pour le succès du traitement, défini comme l’impossibilité de détecter une charge virale (< 300 copies/ml), à titre normatif.
Résultats
Après 6 mois de traitement ART, on obtenait comme valeur médiane de la variation de l’IMC une augmentation de 1,0 kg/m² (intervalle interquartile, IIQ : 0,0-2,1) et comme médiane de la variation des CD4 une augmentation de 148/μl (IIQ : 54-230), ainsi qu’une indétectabilité de la charge virale chez 84 % des patients. La distribution de la variation de l’IMC était similaire chez les patients ayant atteint l’indétectabilité et chez ceux ne l’ayant pas atteint (augmentation de 1,06 kg/m² au lieu de 0,99 kg/m², p < 0,51). Lorsque la variation de l’IMC augmente, sa spécificité à l’égard du succès thérapeutique diminue et sa valeur prédictive positive reste stable autour de 85 %. Les résultats ne varient guère lorsqu’on combine les variations de l’IMC, dans leur ensemble, et celles des CD4 et qu’on opère une stratification par groupes d’IMC ou de CD4 de départ.
Conclusion
Dans les situations où l’on ne dispose pas de mesure de la charge virale, un fort gain d’IMC n’implique pas un succès virologique, même s’il s’accompagne d’une importante élévation des CD4. Dans la population étudiée, la plupart des patients présentant une charge virale détectable avaient probablement respecté assez longtemps le schéma thérapeutique pour bénéficier d’augmentations notables de la masse corporelle et de la numération des CD4, mais pas suffisamment pour atteindre la suppression virale.