À propos de l'OMS

Priorités de leadership pour l'OMS: Interview du Dr Andrew Cassels,

Mai 2014

Le Dr Cassels a été Directeur de la Stratégie au Bureau du Directeur général de l’OMS et a participé de près aux travaux sur la réforme de l’OMS ces dernières années. Linda Larsson s’est entretenue avec lui des priorités de leadership de l’OMS.

Linda Larsson: Comment les priorités de leadership ont-elles été fixées?

Andrew Cassels: Au départ, nous avions une liste assez longue d’environ 26 priorités, dans les catégories suggérées par les États Membres. Comme c’était manifestement beaucoup trop, nous nous sommes demandés:

«Quels sont les domaines les plus importants dans lesquels l’OMS doit assurer un leadership au cours des six prochaines années?». Il s’agit de domaines transversaux dans lesquels l’OMS souhaite influencer le débat mondial et qui demandent une action à tous les niveaux de l’Organisation.

Linda Larsson: Y avait-il d’autres éléments qui n’ont pas été retenus dans la liste?

Andrew Cassels: Non, je ne crois pas. Les priorités correspondent au programme du Directeur général pour son deuxième mandat. Elles sont aussi en lien étroit avec ce qui va se passer dans le programme pour l’après-2015. L’un des messages les plus clairs des États Membres, du Nord comme du Sud, était qu’il fallait achever le travail sur les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD); c’est bien sûr devenu la priorité N°1.

Les maladies non transmissibles doivent clairement faire partie du programme mondial d’action sanitaire et c’est un domaine où le leadership de l’OMS est capital. C’est devenu en soi une deuxième priorité.

"Les États Membres tiennent à ce que l’OMS montre clairement qu’elle donne la priorité aux causes plus générales des problèmes de santé et des inégalités en santé."

Dr Andrew Cassels

La couverture sanitaire universelle est l’une des grandes causes que défend l’actuelle direction de l’Organisation et qui a rallié un énorme soutien des États Membres, si bien qu’elle a trouvé assez facilement sa place parmi les priorités.

L’accès aux médicaments est un bon exemple de domaine où l’OMS a un avantage comparé réel. L’ensemble de l’Organisation vise à faire en sorte que les gens aient accès aux produits médicaux dont ils ont besoin.

La sécurité sanitaire est un domaine où le rôle de l’OMS est bien reconnu, mais nous avons estimé qu’il fallait s’attacher plus particulièrement à ce que les pays soient en mesure d’appliquer le RSI. Nous avons donc réduit le champ de cette priorité en précisant qu’au minimum, les pays devraient être capables d’appliquer le RSI à l’échéance de 2016.

Enfin, les déterminants sociaux, économiques et environnementaux de la santé traduisent un changement plus fondamental. Ils montrent que l’OMS ne s’intéresse pas seulement aux causes biomédicales, mais à toutes les causes des problèmes de santé. Nous allons donc défendre la santé dans différents secteurs qui peuvent avoir une influence sur les résultats sanitaires.

Linda Larsson: Le concept des déterminants de la santé semble difficile à comprendre. Pourquoi?

Andrew Cassels: Je pense que c’est parce qu’il peut être très large et parce qu’il y a différentes manières de comprendre les déterminants sociaux de la santé. Les États Membres tiennent à ce que l’OMS montre clairement qu’elle donne la priorité aux causes plus générales des problèmes de santé et des inégalités en santé.

Quand nous avons commencé à envisager une réforme, il y avait clairement deux grands groupes d’États Membres, un qui voulait donner avant tout la priorité à la présence de l’OMS dans les pays – pour l’appui direct, en tant qu’intermédiaire neutre, vu la multitude de conseils différents qu’ils reçoivent. Le deuxième groupe d’États Membres envisageait les priorités de l’OMS beaucoup plus sous l’angle de ses fonctions normatives.

À mesure que la réforme a progressé, un troisième groupe, composé surtout des grands pays émergents, a proposé une troisième façon de considérer l’OMS – comme un acteur politique qui défend efficacement la santé, que ce soit dans le domaine de l’environnement ou du point de vue de l’accès aux médicaments, du commerce, etc., l’OMS cherchant à être un porte-drapeau beaucoup plus influent. Je pense donc que c’est là-dessus que portera réellement le travail consacré aux déterminants sociaux.

Linda Larsson: Ces priorités pourraient-elles changer avant 2019?

Andrew Cassels: Je ne crois pas, mais l’équilibre entre elles pourrait changer. Il n’est pas impossible qu’une hiérarchie s’établisse entre les déterminants sociaux, économiques et politiques de la santé et que l’OMS se consacre plus à certains qu’à d’autres. Pour les autres priorités, je pense que le changement concernera plutôt le rôle de l’OMS que les priorités elles-mêmes, vu qu’elles sont relativement larges.

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