À propos de l'OMS

Entretien avec le Dr Joy St John, Président du Conseil exécutif

Le Dr Joy St John est Directeur de la Santé de la Barbade et Président du Conseil exécutif de l’OMS. À l'issue de la 132e session du Conseil exécutif, elle s'est entretenue avec Gaudenz Silberschmidt, Conseiller principal au Bureau du Directeur général.

GS: Quel est le rôle du Président du Conseil exécutif?

JSJ: Le Président du Conseil avait peut-être un rôle bien défini par le passé mais cette présidence-ci se révèle pour moi plutôt agréable ! J’ai en fait beaucoup de plaisir à présider les réunions à l’OMS!

« Présider les travaux de cette session aura été pour moi une expérience incroyable, à la fois stimulante, plaisante et même amusante. J‘ai vraiment aimé ce que je faisais, les défis à relever et même les moments où il y avait quelques frictions … D ‘un point de vue général, nous avons accompli ces derniers jours un travail d ‘une portée considérable. Nous n’étions pas là pour échanger des propos sans conséquence et notre réunion aura des suites pratiques – je pense que nous avions de bonnes bases pour faire avancer la réforme de l ‘OMS et que nous avons eu une approche réaliste ».

Dr Joy St John, dans son allocution de clôture de la cent trente-deuxième session du Conseil exécutif

GS: Plus que d’autres réunions?

JSJ: Oui! Et je vais vous dire pourquoi. Je suis habituée à des réunions où le débat est franc – je dirais même plus: passionné. À l’OMS, le débat est plus contenu et l’argumentation d’un niveau technique élevé. La difficulté consiste à rechercher un consensus et à parvenir à des conclusions. Je me suis véritablement prise au jeu.

Le Président du Conseil a également eu le privilège de superviser le processus de réforme. Aussi y a-t-il eu de nombreuses réunions – face à face ou virtuelles – pour promouvoir le programme de réforme à l’OMS. Ce n’est pas une chose nouvelle pour moi que de participer à la réforme d’une organisation; immédiatement après ma nomination au poste de Directeur de la Santé de la Barbade, j’ai eu à présider le processus «l’OPS au XXIe siècle », aussi la participation à la réforme de l’OMS m’a-t-elle plutôt donné l’impression de revivre des instants agréables. Autre privilège, en ma qualité de Président, je préside également le groupe chargé d’évaluer l’état de préparation de l’OMS en vue de la mise en œuvre de la réforme.

Je suis également membre du groupe d’experts sur les maladies non transmissibles. J’ai donc eu de nombreux échanges avec le Groupe Maladies non transmissibles (MNT) et santé mentale, dernièrement pour ce qui est du Plan d’action contre les MNT, mais par le passé déjà, nous avions également travaillé à la préparation des discussions sur le cadre mondial de suivi, et avant cela nous avions participé à la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les maladies non transmissibles. Aussi avais-je été impliquée de très près dans l’action qui visait à faire évoluer cette question.

Je me suis par ailleurs employée avec force à faire en sorte que le Bureau – c’est-à-dire les Vice-Présidents et le Rapporteur – participe à la prise de décisions; c’est pourquoi nous avons examiné l’ordre du jour du Conseil exécutif et nous nous réunirons peu de temps avant la tenue du prochain conseil en mai. Et le Bureau fait également partie d’une équipe chargée de suivre l’évaluation de la réforme de l’OMS. Nous avons eu de nombreux échanges, même si j’aurais aimé en avoir davantage encore.

GS: Quelle proportion de votre temps consacrez-vous au Conseil exécutif?

JSJ: Je ne peux pas le quantifier – je me réveille entre 2 et 4 heures du matin (pour moi heure locale) et commence à travailler pour l’OMS, à passer en revue des rapports, à lire des documents; la préparation de la réunion de janvier m’a demandé énormément de travail. Je communique également beaucoup avec l’OMS à ce moment-là – ma journée commence donc très tôt avec ce travail pour l’OMS et quelques heures plus tard je me rends au ministère de la Santé où j’effectue ma journée de travail habituelle, puis je rentre à la maison le soir et je reviens à nouveau sur ce qui doit être fait le jour même. Mais je n’ai jamais l’impression d’être débordée et j’ai toujours rempli cette tâche avec plaisir. C’est pratiquement comme si je vivais deux journées simultanément. Je n’ai peut-être pas été toujours très régulière dans mon travail mais j’ai tenu ce rythme tout au long de l’année. Et à cela s’ajoutent les voyages – je me suis rendue notamment régulièrement à Genève –, déplacements que j’ai effectués pratiquement tous les mois depuis le début de ma présidence. Je dirais donc que ce pourcentage n’atteint peut-être pas 50% mais se situe aux alentours de 40%.

GS: Pour ce qui est de la réforme, quel est le résultat dont vous êtes le plus fière en tant que Président?

JSJ Pour ce qui est de la réforme? Le renforcement du rôle du Comité du Programme, du Budget et de l’Administration (PBAC). Je n’avais pas une grande expérience des travaux du PBAC mais je pensais qu’il y avait un énorme gâchis de compétences d’un organe puissant. La réforme du PBAC m’a sauvée. Si le Président du PBAC n’avait pas agi comme nous souhaitions qu’il le fasse dans le cadre de la réforme, nous n’aurions pas pu aller au bout de notre tâche. L’ordre du jour du PBAC a été élargi, son pouvoir de décision accru, ce qui a permis d’abattre une quantité de travail – un travail qui était crucial. Une belle réussite, dont vous pouvez observer directement les résultats. Je suis donc très satisfaite.

GS: Et dans quel domaine auriez-vous souhaité voir davantage de résultats?

JSJ: J’ai le sentiment que la participation du personnel à la réforme de l’OMS n’est peut-être pas aussi bonne qu’elle pourrait l’être. Mais en même temps, l’OMS, pour mener à bien cette tâche tout en poursuivant ses activités, a besoin de s'engager dans un processus de gestion du changement et de pouvoir compter sur une équipe – sans quoi les choses ne se font pas parce qu’il n’y a tout simplement pas suffisamment de personnel. Mais je pense que la participation du personnel à tous les niveaux – et j’insiste, à tous les niveaux, car l’OMS, ce ne doit pas être uniquement le Siège – cette participation du personnel à tous les niveaux doit être encouragée, élargie, une équipe restreinte étant peut-être consacrée spécifiquement à la réforme – c’est tout au moins mon sentiment.

GS: Alors nous espérons que cet entretien contribuera également à renforcer la participation du personnel!

JSJ: Avec une organisation aussi complexe que l’OMS, vous ne pouvez pas satisfaire tout le monde tout le temps. Et nous connaissons la complexité des sensibilités des uns et des autres, et la politique des organisations sanitaires – qui éclipse de loin la politique partisane. Vous ne réussirez pas à tous les coups, mais vous devez non seulement essayer d’être juste, mais montrer que vous l’êtes.

GS: Quels conseils donneriez-vous à votre successeur à la présidence du Conseil exécutif concernant le soutien à la réforme?

JSJ: Réussir un bon passage de témoin. J’ai commencé en janvier 2011 – j’ai donc vu évoluer le Conseil au cours des deux dernières années. Il est impossible pour un nouveau membre de comprendre ce qui se passe sans avoir été impliqué activement dans le processus. Il faut donc bien comprendre ce qu’est l’OMS, et donc s’assurer d’avoir un bon passage de témoin, une bonne transition et aller vous-même interroger les gens, en particulier le Secrétariat.

GS: Quels conseils donneriez-vous aux États Membres? Sur quels points aimeriez-vous qu’ils apportent leur soutien?

JSJ: Je dirais qu’ils doivent accorder toute leur attention au processus de réforme de l’OMS. Les documents qui nous ont servi de base de travail et permis de suivre l’avancée du processus sont très bien faits. Il faut donc qu’ils les lisent et qu’ils nous donnent des éléments d’information et des avis. Et cela pas uniquement à travers l'espace de travail collaboratif du Conseil exécutif – mais s’ils ont une mission ou une occasion de se rendre à l’OMS, ils devraient s’entretenir avec des membres du Secrétariat tels que vous, par exemple. Lorsqu’on démarre un processus de réforme aussi complexe que celui-ci, il est important d’avoir des retours d’information – je suis d’ailleurs sûre que vous en avez eu. Mais il y a plusieurs séries de réactions selon les pays et aux trois niveaux de l’Organisation – je ne suis pas sûre que vous ayez eu ces retours-là. Les États Membres doivent vous dire: a) vous faites du bon travail; ou b) votre travail n’est pas satisfaisant; et c) voilà comment nous aimerions que vous l’amélioriez.

GS: Vous soulevez là un point intéressant car, effectivement, malgré nos efforts, nous avons beaucoup de mal à obtenir – de la part des États Membres comme de la part du personnel – des critiques constructives et des réactions. Nous n’y sommes pas encore parvenus, alors que les personnes concernées ont eu du temps pour étudier la question et y réfléchir.

JSJ: Je pense que le problème tient en partie au fait que tout va très vite, croyez-le ou non, ce processus a été extrêmement rapide. Il est difficile de prendre le recul voulu, de réfléchir et de formuler des critiques constructives. Et vous êtes pris dans quelque chose qui va très vite et qui évolue sans arrêt. C’est pourquoi je vous ai dit que je pense qu’il vaudrait mieux charger une équipe et définir un processus de gestion du changement qui soient en dehors du fonctionnement normal de l’Organisation.

Il existe des homologues dans les bureaux de pays, de même que dans les comités régionaux. Si vous pouvez rassembler ces gens, ils pourraient sans doute mettre en place une sorte de groupe thématique, au sein duquel ils feraient part de leurs expériences et s’enrichiraient mutuellement. Je pense que ces mécanismes et ces modalités peuvent contribuer au retour d’information et permettre de lever des obstacles.

GS: Qu’aimeriez-vous voir à l’OMS dans quatre ans?

JSJ: Avant tout un meilleur alignement des trois niveaux de l’Organisation. J’aimerais également constater un renforcement des comités régionaux. Certains sont dotés d’infrastructures et de ressources, d’autres moins.

J’aimerais également assister à davantage d’interactions fructueuses à l’échelle du Siège – j’ai parfois l’impression que le Siège de l’OMS travaille de façon encore très cloisonnée. Même à l’intérieur des groupes, j’ai l’impression que les services sont parfois cloisonnés et que les gens ne travaillent pas suffisamment en équipe.

J’aimerais également voir mettre davantage l’accent sur les ressources humaines. J’ai écouté ce qu’avait à dire l’Association du Personnel et j’ai constaté l’excellent travail réalisé par le Département Ressources humaines. On a beaucoup insisté sur le processus, on a beaucoup insisté sur le visage humain, mais je suis convaincue que l’on pourrait faire mieux encore. Pour en revenir à ce que je vous ai dit tout à l’heure, je pense que s’il n’y a pas une meilleure gestion du personnel, une meilleure prise en compte de son point de vue et de son bien-être, le personnel risque de souffrir du processus de réforme à l’OMS.

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